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REPÈRES


3. La lumière et le corps dans l'espace 

 


PRÉSENTATION

REPÈRES
1. La lumière et la vie
2. La lumière comme matériau
3. La lumière et le corps dans l'espace
4. La lumière fait sens
5. Projets d'architectes / Projets de plasticiens

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3.1 La lumière et l'objet architectural
3.1.1 La mise en valeur de l'objet

Des images lumineuses projetées sur les façades d'un bâtiment créent une animation et semblent le "travestir". Certains scénographes comme l'agence Skertzo en ont d'ailleurs fait leur spécialité http://www.skertzo.com/
La profusion d'enseignes à l'échelle de magasins ou de bâtiments abritant le monde des affaires et symbolisant la réussite économique transforme certaines métropoles en vitrines de la société de consommation où la nuit et le jour se confondent.
Tokyo la nuit.
© Photo : Benjamin Marc


Tour Eiffel.
© Photo : Mehdi Boutazir
Des rayons laser sont parfois de véritables signaux pour les discothèques ou pour localiser un événement.
Depuis le « passage à l'an 2000 », dès la tombée de la nuit, la Tour Eiffel est devenue phare et, toutes les heures, scintille comme un diamant.


La lumière permet de donner à un bâtiment une image nocturne particulière. Alors que la lumière solaire constitue une source forcément située au-dessus de l'objet qu'elle éclaire, l'éclairage artificiel offre la possibilité d'illuminer des bâtiments en contre-plongée, c'est-à-dire du bas vers le haut. A ce propos, le chef opérateur Henri Alekan parlait d'effet « solaire » (lumière venant d'en haut) et d'effet « anti-solaire » (lumière située en dessous de l'objet à éclairer).
Un objet architectural peut être éclairé de l'intérieur (exemple de la tour Eiffel dont l'éclairage est positionné à l'intérieur de la structure métallique) ou, au contraire, de l'extérieur (par exemple pour illuminer l'ensemble d'un édifice depuis les façades alentour).
De manière générale, l'éclairage artificiel permet de sélectionner certaines des composantes formelles d'un édifice pour en donner une lecture spécifique de nuit : affirmation des acrotères par la création d'une ligne lumineuse en sous-face, éclairage indirect de toitures ou de verrières de manière à créer un effet d'irradiation...
Pour la mise en lumière de bâtiments classiques ou néo-classiques, on utilise souvent un éclairage rasant qui, par effet de contre-jour, met en relief les colonnes, les arcades. De même, le positionnement des projecteurs à intervalles réguliers permet de retrouver ou d'accentuer certains rythmes de modénature.
Voir aussi :
Bordeaux, le grand théâtre :


La lumière est parfois concentrée pour valoriser un détail ou produire un effet lumineux : à Noël des ponctuations lumineuses soulignent pignons et frontons, glissent le long des colonnes, clignotent ou scintillent et suivent les branches des arbres environnants pour compléter l'effet "magique".
L'Opéra Comédie pendant les fêtes de Noël.
© Photo : Odile Besème


Magasin Vuitton Sendai, Japon.
© Photo : Benjamin Marc
L'architecture contemporaine fait quant à elle de plus en plus appel à la transparence. Des matériaux industriels comme les panneaux de polycarbonate alvéolaire, moins chers que le verre, sont utilisés pour la réalisation d'immeubles de bureaux ou le siège social de grandes marques : le bâtiment à la peau translucide devient facilement repérable la nuit.


La prédominance des surfaces vitrées offre alors de nombreuses possibilités de composer avec l'éclairage intérieur et sa perception depuis l'extérieur. L'imagerie des quartiers de bureaux la nuit montre que l'éclairage fonctionnel resté allumé, de manière parfois aléatoire, peut suffire à créer une image attractive. Mais de plus en plus de projets intègrent la mise en scène nocturne du bâtiment, utilisant des techniques simples ou complexes : tubes fluorescents de couleur au nu intérieur des baies vitrées ou entre les peaux de la façade de verre ; écrans lumineux géants... Les édifices deviennent alors lumineux ou porteurs de signes lumineux.
Les concepteurs-lumière utilisent ainsi de nouvelles techniques pour illuminer les bâtiments contemporains comme les "diodes électro-luminescentes" (LED). C'est le cas de Yann Kersalé pour la tour Agbar conçue par Jean Nouvel à Barcelone. D'une grande durée de vie, cet éclairage joue avec les couleurs du bardage métallique donnant la sensation d'une vibration.
Voir aussi :
Tour Agbar. Barcelone, Jean Nouvel architecte et Yann Kersalé, concepteur-lumière, 2005.
© Source : Wikipédia


