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... état des lieux
Malgré les efforts déployés par la communauté internationale depuis la Conférence Internationale sur la Nutrition (1992) et le Sommet mondial de l'alimentation (1996), et en dépit de certains progrès, on constate une persistance massive des problèmes de sous-alimentation* et de malnutrition* par carences au Sud. De leur côté, les maladies chroniques liées au mode alimentaire sont devenues des problèmes de santé publique communs aux pays en développement et aux pays industrialisés.

La malnutrition dans les pays en développement
La FAO estime le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde à 854 millions dont 820 millions dans les pays en développement. Cette estimation se fonde sur une méthode permettant d'évaluer en pourcentage et en valeur absolue la population qui, sur une année, n'a pas accès à une quantité suffisante d'aliments pour satisfaire ses besoins énergétiques. La méthode est basée sur une estimation des disponibilités alimentaires et sur l'application d'un seuil critique des besoins énergétiques : par définition les sous-alimentés chroniques sont ceux dont la consommation estimée d'énergie est inférieure à celle requise pour maintenir la masse corporelle et permettre une activité physique modérée.

Au-delà de ce chiffre global, d'autres données révèlent l'ampleur et la diversité des problèmes de santé publique liés à l'alimentation :

- Le retard de croissance* (soit une taille insuffisante par rapport à l'âge) et/ou l'insuffisance pondérale* (un poids insuffisant par rapport à l'âge) touchent plus de 150 millions d'enfants de moins de 5 ans (soit 1 enfant sur 3) ;

- Les adultes - et en particulier les femmes - sont près de 250 millions, dans les pays en développement, à souffrir d'un poids insuffisant à cause d'une malnutrition ;

- Deux milliards de personnes de tous âges sont touchées, à des degrés divers, par ce qui a été appelé au début des années 1990 la « faim cachée », c'est-à-dire des carences en micronutriments (nutriments présents en petites quantités dans l'alimentation et essentiels au bon fonctionnement de l'organisme) tels que le fer, la vitamine A, l'iode ou le zinc ;

- Les maladies non transmissibles liées à l'alimentation - obésité*, diabète non insulino-dépendant, maladies cardio-vasculaires, certains cancers - sont en émergence et en croissance rapide dans beaucoup de sociétés en développement ;

- Par ailleurs, des problèmes plus spécifiques s'étendent, liés à des situations ou à des populations particulières, comme les personnes atteintes du SIDA (dans certaines populations l'impact sur la sécurité alimentaire et sur le devenir des orphelins est énorme), les réfugiés et personnes déplacées ainsi que les personnes âgées dans le contexte actuel de vieillissement de la population.

Au total, c'est plus de la moitié de la population mondiale qui est atteinte par une forme ou par une autre de malnutrition, les femmes et les jeunes enfants étant les plus touchés.
Au vu de cette situation, les dirigeants réunis au Sommet mondial de l'alimentation en 1996 se sont engagés, à réduire de moitié la sous-nutrition d'ici 2015. Cet engagement a été inclus, avec d'autres buts fondamentaux, dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement, adoptés en septembre 2000 lors du Sommet du Millénaire des Nations unies.
Au rythme actuel de la diminution de la sous-nutrition, les Objectifs du Millénaire du Développement seront probablement très difficiles à atteindre.

La malnutrition dans les pays industrialisés
Dans les pays industrialisés, bien que les problèmes de malnutrition par carences réapparaissent avec l'augmentation des personnes en situation de précarité, le problème de santé publique le plus important reste l'augmentation de la prévalence des personnes en surpoids ou obèses.

http://www.obesite.com, 2006


On considère qu'un individu adulte est en surpoids lorsque son indice de masse corporelle, ou IMC (poids divisé par le carré de la taille, en kg/m²) est supérieur à 25 et qu'il est obèse quand son IMC est supérieur à 30. Chez les enfants, la définition du caractère obèse est plus délicate en raison des variations de poids et de taille en fonction de l'âge et du sexe.

L'obésité est fondamentalement liée aux effets d'un bilan énergétique positif sur une plus ou moins longue période : les apports journaliers sont supérieurs aux dépenses. La phase de prise de poids peut prendre plusieurs années. La maladie se caractérise par une augmentation importante de la masse grasse - inflation du tissu adipeux - et une augmentation beaucoup plus faible de la masse musculaire. De multiples facteurs favorisent la prise de poids, ils sont pour la plupart d'origine sociétale : qualité de l'alimentation, mode de vie de plus en plus sédentaire, mais également génétiques ou liés à des troubles psychologiques.

