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Alimentation, mondialisation... 

 


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... et développement local : du global au local
Si la question de l'alimentation est une thématique qui sollicite les sciences de la Nature, il convient de prendre en compte les liens qui l'unissent aux sciences de la Culture (sciences humaines et sociales). En effet, ces dernières interviennent dans les pratiques alimentaires, elles les façonnent, les singularisent et participent à cette diversité qui est le propre des sociétés humaines. Or, s'il est vrai que les aliments et les cuisines du monde appartiennent au patrimoine de l'humanité, on sent bien que les phénomènes de mondialisation et d'homogénéisation des modes de vie sur le modèle occidental entraînent des tensions sur les particularismes culturels. En même temps, la dynamique des produits de terroir, les questions de qualité et de traçabilité, sont autant d'exigences qui mettent en évidence l'importance et les enjeux des débats actuels et leurs multidimensionnalités.
A ce contexte s'ajoute la pression démographique puisque les démographes estiment que la population de la planète atteindra les neuf milliards en 2025. Alors, on se rend bien compte qu'il importe de maintenir au centre de nos préoccupations la question alimentaire.
Comment expliquer qu'une partie de l'humanité connaisse la sous-alimentation* alors que les techniques productives n'ont jamais été aussi performantes ?
Comment s'organisent les producteurs pour répondre à une nouvelle demande alimentaire ? Autrement dit, quelle est la dynamique des acteurs sur les territoires* de production ?

Alimentation et organisation de la production alimentaire
Un recul historique, en suivant les conseils de l'école des Annales, permet de mesurer l'évolution de l'organisation agricole. On peut, en effet, distinguer trois étapes dans l'organisation de l'agriculture :
- L'âge pré-agricole : il se caractérise par des prélèvements raisonnables sur les écosystèmes naturels et par l'alimentation sauvage : cueillette, chasse et pêche. Sur cette longue période, apparaissent certains éléments fondamentaux dans l'évolution alimentaire et sociale des hommes comme le feu. Durant cette période, l'homme est un élément de la biosphère.
- L'âge agricole : l'activité agricole est la base de l'alimentation. Elle est caractérisée par la création d'agro-systèmes. Depuis les premières sédentarisations jusqu'au 19ième siècle, l'agriculture domine l'organisation sociale. Les techniques progressent peu.
- L'âge industriel : l'agriculture mondialisée. L'âge agro-industriel est marqué par la part croissante de l'industrie dans l'activité agricole et dans la production d'aliments. On parle alors d'agro-industrie. L'homme se détache de la biosphère en cherchant à la dominer.

Or, chacune de ces étapes n'a pas la même durée dans le temps, en effet, si l'homme apparaissait sur la terre le 1er janvier :
- Il serait chasseur, cueilleur, pêcheur pendant 364 jours.
- Le 30 décembre à 18 h apparaîtrait l'agriculture sédentarisée.
- Le 31 décembre à 23 h 08 apparaîtrait l'agriculture industrielle.
- Le 31 décembre à 23 h 55 apparaîtrait l'agriculture mondialisée.

Ce recul dans le temps nous permet de mieux saisir les enjeux et de nuancer les questions soulevées par les problèmes agricoles d'aujourd'hui.

Mondialisation et homogénéisation des pratiques alimentaires
Avec la mondialisation et les politiques marketing des firmes transnationales, ce sont développées des formes d'homogénéisation de la consommation, en général, et de la consommation de produits alimentaires en particulier. Ces entreprises appliquent des stratégies globales et produisent des biens ou des services dont la diffusion est planétaire.
Le marché agricole et la Division Internationale du Travail (DIT)* ont spécialisé chacun des Etats dans des productions particulières (arachides au Sénégal, cacao en Côte d'Ivoire, soja au Brésil, ...). Les surplus de production participent à l'échange international et les cultures vivrières traditionnelles sont remises en question par l'occupation de la surface agricole utile.
C'est ainsi que la production locale de riz au Sénégal, haricot rouge au Brésil et de sorgho/mil en Côte d'Ivoire vont reculer au profit des cultures de rente*. De cette façon, les biens importés vont remplacer progressivement, dans la consommation quotidienne, les productions locales. Les produits venus d'ailleurs et, en particulier, de l'occident seront perçus comme porteurs d'une symbolique valorisée par les campagnes publicitaires véhiculées par les médias dominants. Il faut dire que la puissance financière des firmes transnationales de l'agroalimentaire est devenue souvent difficilement contrôlable par les Etats. En effet, si le budget du Sénégal a été de 2 milliards d'euros en 2005, le chiffre d'affaires de Danone a été de 13 milliards d'euros durant la même année. Par ailleurs, et dans le même temps, celui de Carrefour s'est élevé à 40 milliards d'euros en France et à 83 milliards dans le monde.