Deux tendances s'opposent dans la mise en lumière de l'architecture patrimoniale : une mise en lumière se voulant respectueuse de la fonction, du style et de l'époque de construction du bâtiment et une création-lumière contemporaine plus libre, travaillant par exemple sur la couleur. Le pont du Gard se pare de bleu, blanc, rouge, la place de la Concorde à Paris est illuminée aux couleurs de Klein pendant les Nuits Blanches 2006.
L'éclairage lui-même peut faire l'objet d'une reconstitution historique cherchant à restituer des ambiances ou des dispositifs lumineux du passé. On peut ainsi citer le château de Vaux-le-Vicomte qui, chaque été depuis plusieurs années, fait l'objet d'une mise en lumière à la bougie et de visites guidées au chandelier.
Pour autant, la question du rôle de la lumière et de son esthétique dans la mise en valeur d'un édifice dépasse les oppositions entre patrimonial et contemporain. Que signifie un éclairage "respectueux" de l'architecture d'un bâtiment ancien lorsqu'on sait que la notion de patrimoine n'a elle-même cessé de faire l'objet d'interprétations différentes ?
De même, les monuments historiques sont aujourd'hui des "produits" touristiques. Ils appellent ainsi la création de mises en scènes extérieures mais aussi intérieures. Constituant l'objet de visites tout au long de l'année et pouvant accueillir des événements ponctuels (expositions temporaires, nuit du patrimoine...), ils nécessitent de concevoir l'éclairage lié à l'accueil des visiteurs. Ce qui relève d'abord d'un impératif fonctionnel (se déplacer dans des lieux initialement dépourvus d'éclairage artificiel) peut donner lieu à l'invention de véritables scénographies lumineuses, guidant le visiteur dans ses déplacements, tout en lui proposant une lecture particulière de l'architecture et de l'espace.
Voir aussi :

3.1.2 Les ambiances lumineuses

L'ambiance d'un lieu, l'atmosphère qui s'en dégage, renvoient à des sensations subjectives et immédiates. On dit volontiers d'une pièce ensoleillée qu'elle est chaleureuse, d'une rue mal éclairée qu'elle est lugubre... Il existe ainsi des archétypes, qui font plus largement appel à nos représentations collectives, universelles ou propres à chaque culture. Ces perceptions et ces représentations s'appuient sur l'expérience ordinaire des lieux où nous avons habité, de ceux que nous traversons chaque jour. Elles sont aussi modelées et véhiculées par les arts, la peinture ou le cinéma. Ce dernier constitue sans doute l'un des domaines qui a le plus exploité les correspondances émotionnelles et psychologiques liées aux lumières et aux ombres et leur capacité à suggérer un climat, au service de la narration ou de l'expression de l'état d'âme des personnages.


Qu'elle soit exceptionnelle ou ordinaire, l'architecture met elle aussi en jeu des ambiances. La lumière révèle et donne à voir les formes, les volumes et les textures de l'architecture. L'architecture a la capacité de modeler et moduler les qualités de lumière et d'ombre par le jeu des percements ou des sources artificielles. Souvent liée à la nature du lieu, la lumière joue un rôle fonctionnel : elle doit répondre à des usages pratiques, à un sentiment de confort. Elle participe aussi plus largement au sens donné à l'espace et au bâtiment, à sa symbolique, à ses connotations. Pratiquer un espace, s'y déplacer, y habiter, sont ainsi autant de manières d'éprouver les deux aspects pratique et symbolique.


Quelques exemples permettront d'aborder la notion d'ambiance lumineuse :


. La grotte représente un archétype à la fois architectural et lumineux : la figure du rai de lumière qui pénètre dans un volume totalement opaque renvoie au percement élémentaire. Cette configuration crée une lumière rare, concentrée, venant généralement "d'en haut". La lumière y tire sa puissance de son opposé : l'obscurité. Elle introduit la sensation du temps qui passe (le rai qui se déplace au cours de la journée) en même temps que l'intrusion de l'extérieur à l'intérieur signe la rupture entre deux espaces, marque leur différence.
Cette lumière-émotion est aussi celle des églises.
Voir aussi :


. A l'opposé, les "maisons de verre" constituent depuis le début du XXème siècle, des sortes d'architectures-manifestes (maisons de Philip Johnson, de Ludwig Mies van der Rohe, de Shigeru Ban...). L'opacité est ici remplacée par la recherche d'une transparence plus ou moins absolue qui entretient une relation puissante avec le paysage et joue des limites entre dedans et dehors sur le mode du paradoxe sensoriel : l'architecture de la maison nous protège physiquement mais la transparence du verre nous projette visuellement vers l'extérieur, en même temps qu'elle soumet l'intérieur aux variations permanentes de la lumière et du temps.
Pour la maison Tugendhat, à Brno (République tchèque), réalisée en 1929-1930 par Ludwig Mies van der Rohe la paroi entièrement vitrée sur le jardin permet l'interpénétration des espaces intérieur et extérieur. Le mur est nié, il est invisible.
Voir aussi :
Pour la maison du docteur Dalsace, plus connue sous le nom de "maison de verre ", Pierre Chareau, au contraire, utilise les briques de verre pour ne laisser pénétrer de l'extérieur que la qualité lumineuse. L'espace interne reste clos.
La maison de verre de Pierre Chareau
Voir aussi :


. L'habitation est par définition le lieu où l'on demeure, et l'âtre de la cheminée symbolise l'archétype du foyer. Premier éclairage artificiel, le feu de bois définit un espace autour de son rayonnement, une zone chauffée et éclairée. De même, les ambiances lumineuses participent à la création d'espaces personnels, voire de refuges. La lumière discrète, propre au chez-soi, est par exemple celle de la lampe de chevet ou de bureau, qui délimite un halo chaleureux, une sorte de bulle dans laquelle on s'isole. Du point de vue de la lumière naturelle, on peut aussi évoquer la fenêtre devant laquelle on s'assoit, plus ou moins protégé des regards extérieurs. En ce sens, dans les pays scandinaves, de nombreuses fenêtres ont une large embrasure pouvant servir d'assise ou utilisées pour la mise en scène d'objets personnels (plantes...)


