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«Un monstrueux silence succède à
l'exécution»... La mort de Gavroche dans La Bibliothécaire de Gudule[1] Jeanne - Marie BURY |
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| Ne nous y trompons pas ! Notre propos n'est
pas de dire qu'il est « monstrueux » d'oser s'attaquer à un épisode classique de la
littérature pour le plagier, le dénaturer... Au contraire, nous avons choisi d'analyser
cet épisode de la mort de Gavroche sous l'angle nouveau proposé par un auteur de
littérature de jeunesse. Sous la plume de Gudule, l'adjectif « monstrueux » qualifie le
silence qui accueille la mort de Gavroche, une mort davantage « montrée » de façon
explicite. La mort d'un enfant est toujours
monstrueuse et nous essayerons de montrer comment la reprise de la scène hugolienne par
Gudule, sur un mode de présentation différent, peut engendrer des réactions de peine,
de douleur et de révolte chez le lecteur de cet ouvrage de littérature de jeunesse.
N'oublions pas que, pour les élèves de collège, la
découverte de cette scène se fera dans le sens inverse de l'expérience des enseignants
: d'abord le texte de Gudule et ensuite celui de Hugo... car « Les livres ont des
passages secrets qui les relient les uns aux autres »[2] et pour un élève du collège quel meilleur tremplin à la lecture des Misérables
de Victor Hugo que de faire la rencontre de Gavroche sur la barricade de la rue de la
Chanvrerie dans le roman de Gudule !
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«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La
Bibliothécaire de Gudule
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| Etude comparative des deux extraits : |
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| I ) Les ressemblances entre les deux
scènes : - le cadre : la barricade de la rue de
la Chanvrerie.
- le temps : la barricade du 6 juin 1832.
- les personnages :
* dans le camp de la barricade : Jean Valjean, Marius,
Courfeyrac, Enjolras, Bossuet, Gavroche,
* dans le camp opposé : les soldats « tirailleurs de la
ligne adverse, les gardes nationaux ».
- les actions : la scène du matelas décroché par Jean
Valjean, la cueillette des munitions, le « jeu du chat et de la souris », la chanson de
Gavroche, la balle qui interrompt le dernier vers.
- les paroles : « Fichtre ! ... Voilà qu'on me tue
mes morts ! » de Gavroche ; le célèbre oxymore « [Une] petite grande âme [vient]de
s'envoler ».
II) Les différences entre les deux scènes :
- les personnages rajoutés et qui participent à l'action
: les deux héros Guillaume et Doudou, qui poursuivent la quête du grimoire et qui ont
pénétré dans les pages du roman de Hugo.
- l'absence de Javert dans cet épisode, mais les élèves
du collège le connaissent à travers les nombreuses adaptations cinématographiques du
roman.
- les descriptions rajoutées en particulier celle qui
insiste sur la « monstruosité » de la mort d'un enfant et qui la décrit de façon
réaliste :
«Sous
lui, une flaque pourpre s'étale doucement »
et la douleur des compagnons de la barricade :
«
Ces hommes si durs, si aguerris, ayant depuis longtemps renoncé à la vie et accepté
l'ultime sacrifice, ont les yeux rouges ».
- les paroles : dans le livre de Gudule c'est Marius qui
prononce l'épitaphe célèbre, alors que c'est le narrateur omniscient confondu avec
l'auteur qui achève le chapitre xv par cet hommage à l'enfant héroïque ; la réplique
de Gavroche « La rue est ma mère, elle me protégera » à Courfeyrac dans le livre de
Gudule pourrait avoir été inspirée par une variante de la chanson citée dans les
appendices de l'édition nationale :
«
La république est mère
Du
gamin lionceau. »
III) Les choix de Gudule : l'angle d'attaque de la
scène.
« Les grands thèmes de la littérature, comme la
mort justement [...] sont communs à beaucoup d'auteurs, mais chacun les aborde sous un
angle différent [...] Cela donne au lecteur l'envie de passer de livre en livre, quand le
sujet l'intéresse. » [3]
Pour cette étude comparative entre les deux scènes de la
mort de Gavroche on se limitera aux passages suivants :
- chez Gudule (p.145à 157) depuis « Le spectacle est
hallucinant » à la fin du chapitre 15 « Une petite grande âme vient de s'envoler ».
