Architecture et lumière
REPÈRES  > 5. Projets d'architectes / Projets de plasticiens 

Certains artistes au XXème siècle, ne considèrent plus l'espace d'exposition comme un réceptacle neutre. Ils créent des dispositifs spatiaux qui entrent en résonance avec le lieu même. Comme les architectes, ils utilisent la lumière en tant que matériau, un médium pour matérialiser l'espace, le rendre perceptible, solliciter les sens. Ils sont du reste de plus en plus associés, dès la phase conception, à la réalisation de grands projets architecturaux.


. L'artiste américain James Turrell est l'un de ces plasticiens qui utilisent la lumière comme matière première de leurs créations. Naturelle ou artificielle, c'est le seul matériau avec lequel il travaille pour créer ses installations. Sa production ne compte ainsi aucun objet, hormis les esquisses réalisées pour la construction de ses ouvres de grande envergure ou les plans d'exécution de projets d'architecture.
L'essence de sa démarche tient dans ce constat : "La lumière affecte le corps mais aussi le cerveau et l'âme. J'utilise cette lumière afin de créer une stimulation de la vision. Je m'intéresse à la sublime existence de la lumière."
Parmi ses productions, certaines ont été créées pour un évènement. Ainsi, la mise en lumière de l'atrium du siège de la Caisse des dépôts et des consignations, conçu à Paris par l'architecte Christian Hauvette, a été réalisée lors d'une édition de la «Nuit Blanche» à Paris en 2006. Pérennisés, les éclairages de la façade ont des sources diverses et changent régulièrement de couleurs. Gérés par des capteurs, ils varient selon l'environnement extérieur (ensoleillement, température), par cycles de 20 minutes, du crépuscule à la nuit.
http://www.v2asp.paris.fr/v2/nb2006/bercy_tolbiac/index.html


C'est également à l'occasion des célébrations de l'an 2000, que James Turrell a été invité à mettre en lumière le Pont-du-gard, premier monument inscrit au patrimoine mondial de l'humanité à servir de support à une ouvre lumière.

Pont-du-Gard
© Mis en lumière par James Turrell. Concepteur lumière, 2000. Testelin.
Pont-du-Gard
© Mis en lumière par James Turrell. Concepteur lumière, 2000. Testelin.


D'autres ouvres de Turrell ont été conçues en collaboration avec des agences d'architecture, telle la mise en valeur du centre de design de PSA Peugeot-Citroën, à Vélizy, avec Jacques Ripault, architecte. Pour ce bâtiment, Turrell a proposé un éclairage dynamique, constitué de 200 sources lumineuses qui habillent tout le volume. Chaque source est composée de trois tubes néon, un rouge, un vert, un bleu, dont l'intensité lumineuse varie selon une programmation conçue par l'artiste.



. Des premiers « icons », boîtes de lumière incandescentes des années 60, aux dernières installations des années 90, le nom de Dan Flavin est lié à l'Art Minimal et à l'utilisation de la lumière électrique, fluorescente. Cet artiste fit du néon sa seule et unique matière première.
L'utilisation systématique de matériaux industriels (tubes fluorescents standardisés, agencés de manière sérielle), de la lumière colorée, éphémère (l'ouvre disparaît une fois éteinte) sont des constantes dans son travail. La lumière a une fonction spatiale par son rayonnement coloré et les installations de Dan Flavin interrogent le spectateur sur le lieu dans lequel il pénètre.
Ainsi, pour la réouverture du Musée Guggenheim de New York restauré en 1970, Dan Flavin avait-il installé une gigantesque colonne de lumières fluorescentes, faisant du bâtiment lui-même une ouvre d'art.


. Dan Graham, photographe et théoricien américain, est aussi un artiste contemporain reconnu. A l'image des murs-rideaux qui habillent l'architecture des années 70-90, il utilise l'acier et les miroirs pour réaliser de petites constructions géométriques, posées dans des jardins, des musées, des villes. Les glaces sans tain renvoient à l'infini l'image du spectateur et du lieu environnant, jouent sur les reflets, proposent une démultiplication de l'espace.
"Ce type de miroirs transparents, simple et double face, est devenu familier lorsque, dans la lignée du Bauhaus, l'utilisation s'en est systématisée pour les immeubles de bureau et les centre-ville, à titre d'élément signifiant d'une architecture devenue ensuite un style international. Si j'utilise les miroirs en relation avec la transparence du verre, c'est pour m'être beaucoup intéressé au «paysage», aux fenêtres d'exposition, à la notion de vitrine..." (Dan Graham, cité dans : Art Press, n°178, mars 1993).
Deux Pavillons adjacents. Dan Graham, 1942.
Source : Kröller-Müller Museum, Hollande.
http://www.kmm.nl/object/KM%20124.254/Two-Adjacent-Pavilions


