Célébration du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo.

CRDP Languedoc-Roussillon

Deux propositions de séquences :
séquence collège : «Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La Bibliothécaire de Gudule, un article proposé par Jeanne - Marie BURY, enseignante au collège Mauguio et membre du comité de rédaction de la revue Le Français dans tous ses états.
séquence lycée : Un procès « misérable » ? Arguments..., un article proposé par Yvette AURIAC, membre du comité de rédaction de la revue Le Français dans tous ses états.
Quelques citations...
Destins croisés : Hugo et Pasteur, deux monstres sacrés, un article proposé par Simone Labau, professeur de SVT.
Les articles parus dans la revue Le Français dans tous ses états sur Victor Hugo.

Victor Hugo | Photo : S. Labau | Sculpteur : L.H. Marqueste | Cour d'Honneur de la Sorbonne à Paris

Victor Hugo, le site officiel :
http://www.victorhugo.education.fr/

 

Bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, l'événement :
http://www.cndp.fr/
Le Français dans tous ses états n°49 :
"Le monstre dans l'oeuvre de Victor Hugo".

Edito

Pourquoi parler du monstre dans l’œuvre de Victor Hugo ? Pour dépasser la commémoration biographique du grand homme enterré au Panthéon et revisiter son œuvre avec unguide qui en cerne les rayons, comme les ombres.

Le monstre, cet être hybride, qui fait peur et qui attire, est bien représentatif du théâtre hugolien : du drame romantique nous ditJunia Barreto, comme du personnage de Don Salluste affirme Alain Niderst.Il est aussi l’expression de ce mélange étrange de littérature et de politique que mettent en évidence Thierry Poyet pour Les Châtiments et Pierre Nicq pour Bug-Jargal. Mais le monstre est avant tout une mise en scène de l’énonciation, Lucien Ruh étudie celle de la parole du peuple dans L’Homme qui rit, Marie-José Fourtanier celle du père éploré dans A Villequier. Les nombreuses adaptations cinématographiques en ont multiplié les images comme le montre François Amy de la Bretèque.

Dans les classes, le grotesque et le sublime du monstre ouvrent des pistes très variées : Jeanne-Marie Bury croise les dessins de Victor Hugo pour Les Travailleurs de la mer et ceux d’ Enki Bilal, Catherine Dupuy décline dans des types de textes différents la dénonciation de la peine de mort.Quasimodo, le monstre emblématique est présenté en troisième par Mary Sanchiz, en seconde par Dominique Sultan et comparé à un cousin américain par Marie-Noëlle Véran, Marie-Claire Bassou propose un parcours dans la littérature et le cinéma fantastiques. Le monstre est au coeur des nouveaux programmes : il permet d’aborder l’éloge et le blâme grâce à Pauline Schnegg, le registre satirique grâce à Florence Mazoir, les niveaux de langue grâce à Nicole Dejean. Avec Odette Michel l’album de littérature de jeunesse Le Temps des cerises suggère d’autres pistes, pour un travail sur un autre monstre : la misère.

Le monstre est une difformité esthétique, éthique, politique, qui mêle de façon indissoluble, le Beau et le Laid, le Bien et le Mal, l’individu et la société. Comme une gargouille, il grimace dans la cathédrale hugolienne pour inquiéter, émouvoir ou faire rire les élèves. L’histoire littéraire est marquée par cette figure hugolienne puisque Arthur Rimbaud écrivait dans une lettre à Paul Demeny : « il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage », Victor Hugo dénonçait dans L’Homme qui rit les comprachicos qui fabriquaient des monstres pour le plaisir des rois, Arthur Rimbaud choisit la monstruosité pour cultiver sa différence et la littérature devient « une parade sauvage ».

 

«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La Bibliothécaire de Gudule[1] Jeanne - Marie BURY
retour menu principal
«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La Bibliothécaire de Gudule | Jeanne - Marie BURY
Etude comparative des deux extraits
Conclusion
ANNEXE
Ne nous y trompons pas ! Notre propos n'est pas de dire qu'il est « monstrueux » d'oser s'attaquer à un épisode classique de la littérature pour le plagier, le dénaturer... Au contraire, nous avons choisi d'analyser cet épisode de la mort de Gavroche sous l'angle nouveau proposé par un auteur de littérature de jeunesse. Sous la plume de Gudule, l'adjectif « monstrueux » qualifie le silence qui accueille la mort de Gavroche, une mort davantage « montrée » de façon explicite.

La mort d'un enfant est toujours monstrueuse et nous essayerons de montrer comment la reprise de la scène hugolienne par Gudule, sur un mode de présentation différent, peut engendrer des réactions de peine, de douleur et de révolte chez le lecteur de cet ouvrage de littérature de jeunesse.

N'oublions pas que, pour les élèves de collège, la découverte de cette scène se fera dans le sens inverse de l'expérience des enseignants : d'abord le texte de Gudule et ensuite celui de Hugo... car « Les livres ont des passages secrets qui les relient les uns aux autres »[2] et pour un élève du collège quel meilleur tremplin à la lecture des Misérables de Victor Hugo que de faire la rencontre de Gavroche sur la barricade de la rue de la Chanvrerie dans le roman de Gudule !

Objectifs :
comparer la scène originale et la scène réécrite ; comprendre la notion d'adaptation ; étudier quelques faits de langue qui facilitent l'appropriation de la scène par le lecteur de Gudule.
Niveau de classe :
classe de 5e et 4e.
Supports :
- Pour Les Misérables de Victor Hugo le chapitre xv dans la cinquième partie intitulée « Jean Valjean », édition La Pléiade, pages 1240-1241.

- Pour La Bibliothécaire de Gudule le chapitre 15 (coïncidence ou clin d'œil ?) édition Le livre de poche, Hachette Jeunesse n° 547.

retour menu
«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La Bibliothécaire de Gudule

 

Etude comparative des deux extraits :
I ) Les ressemblances entre les deux scènes :

- le cadre : la barricade de la rue de la Chanvrerie.

- le temps : la barricade du 6 juin 1832.