- chez Hugo (p.1241) depuis « Le spectacle était
épouvantable et charmant » jusqu'à la fin du chapitre xv « Cette petite grande âme
venait de s'envoler ».
Un travail sur la langue, structuré autour de trois
points, nous semble intéressant à mener : le lexique, le changement de temps, le point
de vue adopté par chaque auteur.
* Le lexique : on recherchera avec les élèves les
adjectifs synonymes ou plus réducteurs, les allégements de lexique qui assurent une
meilleure compréhension directe du texte ; les expressions modernisées comme «
provoque l'ennemi, le nargue» remplace « taquiner la fusillade ». On vérifiera que
certaines comparaisons ont été « actualisées » ou simplifiées : « Tel un moineau se
moquant du chasseur » chez Gudule prépare le futur lecteur de Hugo aux longues
comparaisons et références culturelles avec « Le moineau becquetant les
chasseurs... un étrange gamin fée... le nain invulnérable de la mêlée... il y avait
de l'Antée dans ce pygmée » etc.
* Le temps du récit : grâce au choix énonciatif adopté
par Gudule, le lecteur est au cur de l'action et suit la scène de la barricade «
en direct » au côté des deux héros Guillaume et Doudou qui vont de livre en livre au
sein de la bibliothèque municipale. Le temps choisi est donc le présent de
l'énonciation qui implique mieux le lecteur dans la tragédie et qui place sous un
éclairage très cru la scène du jeu morbide. Le présent immobilise l'action comme si
l'on faisait un « arrêt sur images », une pause. Nul doute que l'élève de 5e aura
envie de crier comme Doudou Attention ! » pour mettre en garde Gavroche contre les balles
des tirailleurs. Au collège le lecteur est encore dans le plaisir de la
lecture-participation et les larmes de Guillaume seront sûrement les siennes... « Les
larmes étouffent Guillaume. Prostré, Doudou laisse couler les siennes sans un mot ».
* Le point de vue adopté et l'instance narrative : on
observera des changements de point de vue intéressants. Dans le texte de Gudule, « le
montage » des scènes est plus rapide en champ / contrechamp. Le rythme accéléré
enchaîne les scènes vues du côté de la barricade et celles vues du côté des
tirailleurs. Le procédé de l'énumération est conservé dans l'épisode du jeu de
cache-cache mais le présent semble lui donner davantage de mobilité et de dynamisme : «
Il se couche, se redresse, s'efface dans un coin de porte, puis bondit à nouveau,
reparaît, se sauve, revient. »
La valeur du pronom on est-elle la même dans les deux
textes ? « On le visait sans cesse, « on » le manquait toujours » chez Hugo et « On
le croit à droite, il est à gauche » chez Gudule ?
Et qui prononce la phrase chez Gudule : « Vraiment, cet
enfant-là, c'est un gibier de choix ! » et à quelle longue phrase de Hugo semble-t-elle
correspondre ?
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«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La
Bibliothécaire de Gudule
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| Conclusion : |
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| « C'est l'avantage qu'ont les livres sur la
vie réelle. Dans la vie réelle, quand un drame arrive, on se dit : « Comme j'aimerais
retourner dans le passé, profiter du bonheur d'avant ! » La lecture nous donne cette
possibilité : il suffit de reprendre les chapitres précédents, et on revit les moments
que l'on aime chaque fois qu'on le désire... Gavroche est toujours vivant (...) »[4] . Peut-être
que la réflexion peut sembler naïve et pourquoi pas dangereuse ? La réalité ne nous
permet pas de faire un retour en arrière, la mort est bien irréversible et donc
monstrueuse. Mais dans le roman de Gudule, plus que dans le texte de Hugo, l'accent est
mis sur les larmes, les sanglots, la rupture de l'équilibre des choses. Le petit farfadet
aurait dû continuer sa cueillette de munitions. « Un monstrueux silence succède à
l'exécution [...] un silence pire encore que les rumeurs de la bataille... », cette
dernière expression préparant l'oxymore final. « Cette petite grande âme venait
de s'envoler » chez Hugo, mais placé dans la bouche de Marius par Gudule « Une petite
grande âme vient de s'envoler ». Deux formules très proches et très différentes à la
fois mais qui nous semblent symboliser parfaitement le travail d'écriture, de
réécriture de Gudule.