La Tour Agbar. Barcelone, Jean Nouvel architecte et Yann Kersalé, concepteur-lumière, 2005.
© Photo : Patrick Fichera
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. Certains créateurs de spectacles lumineux, ont changé de statut : de concepteurs lumière, ils ont accédé au rang d'artistes. Yann Kersalé est l'un d'entre eux. Depuis une quinzaine d'années, il a proposé des installations éphémères ou pérennes : illumination des docks de Saint-Nazaire, des hauts fourneaux de Caen, du dôme du Grand-Palais et de l'Opéra Bastille à Paris, de la Basilique de Saint-Denis, de la cathédrale de Nantes, du Pont de Normandie..., pour ne citer que quelques-unes de ces mises en éclairage dynamique réalisées en France. Pour l'opéra de Lyon et la Tour Agbar de Barcelone, il a travaillé avec Jean Nouvel, architecte de ces deux projets. . Pour la mise en lumière de la tour Agbar, son intervention « diffraction » est un jeu holographique, lumineux et coloré entre les différentes peaux de l'édifice.
"La surface de l'édifice", explique Jean Nouvel à propos de la Tour Agbar, "évoque l'eau : lisse, continue, mais aussi vibrante et transparente, puisque la matière se lit en profondeur, colorée et incertaine, lumineuse et nuancée." Malgré sa forte présence cylindrique et sa visibilité, elle offre au passant la fluidité d'une matière mouvante jusqu'à l'indétermination formelle.
http://www.ykersale.com


. Le peintre français Pierre Soulages, comme avant lui les artistes du XXème siècle Henri Matisse, Marc Chagall ou Fernand Léger..., s'est vu offrir la possibilité d'explorer les qualités du verre pour créer les vitraux d'un espace sacré : il a réalisé entre 1987 et 1994, avec Jean-Dominique Fleury, maître-verrier, les 104 vitraux de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques (Aveyron).
"Les verres translucides effacent le spectacle extérieur, font de l'édifice un lieu clos, (...) Les fenêtres doivent, à mon sens, accompagner les murs, faire surface et non pas les trouer comme ce serait le cas avec la transparence. (...) J'ai souhaité une translucidité (...) provenant de la masse même du verre. J'ai recherché une lumière ne traversant pas directement, mais prise dans la matière du verre, celle-ci devenant alors émettrice de clarté. (...) Cette lumière en quelque sorte transmutée a une qualité émotionnelle, une intériorité, une qualité métaphysique. (... Je pense qu'elle est en accord avec la fonction de ce lieu, lieu de contemplation, de méditation et, pour les croyants, lieu de prière."
In Traverses n°46, revue du centre de création industrielle CGP, 1989, p. 42-85.


Voir l'extrait vidéo du DVD "Pierre Soulages parle... de sa peinture, des vitraux de Conques, de la peinture" - Éd. CRDP de l'académie de Montpellier, 2007.


Au musée Fabre à Montpellier, rouvert le 3 février 2007 (BLP architectes Bordeaux/atelier d'architecture : Emmanuel Nebout, Montpellier), « l'aile contemporaine, dédiée aux oeuvres de Soulages [...] présente une paroi prenant la forme d'un mur de lumière. « Nous avons travaillé le thème de la lumière jusqu'à faire disparaître le mur » explique Emmanuel Nebout. Laiteuse de jour et irradiante la nuit, la présence magique de cette cimaise grandeur nature est en réalité due à une double paroi de verre assujettie à une charpente métallique parcourue de tubes fluorescents. A l'extérieur, des plaques de différentes dimensions en verre « bullé » créent un grand motif en relief. A l'intérieur, des panneaux réglés en verre extraclair procurent un effet de calque aux nuances changeantes. Pierre Soulages qui avoue avoir eu des doutes au départ, a laissé faire les architectes et s'estime aujourd'hui très satisfait. Ses grands tableaux noirs suspendus au plafond trouvent leur place exacte dans ce cocon de verre et de béton calibré sur mesure. » Florence Accorrsi, extrait de : Les échos, mardi 13 février 2007