- les personnages :

* dans le camp de la barricade : Jean Valjean, Marius, Courfeyrac, Enjolras, Bossuet, Gavroche,

* dans le camp opposé : les soldats « tirailleurs de la ligne adverse, les gardes nationaux ».

- les actions : la scène du matelas décroché par Jean Valjean, la cueillette des munitions, le « jeu du chat et de la souris », la chanson de Gavroche, la balle qui interrompt le dernier vers.

- les paroles   : « Fichtre ! ... Voilà qu'on me tue mes morts ! » de Gavroche ; le célèbre oxymore « [Une] petite grande âme [vient]de s'envoler ».

II) Les différences entre les deux scènes :

- les personnages rajoutés et qui participent à l'action : les deux héros Guillaume et Doudou, qui poursuivent la quête du grimoire et qui ont pénétré dans les pages du roman de Hugo.

- l'absence de Javert dans cet épisode, mais les élèves du collège le connaissent à travers les nombreuses adaptations cinématographiques du roman.

- les descriptions rajoutées en particulier celle qui insiste sur la « monstruosité » de la mort d'un enfant et qui la décrit de façon réaliste :

«Sous lui, une flaque pourpre s'étale doucement »

et la douleur des compagnons de la barricade :

 « Ces hommes si durs, si aguerris, ayant depuis longtemps renoncé à la vie et accepté l'ultime sacrifice, ont les yeux rouges ».

- les paroles : dans le livre de Gudule c'est Marius qui prononce l'épitaphe célèbre, alors que c'est le narrateur omniscient confondu avec l'auteur qui achève le chapitre xv par cet hommage à l'enfant héroïque ; la réplique de Gavroche « La rue est ma mère, elle me protégera » à Courfeyrac dans le livre de Gudule pourrait avoir été inspirée par une variante de la chanson citée dans les appendices de l'édition nationale :

« La république est mère

Du gamin lionceau. »

III) Les choix de Gudule : l'angle d'attaque de la scène.

 « Les grands thèmes de la littérature, comme la mort justement [...] sont communs à beaucoup d'auteurs, mais chacun les aborde sous un angle différent [...] Cela donne au lecteur l'envie de passer de livre en livre, quand le sujet l'intéresse. » [3]

Pour cette étude comparative entre les deux scènes de la mort de Gavroche on se limitera aux passages suivants :

- chez Gudule (p.145à 157) depuis « Le spectacle est hallucinant » à la fin du chapitre 15 « Une petite grande âme vient de s'envoler ».

- chez Hugo (p.1241) depuis « Le spectacle était épouvantable et charmant » jusqu'à la fin du chapitre xv « Cette petite grande âme venait de s'envoler ».

Un travail sur la langue, structuré autour de trois points, nous semble intéressant à mener : le lexique, le changement de temps, le point de vue adopté par chaque auteur.

* Le lexique : on recherchera avec les élèves les adjectifs synonymes ou plus réducteurs, les allégements de lexique qui assurent une meilleure compréhension directe du texte ; les expressions modernisées comme   « provoque l'ennemi, le nargue» remplace « taquiner la fusillade ». On vérifiera que certaines comparaisons ont été « actualisées » ou simplifiées : « Tel un moineau se moquant du chasseur » chez Gudule prépare le futur lecteur de Hugo aux longues comparaisons et références culturelles avec   « Le moineau becquetant les chasseurs... un étrange gamin fée... le nain invulnérable de la mêlée... il y avait de l'Antée dans ce pygmée » etc.

* Le temps du récit : grâce au choix énonciatif adopté par Gudule, le lecteur est au cœur de l'action et suit la scène de la barricade « en direct » au côté des deux héros Guillaume et Doudou qui vont de livre en livre au sein de la bibliothèque municipale. Le temps choisi est donc le présent de l'énonciation qui implique mieux le lecteur dans la tragédie et qui place sous un éclairage très cru la scène du jeu morbide. Le présent immobilise l'action comme si l'on faisait un « arrêt sur images », une pause. Nul doute que l'élève de 5e aura envie de crier comme Doudou Attention ! » pour mettre en garde Gavroche contre les balles des tirailleurs. Au collège le lecteur est encore dans le plaisir de la lecture-participation et les larmes de Guillaume seront sûrement les siennes... « Les larmes étouffent Guillaume. Prostré, Doudou laisse couler les siennes sans un mot ».

* Le point de vue adopté et l'instance narrative : on observera des changements de point de vue intéressants. Dans le texte de Gudule, « le montage » des scènes est plus rapide en champ / contrechamp. Le rythme accéléré   enchaîne les scènes vues du côté de la barricade et celles vues du côté des tirailleurs. Le procédé de l'énumération est conservé dans l'épisode du jeu de cache-cache mais le présent semble lui donner davantage de mobilité et de dynamisme : « Il se couche, se redresse, s'efface dans un coin de porte, puis bondit à nouveau, reparaît, se sauve, revient. »

La valeur du pronom on est-elle la même dans les deux textes ? « On le visait sans cesse, « on » le manquait toujours » chez Hugo et « On le croit à droite, il est à gauche » chez Gudule ?

Et qui prononce la phrase chez Gudule : « Vraiment, cet enfant-là, c'est un gibier de choix ! » et à quelle longue phrase de Hugo semble-t-elle correspondre ?

retour menu
«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La Bibliothécaire de Gudule

 

Conclusion :
« C'est l'avantage qu'ont les livres sur la vie réelle. Dans la vie réelle, quand un drame arrive, on se dit : « Comme j'aimerais retourner dans le passé, profiter du bonheur d'avant ! » La lecture nous donne cette possibilité : il suffit de reprendre les chapitres précédents, et on revit les moments que l'on aime chaque fois qu'on le désire... Gavroche est toujours vivant (...) »[4] .

Peut-être que la réflexion peut sembler naïve et pourquoi pas dangereuse ? La réalité ne nous permet pas de faire un retour en arrière, la mort est bien irréversible et donc monstrueuse. Mais dans le roman de Gudule, plus que dans le texte de Hugo, l'accent est mis sur les larmes, les sanglots, la rupture de l'équilibre des choses. Le petit farfadet aurait dû continuer sa cueillette de munitions. « Un monstrueux silence succède à l'exécution [...] un silence pire encore que les rumeurs de la bataille... », cette dernière expression   préparant l'oxymore final. « Cette petite grande âme venait de s'envoler » chez Hugo, mais placé dans la bouche de Marius par Gudule « Une petite grande âme vient de s'envoler ». Deux formules très proches et très différentes à la fois mais qui nous semblent symboliser parfaitement le travail d'écriture, de réécriture de Gudule.