Quelques chiffres :
150 millions d'adultes, dans les pays industrialisés, sont d'ores et déjà obèses ; deux américains adultes sur trois sont en surpoids, dont 40% obèses, (soit 100 millions).
L'Europe compte 30 % d'adultes en surpoids et le nombre d'enfants obèses a doublé en cinq ans ;
En 2006, en France on dénombre 5,9 millions d'obèses, et de 100 000 à 200 000 cas d'obésités massives (IMC > 40).
Chez les 6-9 ans la prévalence d'obésité a triplé depuis 1980 pour atteindre 16%.
En 1997, l'obésité concernait 8,2% de la population française. D'après une enquête de l'ObEpi en 2006, 12,4% de la population adulte française est obèse (11,8% des hommes et 13% des femmes). Cette augmentation de l'obésité n'est pas expliquée par le vieillissement de la population, elle est quasiment la même chez les hommes et les femmes et la fréquence de l'obésité est inversement proportionnelle aux revenus (l'obésité augmente beaucoup plus vite depuis 1992 chez les agriculteurs ou les ouvriers que chez les cadres et professions intellectuelles supérieures, INSEE, 2007).
L'un des objectifs annoncés par le gouvernement français, en janvier 2006, dans le cadre de son deuxième programme nutrition santé, est de réduire de 20% l'obésité de l'adulte et d'interrompre l'augmentation de la prévalence de l'obésité chez les enfants.

La transition nutritionnelle
Dans la plupart des pays du Sud, l'urbanisation et les changements rapides dans les modes de vie et d'alimentation ont entraîné, comme dans les pays industrialisés, l'apparition de problèmes liés au surpoids et à l'obésité. Résultat : de plus en plus de pays sont aujourd'hui confrontés à la fois à des problèmes nutritionnels sévères liés à des carences (retard de croissance et maigreur des enfants de moins de 5 ans), et à cette « épidémie d'obésité ». On estime à environ 115 millions le nombre de personnes souffrant d'obésité dans les pays en développement pour un total de 400 millions dans le monde. Cette situation de transition alimentaire et nutritionnelle est plus ou moins avancée selon les régions du monde. Mais dans certains pays émergents, à revenus intermédiaires, les maladies non transmissibles liées à l'alimentation (MNTA) dominent déjà les maladies infectieuses et les carences alimentaires, sans que celles-ci aient pour autant disparu.
OMS, 2000


Cette évolution a d'abord touché un certain nombre de pays émergents, aux ressources importantes et aux économies plutôt bien intégrées dans les réseaux internationaux, à l'image de la Corée du Sud, du Brésil (50 % de personnes en surpoids en 2005), du Mexique, ou plus récemment de la Chine (25% de surpoids en 2002). Ces pays ont su réduire de manière importante les situations de malnutrition et de maladies infectieuses liées à la pauvreté, même si toutes les catégories sociales ne profitent pas équitablement - tant s'en faut - de ces progrès. Progressivement, le phénomène s'est propagé vers des Etats à faible revenu et à croissance rapide, voire aux sociétés urbaines des pays les plus pauvres, générant des maladies chroniques qui n'ont pas pris la place des cas de malnutrition et d'infections, mais qui s'y sont, au contraire, ajoutés.
Dans ces pays en développement, maigreur et obésité affectent donc simultanément une grande partie de la population. A tel point qu'il n'est pas rare d'y voir, au sein d'une même communauté, voire d'une même famille, des enfants souffrant d'un retard de croissance au milieu d'adultes en surpoids et atteints de maladies chroniques dégénératives. Une situation complexe et paradoxale, que les services de santé de ces pays, aux ressources encore très limitées, ne sont pas préparés à affronter.

Pour en savoir plus

Etat de l'insécurité alimentaire dans le monde - 2004
FAO
« L'état de l'insécurité alimentaire* dans le monde 2004 » dresse un bilan des progrès accomplis et des revers subis dans la poursuite de l'objectif fixé par le Sommet mondial de l'alimentation (SMA) en 1996 : diminuer de moitié, d'ici 2015, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde.
Obésité : le nouveau fardeau du monde en développement
FAO
Il est paradoxal de constater qu'à mesure que les pays en développement poursuivent leurs efforts de réduction de la faim, certains se heurtent au problème opposé de l'obésité.
La FAO et les Objectifs du Millénaire pour le développement
Dans les années 90, une série de conférences et de sommets internationaux a défini d'autres buts fondamentaux que ceux de 1996 et a quantifié des objectifs ayant la même échéance. Ceux-ci ont été rassemblés dans la Déclaration adoptée par le Sommet du Millénaire des Nations Unies en septembre 2000, avant d'être reformulés en Objectifs du Millénaire pour le Développement, au nombre de huit.
L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde
Le rapport complet SOFI 2006 rend compte des efforts déployés aux échelons mondial et national pour atteindre l'objectif adopté au Sommet mondial de l'alimentation de 1996, c'est-à-dire réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde d'ici à 2015.
L'obésité en France : les écarts entre catégories sociales s'accroissent
Article utilisant les données de « Enquêtes sur la santé et les soins médicaux » de l'INSEE, réalisées en 1980-1981, 1991-1992 et 2002-2003.
Obésité et surpoids en France
Selon les résultats de la dernière enquête ObÉpi publiée en septembre, près de 20 millions de personnes vivant en France sont en surpoids. Même si, globalement, l'augmentation du nombre de cas tend à se ralentir depuis neuf ans, l'enquête révèle une élévation toujours plus importante des formes graves d'obésité.



 
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