Collège, Lycée
REPÈRES


4. La lumière fait sens 

 


PRÉSENTATION

REPÈRES
1. La lumière et la vie
2. La lumière comme matériau
3. La lumière et le corps dans l'espace
4. La lumière fait sens
5. Projets d'architectes / Projets de plasticiens

EN PRATIQUE

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4.1 Dimension symbolique
4.1.1 Fêtes et lumière

De nombreuses fêtes sont traditionnellement dédiées à la lumière à travers le monde : Hanoukka juive, Diwali indienne, Sainte-Lucie, Fête des Lumières de Lyon, Noël, et d'autres en Europe. Par delà les diversités culturelles, l'anthropologie de ces fêtes s'avère passionnante. Elle montre notamment comment se mêlent très souvent significations religieuses et célébration des cycles naturels. Les périodes de solstice, rythmant le cycle des activités humaines, ont toujours et presque partout constitué des moments festifs et commémoratifs privilégiés.
Lors de ces fêtes, la lumière est quasi universellement convoquée comme symbole de richesse, de fécondité et de renaissance. Elle peut être associée à d'autres pratiques (culinaires..., échanges de présents). En tant que support physique, elle rend du même coup sensible l'écoulement du temps, consacre l'apogée du soleil et de la végétation (origine druidique des feux de la Saint-Jean) ou annonce leur retour. C'est d'ailleurs en ce sens qu'on peut interpréter la concentration hivernale de nombreuses fêtes européennes, de la Saint-Martin (qui a longtemps marqué la fin des travaux agricoles) à l'Epiphanie en passant par Noël. Les légendes et rites païens où ces fêtes trouvent leur origine, montrent qu'elles constituaient d'abord un moyen de conjurer le froid et les ténèbres au cour des nuits les plus longues de l'année. Encore aujourd'hui, elles restent très suivies dans les régions continentales (Scandinavie, Allemagne, Nord et Est de la France), là où la lumière solaire fait parfois très longtemps défaut.
Au-delà de leur caractère religieux, la perpétuation populaire de telles fêtes peut aussi s'expliquer par la simplicité offerte à chacun de s'approprier la lumière. Car même dans un environnement urbain artificialisé où la nuit perd de son mystère, le scintillement des bougies, le clignotement des guirlandes ou l'éclat bruyant des feux conservent toute leur magie.


Fête des lumières de Lyon.
© Photo : Sandra Fiori

Fête des lumières de Lyon : les Traboules.
© Photo : Eric Monin


4.1.2 La lumière et le divin

Selon le texte de la Genèse, Dieu, considérant que la lumière était bonne, l'a isolée des ténèbres. La dualité lumière-ténèbres est présente dans l'histoire des religions.
Dans la plupart d'entre elles, le principe de divinité est associé à une puissance rayonnante, souvent assimilée au soleil : en Egypte, le dieu Râ est vénéré, en Amérique centrale et en Amérique du Sud, les Aztèques sont le peuple élu du Soleil. Au Pérou, les Incas avaient pour souverain le grand Inca, fils du soleil et vénéré comme lui. En Chine, Bouddha est appelé l'homme d'or.
Le soleil a une influence sur l'orientation de nombreux lieux de culte : dès le néolithique, l'orient est considéré comme source de vie par opposition à l'occident, lieu de ténèbres et de mort.
En Angleterre, les pierres dressées de Stonehenge (4000 ans avant notre ère) sont disposées par rapport aux cycles astronomiques.
Dans les cathédrales et églises, le chevet est orienté à l'est et le portail à l'ouest, invitant les fidèles à se diriger vers la lumière divine. Le narthex, en revers de façade, constitue alors une sorte de transition entre les deux mondes.
Par leurs caractéristiques constructives, les cathédrales gothiques gagnent en verticalité, élévation et clarté, jusqu'au gothique flamboyant où les vides l'emportent sur les pleins. Tours lanternes ou coupoles à baies, vitraux, diffusent une clarté qui suggère l'immatérielle présence divine. La fenêtre de verre devient un filtre entre extérieur et intérieur, entre Dieu et les hommes.

4.2 Dimension socio-historique
4.2.1 Lumière et connaissance

La lumière est liée au visible, à l'intelligible, au savoir, tandis que l'obscurité empêche de voir et est liée à l'ignorance : le XVIIIe siècle est le siècle des Lumières, celui de la curiosité encyclopédique.
Les écrivains de l'époque étaient alors convaincus qu'ils venaient d'émerger des siècles d'obscurité et d'ignorance et d'entrer dans un nouvel âge illuminé par la raison, la science et le respect de l'humanité.
Est éclairé ce qui est du côté du bien, ce qu'il convient d'admirer.