Ne s'agit-il pas de mettre en appétit nos jeunes lecteurs de collège ? De ne pas trahir Hugo mais de le mettre à portée des élèves, d'éveiller leur curiosité, de les familiariser avec des personnages classiques[5] ? Ce n'est pas là un projet « monstrueux » bien au contraire ! Un peu plus tard, en 3e et au lycée, ces mêmes lecteurs retrouveront sur la barricade de la rue de la Chanvrerie un Gavroche qui joue, chante et meurt mais avec toute l'épaisseur du style de Hugo ou plutôt toute la retenue qui suggère plus qu'elle ne montre...

retour menu
«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La Bibliothécaire de Gudule

 

ANNEXE
Le passage est extrait de La Bibliothécaire de Gudule pages 145 à 147, Edition du livre de poche jeunesse.

« Le spectacle est hallucinant. Gavroche provoque l'ennemi, le nargue, lui fait des pieds de nez. Ce petit jeu morbide, cette partie de cache-cache avec la mort, semble l'amuser beaucoup. Tel un moineau se moquant du chasseur, il répond à chaque décharge par un couplet.

Les soldats rient en l'ajustant, comme rit le chasseur devant les prouesses d'une proie turbulente, sachant que celle-ci, toute futée qu'elle soit, ne peut lui échapper. Ils tirent, le ratent, se divertissent de leur propre maladresse. Font entre eux des paris à qui l'abattra. Il est si remuant, si preste ! Il se couche, se redresse, s'efface dans un coin de porte, puis bondit à nouveau, reparaît, se sauve, revient. On le croit à droite, il est à gauche. On le cherche devant, il surgit derrière. Vraiment, cet enfant-là, c'est un gibier de choix !

La barricade entière le suit des yeux, et tremble.

« Ils vont l'avoir ! Ils vont l'avoir ! » gémit Guillaume en se tordant les mains.

Ils l'ont, en effet.

Une balle finit par l'atteindre.

Gavroche chancelle, puis s'affaisse lentement. Toute la barricade pousse un cri.

« Non ! » hurle Doudou, saisi d'horreur.

Il éclate en sanglots.

Mais Gavroche n'est tombé que pour se redresser. Un long filet de sang barre son visage : c'est au front qu'il a été touché.

Il lève les deux bras, regarde du côté où est venu le coup, et, rassemblant ses dernières forces, braille :

« Je suis tombé par terre,

C'est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C'est la faute à … »

Une déflagration lui coupe la parole.

Il s'abat, la face contre le pavé. Sous lui, une flaque pourpre s'étale doucement.

Les larmes étouffent Guillaume. Prostré, Doudou laisse couler les siennes sans un mot. Toute la barricade se tait. Ces hommes si durs, si aguerris, ayant depuis longtemps renoncé à la vie et accepté l'ultime sacrifice, ont les yeux rouges.

En face, le tir s'est arrêté aussi. Un monstrueux silence succède à l'exécution. Et dans ce silence pire encore que les rumeurs de la bataille, pire que les cris des blessés et le fracas du canon, la voix de Marius s'élève :

«Une petite grande âme vient de s'envoler. »

retour menu
«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La Bibliothécaire de Gudule

 

Notes :
[1] Lire un premier article sur ce roman dans le numéro 44 consacré au thème de « La bibliothèque ».

[2] La Bibliothécaire   de Gudule édition du Livre de poche jeunesse (page 163).

[3] Pages 163-164

[4] Page 152

[5] Rappelons que les héros du livre rencontrent aussi Alice, Poil de Carotte, Arthur Rimbaud, Le Petit Prince.

retour menu
«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La Bibliothécaire de Gudule

 

Un procès « misérable » ? Arguments..., un article proposé par Yvette AURIAC, membre du comité de rédaction de la revue Le Français dans tous ses états.
retour menu principal
Un procès « misérable »? Arguments..., Yvette AURIAC

Le 12 septembre 2001 le tribunal de grande instance de Paris avait à trancher dans l'affaire Hugo / F. Cérésa concernant la suite des Misérables écrite par ce dernier. La demande d'interdiction du livre, faite par les descendants de Hugo, a été jugée irrecevable. Pierre Hugo a décidé d'interjeter l'appel. A suivre donc.

L'affaire

Début mai 2001 François Cérésa, écrivain, sollicité par l'éditeur Plon, publie un livre de 500 pages intitulé Cosette ou le temps des illusions qui se présente comme une suite des Misérables de V. Hugo (ouvrage publié en 1862). Dès l'annonce de cette parution l'aîné des ayants droit de Hugo, son arrière-arrière-petit-fils, demande par voie de justice, l'interdiction du roman, assisté par la Société des gens de lettres et les Amis de Victor Hugo [2].

Le 27 juin a lieu le procès, l'avocat des plaignants exigeant 4,5 millions de francs de dommages et intérêts pour le préjudice. La Société des gens de lettres ne réclamant pour sa part que le franc symbolique. Le 12 septembre le jugement est rendu : la plainte est jugée irrecevable.

Que dit la loi ?

Le droit patrimonial protège une œuvre contre les reproductions illicites pendant 70 ans après la mort de l'auteur. Le droit moral impose, sans limite dans le temps, le respect de l'œuvre. Les ayants droit ont ainsi le monopole des suites de l'œuvre de leur ancêtre, au nom du droit moral seulement, car Hugo étant mort en 1885, son œuvre est depuis longtemps tombée dans le domaine public.

Que contient le roman de Cérésa ?