. Dans l'imagerie des "polars", la rue, la nuit, est notamment associée à l'archétype du pavé luisant sous une lumière blafarde. Plus généralement, l'éclairage public ordinaire, fourni par les alignements de candélabres, rythme le parcours de la rue, donne une direction à nos pas et enveloppe notre corps dans la lumière souvent jaune-orangée des lampes à sodium. L'ombre portée mobile que dessine notre corps en marchant entre deux réverbères, dédouble, par moments, notre silhouette. Chacun d'entre nous a pu un jour faire cette expérience tantôt ludique tantôt inquiétante.

Ambiance de "polar".
© Photo : Sandra Fiori


. Des ambiances peuvent être créées artificiellement : pour la scénographie de la Galerie de l'Evolution du Muséum d'Histoire Naturelle (1994), à Paris, les architectes Paul Chémétov et Borja Huidobro et le scénographe René Allio utilisent un dispositif d'éclairages et de déflecteurs pour simuler sur un cycle d'une heure et demie les variations de la lumière de l'aube au crépuscule. Ces éclairages sont disposés dans la verrière qui simule le ciel. Une bande son, proposant des bruits d'animaux, complète ce spectacle de sons et lumière. L'ambiance ainsi créée sollicite l'imaginaire du visiteur.
Voir aussi :

3.2. La lumière et sa perception
3.2.1 La sensation d'espace

La sensation d'espace ou, au contraire, l'impression de petitesse, n'est pas uniquement liée aux dimensions du lieu, au rapport de ses proportions (longueur, largeur, hauteur) ou au traitement de son enveloppe (matériaux, textures, couleurs). L'absence ou l'abondance de lumière, le choix et la position des sources lumineuses, jouent un rôle dans la perception d'un lieu : dans un volume abondamment éclairé de lumière naturelle, la sensation d'espace est amplifiée, les limites de la pièce comme repoussées.

3.2.2 La sensation de confort

. Le confort visuel
L'éclairage doit permettre de réaliser une tâche déterminée sans entraîner de gêne pour les yeux.
Les paramètres du confort visuel sont :
. un bon niveau d'éclairement nécessaire à une vision claire et sans fatigue,
. un bon rendu des couleurs,
. une répartition harmonieuse de la lumière dans l'espace, l'absence d'ombres gênantes. Un élément situé entre la tache visuelle et la source lumineuse crée une ombre parasite : un éclairage latéral venant de gauche est préférable pour les droitiers, un éclairage latéral venant de droite pour les gauchers. Dans les salles de classes, les tableaux reçoivent la lumière de la gauche (ainsi l'enseignant et les élèves ne sont pas gênés par des ombres parasites.),
. l'absence d'éblouissement : dû à une luminosité trop intense ou à un contraste lumineux trop important, l'éblouissement provoque des situations de grand inconfort visuel.
La lumière naturelle est préférable à la lumière artificielle.
La vue à travers une fenêtre permet de se situer par rapport à l'extérieur. Le cadrage des vues consiste à orienter les ouvertures vers des secteurs de l'environnement extérieur présentant un certain intérêt visuel.
La possibilité de regarder à travers une fenêtre évite le sentiment d'enfermement et de confinement.


. Le confort thermique
L'énergie solaire entrant dans un bâtiment se transforme en chaleur et peut provoquer des surchauffes dont il faut se protéger, notamment en été. Une bonne orientation du bâtiment, ainsi que l'utilisation de protections solaires, améliorent le confort thermique. (cf. 2.3.3 : lumière et énergie)

3.2.3 La sensation de clarté

La perception de la lumière n'est pas seulement liée à l'importance de l'intensité de sa source, ni à la quantité de lumière diffusée. On peut en effet obtenir une sensation de clarté tout aussi importante en jouant sur le contraste clarté-obscurité : dans un volume où règne la pénombre, la forme, la répartition et l'emplacement des ouvertures, ou le choix de vitres teintées, auront une influence sur la perception de l'espace, sur l'esthétique du lieu.
Dans la chapelle protestante d'Ibaraki (Japon), Tadao Ando, réalise en 1987-1989 une fente de 20 cm de large, en forme de croix, qui occupe le mur derrière l'hôtel. Le contraste est saisissant entre l'obscurité du lieu et l'éclat des rayons lumineux qui pénètrent par cette croix vitrée.
Voir aussi :
http://www.andotadao.org/chlight6.htm (cf. 2.3.2 : Les dispositifs)



 
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Mai 2009 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.