4.2.2 Lumière et progrès

Les premiers générateurs et moteurs apparaissent pendant la première moitié du XIXème siècle. L'électricité triomphe à l'Exposition internationale d'électricité de 1881 à Paris. Les expositions universelles et foires internationales ne cesseront de la célébrer. Ces manifestations s'adressent au grand public, dans un but pédagogique : on peut y découvrir pour la première fois les mille et une applications de l'électricité. Les spectaculaires effets de l'éclairage mis en scène lors de féeries lumineuses donnent naissance au mythe de la «  Fée électricité ».
La fée électricité, c'est aussi une ouvre du peintre Raoul Dufy, créée en 1937 pour l'exposition internationale de Paris. «Mettre en valeur le rôle de l'électricité dans la vie nationale et dégager notamment le rôle social de premier plan joué par la lumière électrique», tel est l'objectif de la commande faite au peintre par la compagnie parisienne de distribution d'électricité. L'artiste proposera d'habiller d'un vaste décor le hall du Pavillon de l'électricité et de la lumière, conçu par Robert Mallet-Stevens.
A voir aussi :
La fée électricité de Raoul Dufy est aujourd'hui exposée au musée d'Art moderne de la ville de Paris.

4.2.3 La lumière dans les villes

Au Moyen-âge, un sentiment d'insécurité régnait dans les villes qui n'étaient éclairées la nuit que par quelques torches ou flambeaux. Les habitants rentraient chez eux dès la tombée de la nuit.
Les premiers essais d'éclairage dans les rues datent de 1524. Le pouvoir royal en refuse le financement. Ce sont les bourgeois qui doivent entretenir les chandelles et les lanternes au coin de leurs maisons.
En 1667, les premiers systèmes d'éclairage public sont mis en place pour Louis XIV.
En 1777, un axe reliant Paris à Versailles est mis en lumière sur 22 kilomètres.
Les premiers éclairages au gaz apparaissent à la fin du XVIIIème siècle, remplacés bientôt par les éclairages électriques (cf. 2.4.1 : sources de lumière artificielle : quelques éléments d'histoire). Les premières expériences d'éclairage électrique à Paris datent de 1844, place de la Concorde, pour éclairer l'obélisque de Louxor.
L'illumination d'un bâtiment le met en valeur et lui donne une autre symbolique : théâtre, cinémas, grands magasins sont illuminés à Paris entre 1920 et 1930...
Après les années de guerre et leurs nuits de couvre-feu, les villes redécouvrent la lumière et en parent leurs espaces publics.
L'éclairage commercial prend de plus en plus d'importance. La lumière devient créatrice de plaisirs, de loisirs, d'appropriation nocturne de la ville : on se défait des peurs du Moyen-âge.
En 1953, a lieu le premier son et lumière au château de Chambord. D'autres suivront, la mise en valeur des monuments et du patrimoine allant de pair avec leur illumination.
Dans les années 1964-1965, avec la création de cinq villes nouvelles autour de Paris, apparaissent les premières études destinées à différencier les systèmes d'éclairage en fonction des voiries.
Aujourd'hui, l'éclairage est considéré comme un véritable projet urbain, une réflexion sur l'image, le paysage et l'ambiance nocturne des villes. La lumière concerne les espaces publics et le paysage. Elle se doit d'équiper les lieux souterrains ou privés de lumière naturelle : couloirs de métro, parkings souterrains, cinémas, théâtres, galeries marchandes, ateliers, ...


Obélisque, Paris.
© Photo : Odile Besème

Grande roue, Paris.
© Photo : Odile Besème

4.2.4 Lumière et législation : l'impôt sur les portes et fenêtres

Malgré les progrès technologiques accomplis au XIXème siècle dans la construction, le nombre et la taille des ouvertures pratiquées dans les bâtiments n'ont pas connu l'essor que l'on pourrait imaginer. Les mesures d'imposition mises en place pendant la Révolution française sont pour beaucoup à l'origine de ce frein. Institué par le Directoire, le 4 frimaire an VII (24 novembre 1798), l'impôt sur les portes et fenêtres touchait les propriétaires et taxait leurs biens en fonction du nombre et de la taille des ouvertures pratiquées dans les bâtiments privés (l'impôt ne concernait pas les bâtiments publics). Il augmentait en fonction des revenus du propriétaire et concernait toutes les ouvertures, excepté celles destinées à l'aération des caves (soupiraux) ou celles pratiquées dans les toits (lucarnes...). Il n'était pas dû pour les bâtiments agricoles.


Cette contribution directe fut heureusement supprimée en 1926. Elle est en effet responsable de la condamnation de nombreuses ouvertures et de la réalisation de logements qui présentaient de très petits percements, comportaient des pièces aveugles, créant un habitat sombre et mal ventilé, insalubre.
Fenêtres bouchées. Maison rue du Four des Flammes à Montpellier.
© Photo : Odile Besème

4.3 Dimension philosophique et esthétique

Le symbolisme de la lumière traversant la matière est un principe esthétique que la philosophie médiévale a élaboré.
L'imagination s'en est emparée et lui a donné de très nombreuses significations métaphoriques, parfois contradictoires. Le langage poétique, le langage mystique, la littérature, les arts ont abondamment utilisé les images et les symboles se rapportant à la lumière.
La lumière crée et révèle des espaces, se joue des codes de perception, donne une existence matérielle aux ouvres qu'elle fait vivre ou, au contraire, leur donne une impression d'immatérialité par des jeux d'illusion.
L'importance esthétique du concept de lumière a donné lieu à des théories développées par de nombreux architectes et artistes contemporains.