Dans Les Misérables, Javert se suicide en se jetant dans la Seine. Dans le roman de Cérésa Javert, réincarné sous le nom de Verjat, reprend en somme du service et on assiste à sa rédemption. Il a, comme le dit le prêtre qui le présente à Cosette, trouvé son chemin de Damas. On y retrouve aussi Thénardier. Marius, quant à lui, est un triste sire, assez odieux qui trompe Cosette, de façon éhontée, avec Clémence, et les péripéties sont nombreuses. On peut citer celle qui de situe rue Transnonnain (allusion à Daumier) où Marius change d'identité en passant pour mort. Cosette, bien qu'encore toute jeune, est confite en dévotion ; elle «minaude», s'adonne au jardinage et se réfugie, selon Cérésa, « dans la religion et les bonnes œuvres ». La vie politique de l'époque apparaît en toile de fond (journaux, hommes célèbres…).

D'autres cas similaires

Avant d’aborder le cas le plus célèbre, celui d'Autant en emporte le vent et de ses suites, commençons par rappeler qu'en septembre 1996 une universitaire américaine, Laura Kalpakian, a écrit Cosette, livre publié chez Lattès et qui est une suite des Misérables mettant en scène « une jeune femme […] annonçant la jeunesse de 1968. Mais cette Cosette dans un Paris du second Empire bien dépeint, est un beau personnage de roman historique […]; elle fonde un journal La Lumière et participe à l'avènement de la deuxième République » (P. R. Leclercq. Le Monde 18.05.01).

En ce qui concerne Autant en emporte le vent (Gone with the wind) de Margaret Mitchell (1900-1949), publié en 1936 aux U.S.A., les « affaires » sont nombreuses. Mais avant toute chose il ne sera pas inutile de rappeler, comme le fait Martine Silber dans Le Monde du 4 mai 2001, que Julia Peterkin obtint en 1929 (donc sept ans avant la publication de l'histoire de Scarlett O'Hara et Rhett Butler) le prix Pulitzer pour le roman Scarlett sister Mary qui racontait la vie dans une plantation du sud, au xixe siècle !

1987 : Régine Deforges se voit assignée par les héritiers Mitchell comme auteur d'un plagiat pour sa Bicyclette bleue (elle avait elle-même annoncé l'emprunt de sa trame !). Mais en 1995 l'affaire se termine à son avantage.

Voyant peut-être s’approcher l'époque où le roman de leur tante tombera dans le domaine public et soucieux de profiter encore un peu de la manne laissée par Margaret, les héritiers ont demandé à Alexandra Ripley de continuer le célèbre récit ; contrat signé en 1988, Scarlett sort en 1991 et se vend bien.

Alice Randall, auteur d'un livre plutôt parodique The wind done gone, donne la parole aux noirs, esclaves de la plantation. Mais son roman n'a pour l'instant pas pu voir le jour, faute d'avoir été agréé par les neveux Mitchell. Il arrive aussi qu'un écrivain rende son tablier : ce fut le cas de Pat Conroy, pourtant autorisé à poursuivre, mais qui s'est découragé « "> devant les exigences des héritiers » (M. Silber) (Ceux-ci ne supportaient pas l'idée que Scarlett puisse être tuée par Rhett Butler). Mais une autre suite serait en cours d'élaboration !

Sans multiplier les cas de suites plus ou moins réussies, plus ou moins originales ou célèbres, il est bon tout de même d'indiquer, pour compléter ce dossier et permettre une argumentation solide, de rappeler quelques exemples :

M. Tournier s'est inspiré de D. Defoë, Eduardo Berti, romancier argentin, a repris l'histoire de Wakefield, d'Hawthorne (Contes écrits deux fois) dans Madame Wakefield (Grasset 2001). C-H Buffard a publié, chez Grasset également, La Fille d'Emma (2001) et une B.D. intitulée Gemma Bovery (Denoël 2000) -bien peu convaincante- est considérée par J. Barnes comme du « Flaubert revu et corrigé par Claire Brétécher ». J. Rampal s'est inspiré de Molière pour Célimène et le cardinal ; J. Laurent a écrit la fin de Lamiel ; R. Nimier imagine D'Artagnan amoureux[3]

Voici donc, présentés en deux ensembles, les arguments de ceux qui pensent qu'on peut ou qu'on ne doit pas, proposer de suites aux œuvres consacrées, en particulier Les Misérables. En s'appuyant sur ce dossier on pourra proposer aux élèves un certain nombre d'exercices (voir ci-dessous). C'est délibérément que ces arguments sont donnés sans ordre ni regroupement.

Pour une écriture des suites [4]

>>F. Cérésa, auteur de Cosette ou le temps des illusions et de Marius
- J'ai une admiration sans bornes pour V. Hugo.
- Je n'ai pas porté atteinte aux personnages de Hugo ; mon livre est basé sur la rédemption de Javert : c'est un thème hugolien.
- Mon adaptation est assez respectueuse de l'original.
- J'aimais bien Les Misérables ; adolescent j'ai aussi beaucoup aimé un des films qui en a été tiré, avec Harry Baur.

>>Olivier Orban, P.D.G. des éditions Plon.
- Il y a déjà eu une suite des Misérables aux U.S.A. (ed. Harpers & Collins), publiée ensuite en France (Lattès) qui n'a pas suscité de réactions.
- On fait des livres pour les vendre, ce n'est pas honteux.
- Beaucoup de chefs-d'œuvre de la littérature ont été écrits en réponse à des commandes.
- Le livre de Cérésa est pleinement réussi.

>>G-O. Chateaureynaud, président de la Société des gens de lettres. [5]
- La littérature est faite de suites à des grands romans.

>>Le tribunal de grande instance de Paris.
- La demande d'interdiction du livre Cosette est irrecevable : Pierre Hugo ne donne pas suffisamment de preuves montrant qu'il est bien l'héritier du droit moral de l'écrivain et sa demande ne respecte pas la volonté de son aïeul.

>>P.-R. Leclercq, critique littéraire au Monde.
- La troisième Cosette suscite de violentes attaques, à croire qu'il n'y a pas d'autres exemples d'un tel ravaudage.