Ne s'agit-il pas de mettre en appétit nos jeunes lecteurs
de collège ? De ne pas trahir Hugo mais de le mettre à portée des élèves, d'éveiller
leur curiosité, de les familiariser avec des personnages classiques[5] ? Ce n'est pas là un projet « monstrueux » bien au
contraire ! Un peu plus tard, en 3e et au lycée, ces mêmes lecteurs retrouveront sur la
barricade de la rue de la Chanvrerie un Gavroche qui joue, chante et meurt mais avec toute
l'épaisseur du style de Hugo ou plutôt toute la retenue qui suggère plus qu'elle ne
montre...
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«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La
Bibliothécaire de Gudule
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| ANNEXE |
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| Le passage est extrait de La
Bibliothécaire de Gudule pages 145 à 147, Edition du livre de poche jeunesse. « Le spectacle est hallucinant. Gavroche provoque l'ennemi, le
nargue, lui fait des pieds de nez. Ce petit jeu morbide, cette partie de cache-cache avec
la mort, semble l'amuser beaucoup. Tel un moineau se moquant du chasseur, il répond à
chaque décharge par un couplet.
Les soldats rient en l'ajustant, comme rit le chasseur
devant les prouesses d'une proie turbulente, sachant que celle-ci, toute futée qu'elle
soit, ne peut lui échapper. Ils tirent, le ratent, se divertissent de leur propre
maladresse. Font entre eux des paris à qui l'abattra. Il est si remuant, si preste ! Il
se couche, se redresse, s'efface dans un coin de porte, puis bondit à nouveau, reparaît,
se sauve, revient. On le croit à droite, il est à gauche. On le cherche devant, il
surgit derrière. Vraiment, cet enfant-là, c'est un gibier de choix !
La barricade entière le suit des yeux, et tremble.
« Ils vont l'avoir ! Ils vont l'avoir ! » gémit
Guillaume en se tordant les mains.
Ils l'ont, en effet.
Une balle finit par l'atteindre.
Gavroche chancelle, puis s'affaisse lentement. Toute la
barricade pousse un cri.
« Non ! » hurle Doudou, saisi d'horreur.
Il éclate en sanglots.
Mais Gavroche n'est tombé que pour se redresser. Un long
filet de sang barre son visage : c'est au front qu'il a été touché.
Il lève les deux bras, regarde du côté où est venu le
coup, et, rassemblant ses dernières forces, braille :
« Je suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C'est la faute à
»
Une déflagration lui coupe la parole.
Il s'abat, la face contre le pavé. Sous lui, une flaque
pourpre s'étale doucement.
Les larmes étouffent Guillaume. Prostré, Doudou laisse
couler les siennes sans un mot. Toute la barricade se tait. Ces hommes si durs, si
aguerris, ayant depuis longtemps renoncé à la vie et accepté l'ultime sacrifice, ont
les yeux rouges.
En face, le tir s'est arrêté aussi. Un monstrueux silence
succède à l'exécution. Et dans ce silence pire encore que les rumeurs de la bataille,
pire que les cris des blessés et le fracas du canon, la voix de Marius s'élève :
«Une petite grande âme vient de s'envoler. »
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«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La
Bibliothécaire de Gudule
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| Notes : |
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| [1] Lire un premier article sur ce roman dans le numéro 44 consacré au thème de «
La bibliothèque ». [2] La Bibliothécaire de Gudule édition du Livre de poche
jeunesse (page 163).
[3] Pages
163-164
[4] Page
152
[5] Rappelons
que les héros du livre rencontrent aussi Alice, Poil de Carotte, Arthur Rimbaud, Le Petit
Prince.