4.3.1 Une métaphore philosophique : la dialectique de la lumière

La problématique de l'opacité et de la transparence est abordée par Florence de Méredieu (philosophe et historienne de l'art) en ces termes :
"Entre transparence et opacité, il est bien des degrés, depuis le fantasme de la transparence pure (qui à la limite se confondrait avec le vide, le rien) jusqu'au translucide (ou au diaphane) qui laisse filtrer la lumière mais ne laisse point deviner les contours ou traces de la figure qui pourrait se situer à l'arrière-plan ou à l'opalescence qui ne laisse, elle, subsister que la seule aura de la lumière, et comme son tremblement ." (Florence de Méredieu, Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne, Larousse, in extenso, 2004, p 58)

4.3.2 La Symbolique de l'Ombre et de la Lumière

Avec son Eloge de l'ombre, ouvrage écrit en 1933, Tanizaki Junichiro, écrivain japonais, fait désormais référence pour son approche philosophique de la lumière : "Si dans la maison japonaise, l'auvent du toit avance si loin, cela est dû au climat, aux matériaux de construction et à divers autres facteurs, sans doute. A défaut par exemple de briques, de verre et de ciment, il aura fallu, afin de protéger les parois contre les rafales de pluie latérales, projeter le toit en avant, si bien que le Japonais, qui eût certainement préféré lui aussi une pièce claire à une pièce obscure, a été de la sorte amené à faire de nécessité vertu. Mais ce que l'on appelle le beau n'est d'ordinaire qu'une sublimation des réalités de la vie, et c'est ainsi que nos ancêtres, contraints à demeurer bon gré mal gré dans des chambres obscures, découvrirent un jour le beau au sein de l'ombre, et bientôt ils en vinrent à se servir de l'ombre en vue d'obtenir des effets esthétiques."


Maison traditionnelle. Tokyo, Japon.
© Photo : Benjamin Marc

Maison traditionnelle. Sendai, Japon.
© Photo : Benjamin Marc

4.3.3 Scénographie de la lumière

Dans les années 90 avec le concept de la façade écran, la « peau de verre »  devient spectacle. Les prouesses technologiques qui se concrétisent par l'intégration d'hologrammes entre deux couches de cristaux liquides, l'application d'émail de sérigraphie sur le verre, renforcent encore les effets de dématérialisation de la façade et la pénétration de la lumière changeante ou théâtrale dans l'espace.
Selon Matti Sanaksenaho, architecte finlandais dont les projets oscillent entre art et architecture, sculpture et bâtiment, "l'espace devient lisible et la matière tangible avec la lumière. Sans elle, ils resteraient de simples valeurs immédiates. La lumière est le vecteur par lequel ils prennent vie et se transforment. Les contrastes qu'elle sculpte mettent en place une dynamique dramatique. Le drame est pour moi d'autant plus puissant que la luminosité est faible. Il est fascinant de pouvoir plier la lumière à ses désirs, de pouvoir contraindre son parcours ou sa diffusion et qu'à leur tour, le jour, la nuit, les saisons lui impriment également toutes leurs gradations. C'est un élément d'ordre poétique qui établit une relation indéfectible entre l'urbain et la nature." (Entretien avec Armelle Lavalou, L'Architecture d'Aujourd'hui n°317, juin 1998, p. 47-53).

4.3.4 L'écran de télé : une fenêtre ouverte sur le monde

Avec l'apparition, dans chaque foyer, d'écrans de télévision allumés en permanence, c'est une intrusion massive des images du monde auxquelles on est relié, des images lumineuses constamment éphémères et mouvantes qui modifient notre perception du temps et de l'espace, tout comme la lumière électrique qui abolit les notions dedans/dehors, intérieur/extérieur... Dans l'article Un habitat exorbitant (extrait de : Construire pour habiter, catalogue d'exposition, 1982), Paul Virilio donne une place prépondérante à cette fenêtre ouverte sur le monde : "Dans les premiers habitats, l'ouverture éclairante n'existe pas, il n'y a que l'entrée et la cheminée. La «fenêtre» proprement dite, la deuxième fenêtre, n'apparaîtra que tardivement dans les lieux de culte (avec les claustras), avant de se populariser dans la maison rurale, mais surtout dans le palais et la demeure bourgeoise.
La troisième fenêtre, nous la connaissons depuis peu, c'est l'écran de télévision, fenêtre amovible et portable, sur un «faux jour» celui de la vitesse de l'émission lumineuse, ouverture introvertie qui ne donne plus sur l'espace avoisinant, mais au-delà, au delà de l'horizon perceptif."



 
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Mai 2009 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.