>>J.-C. Zylberstein , avocat de F. Cérésa.
- Ces procédures vont à l'encontre de ce qu'est l'histoire littéraire, qui a vu de nombreuses suites et adaptations d'œuvres préexistantes. F. Cérésa a voulu rendre hommage à un élément du patrimoine littéraire.
- Des adaptations musicales et cinématographiques ont davantage dénaturé l'œuvre de Hugo sans que cela choque les héritiers. Idem pour la publication chez Lattès.
- La demande de P. Hugo est irrecevable car il n'a pas fait la preuve de sa qualité de successible sauf par un arbre généalogique manuscrit. Le fait qu'il soit descendant de Hugo n'en fait pas pour autant le titulaire du droit moral invoqué.
- Hugo avait manifesté nettement sa volonté de remettre tous ses droits à son ami Paul Meurice.
- Le droit moral des descendants est hypothétique.

>>Frédéric Vitoux, écrivain.
- D'obscurs et lointains héritiers de Hugo s'autoproclament seuls défenseurs du droit moral de l'écrivain, au bénéfice douteux du patronyme.
- On a parlé gros sous, interdiction, réparation, « droit moral » et censure. Lamentable !
- Le problème de fond : un artiste peut-il ou non s'inspirer de l'œuvre d'un autre artiste ?
- Un personnage a-t-il la liberté d'échapper à son créateur une fois passée la période de protection des droits d'auteur ? Ce personnage peut-il acquérir son autonomie, nourrir les rêveries, les fantasmes ou l'imaginaire d'autres créateurs ? Si F. Cérésa était condamné, ce sont des pans entiers de la littérature mondiale qui le seraient aussi.
- Molière s'est inspiré de Tirso de Molina et Giraudoux a écrit un 38e Amphitryon.
- La Société des gens de lettres ferait mieux d'intenter des procès aux éditeurs qui présentent les classiques de la littérature expurgés, raccourcis, transformés.
- Pour certains la culture est désormais du business, une affaire de propriété industrielle.
- Le roman de Cérésa est un savoureux bouquin ; retire-t-il quoi que ce soit aux Misérables ?
- Ce procès révèle l'absence de toute mémoire culturelle.

>>V. Hugo . Lors d'un congrès, Hugo a déclaré : « L'écrivain n'a qu'un héritier, l'héritier de l'esprit ».

>>H. Maurel-Indart, auteur de Du plagiat :
- La suite comme genre littéraire constitue un procédé d'écriture ni nouveau ni scandaleux. On ne peut s'enferrer dans une vision figée et par trop sacralisante de la littérature.
- La loi autorise la reprise ou la réécriture d'une œuvre à des fins parodiques. Mais le problème de l'emprunt et de la reproduction illicite se pose plus fréquemment que celui du respect de l'œuvre qui apparaît comme secondaire.

>>Le procureur de la République regrette l'intervention inquiétante de la Société des gens de lettres ; constate que la demande de P. Hugo est mal fondée et incohérente.
- Il faut laisser la littérature vivre sa vie en liberté.

>>Un avocat
- Demander post-mortem la censure d'une œuvre est « surréaliste » car Hugo a toujours plaidé contre la censure.

>>Lauretta Hugo
- Nous respectons la liberté d'expression, donc nous ne pouvons demander l'interdiction du livre 5.

Arguments contre

>>Lauretta Hugo, veuve de Jean Hugo, arrière-petit-fils de V. Hugo.

- Nous sommes dans un monde où l'économie de marché tient lieu de culture.
- Les éditeurs cherchent à faire des coups en relation avec la commémoration de la naissance de V. Hugo (1802-2002).
- Les éditeurs profitent de la création toute faite et de la notoriété déjà établie d'un chef-d'œuvre mondialement connu depuis cent cinquante ans.
- Les voleurs qui ressuscitent les Javert ne s'encombrent pas de scrupules d'ordre éthique ou artistique. Leur seul souci est de vendre.
- Nous pensons qu'un procès envers les responsables de cette publication peut être utile, à condition qu'il soit d'ordre moral et symbolique.
- Le détournement d'œuvres du patrimoine à des fins commerciales devrait être empêché.

>>H. Maurel-Indart , interviewée dans Le Monde du 18.05.01).
  - Les éditions Plon ont cru pouvoir se dispenser de l'autorisation des ayants droit de V. Hugo. Or ceux-ci ont le monopole des suites données à une œuvre, et le droit moral est perpétuel. Il impose, sans limite dans le temps, le respect de l'oeuvre.

>>G.-O. Chateaureynaud.
  - Le droit moral est imprescriptible. On ne peut pas faire n'importe quoi avec les œuvres du passé.

>>O. Orban (Editions Plon).
  - Je n'ai pas songé à prévenir les ayants droit de Hugo.

>>Pierre Hugo, descendant de Hugo, orfèvre.
- Le livre de Cérésa est une contrefaçon à finalité purement commerciale, une atteinte à l'intégrité de l'œuvre.
- Nous voulons défendre notre droit moral et interdire sans réserve, par voie de justice si nécessaire, la parution de ce livre.
- Ce livre est une intervention dans l'œuvre même de V. Hugo.
- Nous voulons que le fruit de cette opération commerciale aille à une association caritative plutôt qu'à l'éditeur.

>>E. Pierrat, avocat de Pierre Hugo.
- L'éditeur Plon porte atteinte au droit moral car Cosette remet en cause le suicide de Javert. Il en fait un homme bon : c'est une dénaturation des Misérables. L'auteur ne respecte pas l'œuvre de Hugo.
L'avocat demande 4,5 millions de francs de dommages et intérêts au nom du droit moral, argent qui sera reversé à des œeuvres caritatives.

>>P.-R. Leclercq, critique littéraire.
- Il faut savoir si une suite a quelque intérêt autre que financier. Cosette (celle de Cérésa) est un personnage falot ; cette petite chose n'a guère de densité. Elle ne semble là qu'en « faire valoir d'un Marius odieux que Jean Valjean n'aurait pas sauvé s'il avait su ce que Cérésa allait en faire ».