. Des vitraux contemporains, dus à l'artiste américain Robert Morris, habillent aussi depuis mars 2002, les dix-sept ouvertures de la cathédrale de Maguelonne (Villeneuve-lès-Maguelonne, Hérault). Les verrières ont été réalisées par les maîtres verriers des Ateliers Duchemin, d'après un projet inspiré, selon Morris, par ses "réponses au site, à l'architecture et à l'aura transcendantale de l'esprit sacré du monument". L'élément qui constitue chaque vitrail, feuille de verre thermoformée de 6 mm d'épaisseur, a la forme de l'onde engendrée à la surface d'une eau calme par le jet d'une pierre. Cette vague - en référence à la mer présente sur le site - est aussi pour Morris, une représentation des ondes émises par le son et la lumière et ce motif "lu comme une métaphore de la transmission elle-même". Chaque vitrail se pare de couleurs aux tons dégradés : bleu dans l'abside tournée vers la mer, miel au sud, côté vigne et soleil. "Couleurs du ciel, de l'eau, du soleil. (...) Un vernis subtil et irisant est appliqué aux surfaces intérieures du verre moulé qui prête une légèreté, presque immatérielle, brillance aux ondulations du verre et lui donne un sens étrange, contradictoire, de grande matérialité en même temps qu'une grande immatérialité." (Citations de Robert Morris, dans : Morris à Saint Pierre de Maguelonne, Editions Ereme, collection Création et Architecture, 2003).
Réponse discrète, presque effacée, de l'artiste, ces vitraux n'ont pas été conçus comme des objets d'art individuels mais participent "à faire valoir ces ambitions beaucoup plus vastes pour lesquelles l'église elle-même a depuis toujours été consacrée." (Morris à Saint Pierre de Maguelonne).


Cathédrale de Maguelonne, motif de vague pour les vitraux. Maguelonne, Hérault, Robert Morris, 2002.
© Photo : Chantal Seriex
Cathédrale de Maguelonne, vitrail bleu, "couleur du ciel, de l'eau". Maguelonne, Hérault, Robert Morris, 2002.
© Photo : Chantal Seriex
Cathédrale de Maguelonne, vitrail miel, couleur du soleil. Maguelonne, Hérault, Robert Morris, 2002
© Photo : Chantal Seriex


. Robert Morris, James Turrell, Yann Kersalé,... n'ont pas été les seuls à laisser leur empreinte en Languedoc-Roussillon. Daniel Buren, connu du grand public pour l'aménagement de la cour du Palais-Royal à Paris, a aussi collaboré au projet du musée Fabre à Montpellier, rouvert au public depuis le 3 février 2007 ou celui du musée d'art contemporain de Sérignan (Hérault). Parrain des lieux qui ont été inaugurés en septembre 2006, Daniel Buren y a exposé Rotation, aux côtés de l'artiste américain Lawrence Weiner. Une de ses ouvres, La cabane éclatée aux caissons lumineux (1999-2000), a été déposée au musée. C'est un jeu d'ambiances lumineuses et colorées, une installation dont les parois sont constituées de carreaux de plexiglas opaques ou transparents de couleur bleue, jaune, verte et rouge, mais aussi de miroirs dont les faces arrières non réfléchissantes sont noires. Cette ouvre s'inscrit dans une série dont la première date de 1975 et qui se présente sous la forme d'un assemblage de cubes, volumes simples facilement transportables.


Daniel Buren est également le concepteur du projet Rayonnant, aménagement en 2002 de l'espace public extérieur de la salle des fêtes de Sérignan, le Parc de la Cigalière. Pour ce projet, qui rentre dans la démarche de : Travail in situ, Buren a revisité des outils qui lui sont chers. Des bandes constituées de fines rayures noires et blanches délimitent en sol de grands carrés, créant un damier devant l'entrée du bâtiment réalisé par l'architecte Nicolas C. Guillot. A l'intersection de ces bandes, des poteaux de différentes hauteurs, habillés de maille métallique déployée, abritent des éclairages dynamiques de couleur variable.


Voir aussi :
www.ville-serignan.fr
www.danielburen.com/



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