Les producteurs locaux quant à eux seront nombreux à quitter les campagnes pour la ville participant ainsi à un exode rural massif. Comment lutter, en effet, face à ces mouvements enclenchés par les phénomènes de mondialisation lorsque les productions importées arrivent à un prix inférieur aux productions locales ? Quelle reconnaissance avoir sur un territoire où les productions réalisées ne sont pas reconnues à leur juste valeur nutritive et symbolique ?
Quant aux consommateurs, ils sont le plus souvent confrontés à une fascination exercée par les produits importés qui sont censés représenter la modernité.
Dans les pays du Nord, l'accélération du mode de vie urbain a entraîné, par ailleurs, une consommation alimentaire de plus en plus utilitariste. Le repas n'est plus, forcément, le moment d'une rencontre entre membres d'une famille, le lieu privilégié d'échanges qui construisent une relation sociale mais seulement un moment d'absorption de nourritures.
L'éclatement de la cellule familiale et la progression du taux d'activité féminin a entraîné une transformation des comportements nutritionnels. Si la famille est le lieu privilégié de l'apprentissage du goût, il apparaît que les mutations familiales et le cadre de vie urbain ont eu tendance à oublier cette initiation au profit de plats rapidement préparés.
Conséquence : le mode de vie sédentaire, la sur-consommation de graisses et de sucre (surtout dans les boissons) ont provoqué une recrudescence de l'obésité*.

Dans les pays développés apparaissent des enjeux contradictoires entre une mondialisation des goûts et une revitalisation des territoires. S'il est vrai que dans les pays du Nord on n'a jamais mangé autant de pizzas, de hamburgers et bu de soda, en même temps, avec la dégradation de la qualité, on a pu constater une réaction des consommateurs et des producteurs. Aujourd'hui, la question des productions de proximité est posée et le débat sur les produits de terroirs est central dans une recherche de qualité où le "consom'acteur", c'est-à-dire le consommateur citoyen, impose une certification de qualité et une traçabilité aux produits qu'il consomme (podcast : http://mshm.univ-montp3.fr/article.php3?id_article=128).

La dynamique des territoires agricoles et les nouvelles pratiques de distribution
Dans les pays du Nord, pour répondre à l'exigence de qualité rendue nécessaire, pour certains, à cause des crises du productivisme (vache folle, grippe aviaire ...) les agriculteurs ont développé des innovations commerciales pour échapper à la pression de la grande distribution. On peut ici en décrire deux :

Les AMAP ou Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne
Ce sont des partenariats de proximité entre un groupe de "consom'acteurs" et une ferme, souvent située en zone péri-urbaine, se développant à partir de la vente directe par souscription des produits fabriqués localement.
Elles sont adaptées à tout type de production, et particulièrement à celle des fruits et légumes.
Dans une AMAP, les "consom'acteurs" choisissent avec l'agriculteur les légumes à cultiver, le prix de la souscription, et les modalités de distribution des produits (fréquence, lieu, horaires ...). Ensuite, chaque consommateur achète à l'avance sa part de récolte qu'il viendra récupérer pendant la saison de production. C'est du commerce équitable* ici et maintenant.