Divers

- C'est un livre de commande.
Est-il donc possible de donner une suite à un ouvrage célèbre ? Faut-il considérer qu'une œuvre, à partir du moment où elle a acquis une certaine notoriété, est intouchable ? Les chefs-d'œuvre -ou prétendus tels- sont-ils inviolables ? Laissons, au final, la parole à l'auteur de l'article sur Les Misérables dans le Dictionnaire des œuvres (ed. Laffont) : « Histoire touchante, certes, mais quelque peu invraisemblable et mélodramatique ».  « Sur le plan individuel, les créatures de Hugo ont un caractère aussi artificiel, une psychologie aussi sommaire que son héros principal. Tous ressortissent plus ou moins à cette forme simpliste de manichéisme que cultivait inconsciemment Hugo et qui sous-tend toutes ses œuvres ». Cette critique un peu acerbe n'exclut pas, cependant, la reconnaissance des qualités et de la valeur indéniables de l'œuvre, qualités sans lesquelles l'œuvre ne serait pas demeurée aussi fermement et aussi durablement partie intégrante et revendiquée du patrimoine littéraire. Et ce procès récent en est bien, malgré tout, la preuve.

retour menu
Un procès « misérable » ? Arguments...

 

EXERCICES PROPOSES (3e ou 2de) | Objet d'étude : lire, écrire, publier aujourd'hui.

1/ Objectif LIRE :

Lire le dossier et/ou les articles cités (voir la bibliographie)

                - Quel est le type d'arguments utilisés? Les regrouper en les synthétisant (arguments commerciaux, juridiques, moraux, littéraires…).

                - Repérer les marques de l'énonciation.

                -Voir comment s'effectue la dévalorisation de la thèse adverse (ex. remarque sur la Société des gens de lettres), comment on retourne les arguments de l'adversaire (les droits de P. Hugo…)

                - Lecture cursive du roman de Cérésa, avec restitution sous forme de débat argumentatif.

 

retour menu
Un procès « misérable » ? Arguments...

 

2/ Objectif ECRIRE :

a/ Argumenter : rédiger un plaidoyer et un réquisitoire concernant la suite écrite par F. Cérésa.

                - Imaginer le même procès pour un autre ouvrage (suite réellement écrite ou imaginée). On donnera des consignes précises pour la recherche des arguments. [6]

                - Sujet de réflexion : peut-on écrire la suite d'une œuvre connue ?

b/ Ecriture d'invention.

                - Imaginer un dialogue Hugo / Cérésa ou entre les diverses Cosette : Hugo, Kalpakian [7], Cérésa (plus difficile).

                - Imaginer la suite d'un roman : par exemple, pour rester chez Hugo, la journée qui suit la mort de Jean Valjean, ou celle qui suit la mort de Charles Bovary…

                - Vous avez écrit la suite d'un roman (au choix …). Vous faites une lettre à un éditeur pour le convaincre de la pertinence de votre projet.

 

retour menu
Un procès « misérable » ? Arguments...

 

BIBLIOGRAPHIE

L'Histoire n° 152, février 1992, pp. 72 à 75,

Le Monde du 29-30 avril 2001 : les descendants de V. Hugo veulent interdire la suite des Misérables (A. Salles),

Le Monde du 4 mai 2001 : Autant en emportera le vent (Martine Silber),

Le Monde  du 18 mai 2001 : Les infortunes des Misérables p.III du monde des livres (articles de M. Silber et A. Salles, de René de Ceccatty et de P.R. Leclercq),

Le Monde  du 13 juin 2001 Frédéric Vitoux : Les Misérables, suite, et alors ?

Le Monde  du 29 juin 2001 (p. 27) Les héritiers d'Hugo et Plon s'affrontent (M. Silber).

Le Monde  du 14 septembre 2001 Edition française : les héritiers de Hugo déboutés.

Libération  du 15 mai 2001 (Rebonds) Victor Hugo : la misérable récupération, article de Lauretta Hugo et ses enfants.

Le Magazine littéraire : Chefs-d'œuvre : à suivre, article de Pascale Frey 1998 in Faut-il célébrer le pastiche, février 1998.

 

retour menu
Un procès « misérable » ? Arguments...

 

Notes :
[2] Lauretta Hugo, héritière, elle aussi du droit moral , souhaite un procès moral et symbolique mais ne veut récupérer « aucune partie de cet argent sale ».

[3] Tout récemment Stéphane Heuet a mis, avec beaucoup de justesse et d'habileté, deux volumes de Proust en B.D. Cette adaptation non seulement n'a pas soulevé de polémique mais a été récompensée récemment par un prix (novembre 2001). Voir sur ce sujet le numéro 47 du Français dans tous ses états.
Ces trois derniers exemples sont tirés de l'article de F. Vitoux.

[4] Les arguments présentés ici reprennent sinon toujours la lettre, du moins toujours l'esprit des propos tenus par les uns ou les autres.

[5] On ne s'étonnera pas de trouver certaines personnes à la fois dans les POUR et dans les CONTRE, compte tenu de l'opinion nuancée qu'elles ont exprimée.

[6] On trouvera des éléments intéressants dans l'article « Le Siècle d'or du plagiat » littéraire paru dans L'Histoire de février 1992.

[7] Le livre de L. Kalpakian n’apparaît plus au catalogue des libraires 2002.

retour menu
Un procès « misérable » ? Arguments...

 

Quelques citations sur le monstre dans l'oeuvre de Victor Hugo
retour menu principal
« Monde spectre. Il torture et il souffre ; il a pour voûte

Le dessous monstrueux des cimetières noirs,

Piqué de points de feu comme le ciel des soirs »

Torquemada,1822.1ère partie, Acte I, Scène VI.

 

« Hier était le monstre et Demain sera l’ange ;

Le point du jour blanchit nos fronts »

La Légende des siècles.( v 493-498).

« Allons ! définis, classe, nomme,

Sonde, explique, suivant n’importe quelle loi,

L’être mystérieux que tu portes en toi.

Scrute avec ton regard, flaire avec ta narine ;

Fouille-toi ; tire-toi l’homme de la poitrine,

Et mets-le sur la table, et penche-toi pour voir

Ce que c’est que ce monstre, éblouissant et noir ! »

Toute la lyre,1835. Livre III, XLVIII.

 

« Dans cette époque de stérilité littéraire et de monstruosités politiques »

V.H CFL, tome 1.

« C’était quelque chose de plus hideux qu’une bête féroce, de plus monstrueux qu’un démon : c’était un homme auquel il ne restait rien d’humain »

Han d’Islande XXIX.

Léopold Hugo à propos de Sophie Trébuchet mère de Victor Hugo : « C’est un monstre dont tu ne peux trop te méfier ».
« Comme si le génie qui, dans ses écarts, peut être monstrueux et ridicule, pouvait jamais être médiocre ! »

L’esprit du grand Corneille p501.

 

Destins croisés : Hugo et Pasteur, deux monstres sacrés, un article proposé par Simone Labau, professeur de SVT.
retour menu principal
C’est un voyage scolaire, en 1985, consacré au centenaire de la première vaccination contre la rage chez l’homme qui a conduit à réfléchir sur les liens entre V.Hugo et Louis Pasteur. Les professeurs de SVT ont naturellement privilégié le fondateur de la microbiologie, les professeurs de Lettres ont par la suite, en 1992, proposé selon la rabelaisienne formule d’associer la « conscience à la science »…L’équipe pédagogique a pris progressivement conscience des destins parallèles de ces deux personnages « phare ». De la naissance dans des villes voisines à la mort majestueusement honorée à Paris, nombreuses sont les « similitudes » entre ces vies grandioses. Or il demeure toutefois, sinon un regret, du moins une interrogation : ces deux génies ne se rencontrèrent jamais…d’où l’idée de construire une exposition o-hansi-font-family:"Times New Roman";mso-char-type:symbol;mso-symbol-font-family:Symbol"> 1 pour mettre en évidence les convergences.

Deux francs-comtois

Victor Marie Hugo, fils de Léopold Hugo et de Sophie Trébuchet, naît à Besançon le 26 février 1802 à dix heures et demie du soir.

Louis Pasteur, fils de Jean Joseph Pasteur et de Jeanne Etiennette Roqui, naît à Dole le 27 décembre 1822, vers deux heures du matin.

Le parcours des pères : guerre d’Espagne et Napoléon Ier

En 1808, Léopold Hugo a rejoint Joseph Bonaparte devenu roi d’Espagne.Il a été chargé d’accueillir, en novembre 1808, Napoléon venu apporter son  «  formidable appui » aux armées de Joseph, harcelées de toutes parts. Par décision de Napoléon, Léopold Hugo reçut le commandement d’un nouveau régiment, il prit la ville d’Avila, fut nommé Maréchal de camp, puis fait Comte de Siguenza.

Conscrit en 1811, Jean-Joseph Pasteur fit la guerre d’Espagne en 1812 et en 1813.Il fut promu caporal en 1812, fourrier en 1813 et revint en France en 1814. Mais pour lui, comme pour tant d’autres sortis du peuple, Napoléon était un demi-dieu.

Les Feuillantines

En 1809, Sophie Hugo s’installe avec ses trois fils au 12 de l’impasse des Feuillantines, là les enfants disposent d’un immense jardin, autrefois propriété des religieuses. En automne 1813, Sophie apprend que le jardin va disparaître et le 31 décembre, c’est le départ pour la rue des Vieilles Tuileries.

En octobre 1838, Louis Pasteur arrive au 14 impasse des Feuillantines, à la pension Barbet, afin de préparer l’entrée à l’Ecole Normale. Mais, il éprouve très vite la nostalgie de son pays natal, repart à Besançon, pour revenir à la pension Barbet en 1842 achever sa préparation.

Deux plaques apposées sur les murs de l’école communale témoignent du passage de Victor Hugo et de Louis Pasteur dans ce quartier.

L’ Ecole normale supérieure

En 1843, Louis Pasteur fut admis à l’Ecole Normale qui se trouvait alors au bas de la rue Saint Jacques. La loi du 24 avril 1841 prévoit de nouveaux bâtiments pour l’Ecole sur un terrain desservi par une impasse : l’actuelle rue d’Ulm.

L’inauguration de la nouvelle Ecole Normale a lieu le 4 novembre 1847. Victor Hugo, alors pair de France assiste à la cérémonie. Louis Pasteur est alors agrégé préparateur, attaché au laboratoire de chimie de Balard.

Deux artistes

Tous deux ont beaucoup dessiné, Marcel Jamot étudiant l’œuvre picturale de Pasteur dans la Gazette des Beaux-arts en mars 1913 compare l’œuvre de Pasteur à celle de Hugo : «  Entre les dessins de Hugo et ceux de Pasteur on a pu dire qu’il y avait la même différence qu’entre le produit du jeu et celui du travail.Dans l’œuvre de Hugo l’homme est presque absent, s’il apparaît ce n’est qu’à travers quelques caricatures. Pasteur, lui, s’intéresse essentiellement à l’homme, il n’y a aucune place à l’imagination dans cette œuvre. »

L’Académie française

En janvier 1841, après quatre échecs, Victor Hugo est élu à l’Académie française, Louis Pasteur est élu , quant à lui, le 8 décembre 1881, quand il prononce son discours le 27 avril 1882, Victor Hugo est dans la salle.

Face à Napoléon III

Le 2 décembre 1851, quand le Prince-président que Victor Hugo appelle déjà « Napoléon le petit » s’empare de l’Assemblée, Hugo passe définitivement dans l’opposition. Le 11 décembre de la même année, un long exil commence  « quand la liberté rentrera, je rentrerai » ; le 5 septembre 1870, c’est le retour en France.

Pour Pasteur, le Second Empire est très démocratique et maintient la paix à l’intérieur.Pasteur est présenté à l’empereur en 1863 et invité au palais de Compiègne en 1865.En 1866, Pasteur publie ses   « Etudes sur le vin » qu’il dédie à Napoléon III et c’est grâce à l’Empereur qu’un grand laboratoire est crée en 1869 ; le lendemain de Sedan, Pasteur écrit : « L’Empereur peut attendre avec confiance le jugement de la postérité ».

La guerre de 1870

Quand il rentre en France, le 5 septembre 1870, Victor Hugo exhorte en vain les Prussiens à la paix , puis appelle les Français à la résistance et les Parisiens à l’union.