Les épiceries de producteurs
Vingt à trente producteurs d'un territoire achètent ou louent un local en centre-ville pour écouler leurs productions au plus prés des ménages. Ils vendent, ainsi, directement leurs produits aux "consom'acteurs", sans que ces derniers se déplacent à la ferme, et sans que les producteurs se rendent sur les marchés.
Même si bon nombre de produits ont le label bio AB, ce qui les rapproche, c'est, avant tout, la production autour d'un territoire. Par ailleurs, si la quantité disponible dans une catégorie est faible, la variété de produits, elle, est conséquente. Chaque producteur est responsable de ses produits ; il les étiquette, les met en rayon ... Pour chaque produit vendu, 20 % est prélevé pour les frais de la structure. Il n'y a pas d'intermédiaires, ni de salariés ; les producteurs font tout eux-mêmes : la vente, les décors, les travaux sur le bâtiment, la mise en rayon, la comptabilité, la publicité, la gestion des stocks, le ménage, les travaux de maintenance...
Toutes les heures réalisées au profit de la structure sont comptabilisées indépendamment de la nature de la tâche ; elles doivent être effectuées au prorata du chiffre d'affaires réalisé. Le fonctionnement est basé sur la confiance.

Cette dynamique, permet aux agriculteurs de continuer à vivre sur leurs territoires et aux ménages sensibilisés de consommer des produits de proximité avec une qualité et une traçabilité assurées.
Ainsi, certains, dont Louis Malassis, fondateur d'Agropolis à Montpellier, ont même parlé de retour des paysans ou de l'émergence des nouveaux paysans, grâce à une recherche d'autonomisation des pratiques productives et commerciales (podcast : http://mshm.univ-montp3.fr/article.php3?id_article=127)
L'objectif est d'assurer des pratiques inscrites dans une démarche de développement durable* qui préserve les fragiles équilibres écologiques et sociaux.

Pour en savoir plus

Documents pédagogiques
Des documents pédagogiques de la Maison des Sciences de l'Homme de Montpellier (MSH-M), pour les collèges et lycées, avec conférence débat, diaporama, exposition.
Chiffres et données clefs sur l'obésité
Commerce équitable
Ce type de commerce permet de valoriser, à un prix supérieur à celui du marché, les productions d'agriculteurs du Sud. Ce contrat qui unit "consom'acteurs" du Nord et producteurs du Sud conclut en contrepartie d'un effort de qualité environnementale et sociale du cycle de production. Le café, le cacao, les vêtements sont les produits phares du commerce équitable.
Plusieurs structures s'en réclament dont l'Association Artisans du monde :
Développement durable et achats solidaires
Antoine de Saint-Exupéry « Nous n'héritons pas de la Terre de nos ancêtres,  nous l'empruntons à nos enfants »
Le « développement durable » est, selon la définition proposée en 1987 par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement dans le Rapport Brundtland : « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».
Après une année d' expérimentation (2003-2004), conduite dans 84 établissements répartis dans 10 académies, l'éducation à l'environnement pour un développement durable (EEDD) fait partie intégrante, depuis la rentrée 2004, de la formation initiale des élèves, tout au long de leur scolarité, de la maternelle au lycée, comme le spécifient la circulaire n°204-110 en date du 8 juillet 2004 ( BO n°28 du 15 juillet 2004) ainsi que les circulaires préparant la rentrée 2004 et la rentrée de 2005.
Pour plus d'informations voir le site :
Produire et consommer local, le rôle des AMAP
Retrouver sur ce site toutes les AMAP (Association pour le maintien d'une Agriculture Paysanne) de France.
Nourrir 9 milliards de Terriens
Article paru dans Le Monde le 10.03.07
La planète pourra-t-elle fournir de quoi manger aux 9 milliards d'humains qu'elle portera en 2050 ? Les agronomes du monde entier se posent cette question avec d'autant plus de circonspection qu'aujourd'hui, sur les 6,5 milliards d'habitants que compte la Terre, 2 milliards sont mal nourris et 854 millions sont "affamés", disposant de moins de 2 200 calories par jour. "Le défi est déjà de produire 30 % de plus pour que les humains mangent à leur faim, puis d'élever la production en 2050 pour nourrir 9 milliards de personnes, dit Marcel Mazoyer, professeur à AgroParisTechn. Pour atteindre ces objectifs, la production agricole mondiale devra doubler."



 
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Septembre 2007 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.