Les travaux de Pasteur sur la bière, commencés en 1871, lui furent inspirés par le patriotisme : Pasteur cherchait à concurrencer les Allemands en les attaquant sur leur boisson nationale…

Caricatures

Hugo et Pasteur ont eu beaucoup de détracteurs, la presse ne les a pas épargnés et les dessinateurs ont beaucoup joué sur leurs images.

Vie familiale

Hugo et Pasteur ont eu chacun cinq enfants. « Au milieu du tumulte, je me suis muré dans un petit sanctuaire où je regarde sans cesse : c’est là que sont ma femme et mes enfants, le côté doux et heureux de ma destinée » ( Victor Hugo), «  Mes travaux, ma famille, ma patrie, voilà ce que j’ai toujours aimé » ( Louis Pasteur )

Sainte-Beuve

En janvier 1827, voulant remercier l’auteur d’un article élogieux, Victor Hugo entre en relation avec Sainte-Beuve, après cette première rencontre, le critique est fasciné par la personnalité de Hugo, et ébloui par la beauté d’Adèle…Les visites de Sainte-Beuve deviennent quotidiennes, les deux hommes sont inséparables et le critique se rapproche d’Adèle. Le 28 juillet 1830, la naissance de la petite Adèle, dont Sainte-Beuve est le parrain,, marque la rupture entre les deux époux, Adèle Hugo et Sainte-Beuve correspondent secrètement, Hugo rencontre Juliette Drouet…

En octobre 1857, Pasteur est nommé administrateur et directeur des études scientifiques de l’Ecole Normale.En juin 1867, «  l’Affaire Sainte-Beuve » éclate. Sénateur depuis 1865, Sainte-Beuve dépose un ordre du jour dans lequel il invoque la liberté d’opinion et dénonce l’interdiction d’introduire des ouvrages de Voltaire, Rousseau ou Michelet dans les bibliothèques populaires.Un élève de l’Ecole Normale rédigea une lettre de félicitations à Sainte-Beuve. Cette lettre est publiée par Etienne Arago dans l’Avenir national du 2 juillet. Pasteur décide d’exclure l’étudiant de l’Ecole. Les Normaliens manifestent. Pour calmer l’agitation, Pasteur est démis de ses fonctions d’administrateur et de directeur des études scientifiques par le ministre.

Célébrés par la III République

Le 27 février 1881, une immense manifestation populaire à laquelle s’associent les pouvoirs publics et d’innombrables délégations saluent l’entrée du poète dans sa quatre-vingtième année. La veille, le président du conseil, Jules Ferry, était allé saluer le poète. En mai 1881, hommage exceptionnel, un décret de la ville de Paris donne à une partie de l’avenue d’Eylau, le nom d’avenue Victor Hugo.

En 1888, des cérémonies ont salué l’inauguration de l’Institut Pasteur, puis en 1892, la séance du jubilé de Pasteur à la Sorbonne. Ces deux cérémonies ont eu lieu en présence du Président de la République : Sadi Carnot.

Funérailles nationales

Le 22 mai 1885 Victor Hugo meurt, le 24 le gouvernement ordonne des funérailles nationales et annonce par décret, le 26, le retour à la laïcité du Panthéon.Le corbillard des pauvres le conduit ensuite à l’Arc de Triomphe, puis au Panthéon.

Le 28 septembre 1895 Louis Pasteur meurt. Le gouvernement décrète des funérailles nationales et prévoit son inhumation au Panthéon, mais Mme Pasteur refuse et son mari sera inhumé dans une chapelle funéraire spécialement construite à l’Institut Pasteur.

Leurs demeures sont devenues des musées

Pour Victor Hugo : la maison de la Place des Vosges, Hauteville House à Guernesey et le musée Victor Hugo à Villequier.

Pour Louis Pasteur : le musée de l’Institut Pasteur, celui des applications de la recherche à Marnes la Coquette, le musée de la maison paternelle à Arbois et de la maison natale à Dole.

Aucun écrit ne fait pourtant état d’une rencontre entre eux, mais le lycée où Pasteur fut élève, puis maître à Besançon a pris le nom de Victor Hugo et le vase de Gallé offert par l’Ecole Normale à Pasteur associe les deux plus grands noms du XIXe siècle, enfin dans la cour de la Sorbonne, les statues de Victor Hugo et de Louis Pasteur symbolisent respectivement les Lettres et les Sciences.

L’ exposition « De la Franche-Comté à Paris, Victor Hugo et Louis Pasteur, similitudes » a été présentée à la Bibliothèque municipale de Lattes.

retour au début de l'article
Destins croisés : Hugo et Pasteur, deux monstres sacrés

 

Les articles parus dans Le Français dans tous ses états sur Victor Hugo
retour menu principal

Cliquer-ici pour s'informer sur la revue Le Français dans tous ses états et consulter les n° disponibles en ligne. | contact : frdtse@crdp.ac-montpellier.fr

N°9 : une note de lecture ( P.Nicq) sur Quatrevingt-treize, édition abrégée de Renard-Poche par Bernard Noël.

Paru également :

N°20 : Quels extraits pour quelles lectures ? ( N.Dejean) sur Le Dernier Jour d’un condamné.

Le Français dans tous ses états n°49 :
"Le monstre dans l'oeuvre de Victor Hugo".

N°29 : Etude d’un texte argumentatif : la préface du Dernier Jour d’un condamné.

 

 

N°33 : Soleils couchants, soleils levants : groupement de textes de Hugo à Ponge ( S.César, V.Pélissier).
N°34 : Roman et histoire : un groupement de textes ( Balzac- Hugo-Stendhal) avec un extrait des Misérables Tome I sur Napoléon ( M.J Fourtanier).
N°44 : Bastille et bibliothèque, ch.III, Livre II de Quatrevingt-treize ( P.Nicq).
N°45 : La bibliothèque de Hugo à Guernesey ( J.M.Bury).


CRDP-LR - allée de la Citadelle - 34064 Montpellier cedex 2 - Tél. : 04 67 60 04 50 - Fax : 04 67 60 04 51 - webmestre : ie@crdp.ac-montpellier.fr