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«Un monstrueux silence succède à l'exécution»... La mort de Gavroche dans La
Bibliothécaire de Gudule
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Un procès «
misérable » ? Arguments..., un article proposé par Yvette AURIAC,
membre du comité de rédaction de la revue Le Français dans tous ses états. |
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| Un procès « misérable »? Arguments..., Yvette AURIAC |
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Le 12 septembre 2001 le
tribunal de grande instance de Paris avait à trancher dans l'affaire Hugo / F. Cérésa
concernant la suite des Misérables écrite par ce dernier. La demande
d'interdiction du livre, faite par les descendants de Hugo, a été jugée irrecevable.
Pierre Hugo a décidé d'interjeter l'appel. A suivre donc.
L'affaire
Début mai 2001 François Cérésa, écrivain,
sollicité par l'éditeur Plon, publie un livre de 500 pages intitulé Cosette ou le
temps des illusions qui se présente comme une suite des Misérables de V. Hugo
(ouvrage publié en 1862). Dès l'annonce de cette parution l'aîné des ayants droit de
Hugo, son arrière-arrière-petit-fils, demande par voie de justice, l'interdiction du
roman, assisté par la Société des gens de lettres et les Amis de Victor Hugo [2].
Le 27 juin a lieu le procès, l'avocat des
plaignants exigeant 4,5 millions de francs de dommages et intérêts pour le préjudice.
La Société des gens de lettres ne réclamant pour sa part que le franc symbolique. Le 12
septembre le jugement est rendu : la plainte est jugée irrecevable.
Que dit la loi ?
Le droit patrimonial protège une uvre
contre les reproductions illicites pendant 70 ans après la mort de l'auteur. Le droit
moral impose, sans limite dans le temps, le respect de l'uvre. Les ayants droit ont
ainsi le monopole des suites de l'uvre de leur ancêtre, au nom du droit moral
seulement, car Hugo étant mort en 1885, son uvre est depuis longtemps tombée dans
le domaine public.
Que contient le roman de
Cérésa ?
Dans Les Misérables, Javert se suicide
en se jetant dans la Seine. Dans le roman de Cérésa Javert, réincarné sous le nom de
Verjat, reprend en somme du service et on assiste à sa rédemption. Il a, comme le dit le
prêtre qui le présente à Cosette, trouvé son chemin de Damas. On y retrouve aussi
Thénardier. Marius, quant à lui, est un triste sire, assez odieux qui trompe Cosette, de
façon éhontée, avec Clémence, et les péripéties sont nombreuses. On peut citer celle
qui de situe rue Transnonnain (allusion à Daumier) où Marius change d'identité en
passant pour mort. Cosette, bien qu'encore toute jeune, est confite en dévotion ; elle
«minaude», s'adonne au jardinage et se réfugie, selon Cérésa, « dans la religion et
les bonnes uvres ». La vie politique de l'époque apparaît en toile de fond
(journaux, hommes célèbres
).
D'autres cas similaires
Avant daborder le cas le plus célèbre,
celui d'Autant en emporte le vent et de ses suites, commençons par rappeler qu'en
septembre 1996 une universitaire américaine, Laura Kalpakian, a écrit Cosette,
livre publié chez Lattès et qui est une suite des Misérables mettant en scène
« une jeune femme [
] annonçant la jeunesse de 1968. Mais cette Cosette dans un
Paris du second Empire bien dépeint, est un beau personnage de roman historique [
];
elle fonde un journal La Lumière et participe à l'avènement de la deuxième
République » (P. R. Leclercq. Le Monde 18.05.01).
En ce qui concerne Autant en emporte le
vent (Gone with the wind) de Margaret Mitchell (1900-1949), publié en 1936 aux
U.S.A., les « affaires » sont nombreuses. Mais avant toute chose il ne sera pas inutile
de rappeler, comme le fait Martine Silber dans Le Monde du 4 mai 2001, que Julia
Peterkin obtint en 1929 (donc sept ans avant la publication de l'histoire de Scarlett
O'Hara et Rhett Butler) le prix Pulitzer pour le roman Scarlett sister Mary qui
racontait la vie dans une plantation du sud, au xixe siècle !
1987 : Régine Deforges se voit assignée par
les héritiers Mitchell comme auteur d'un plagiat pour sa Bicyclette bleue (elle
avait elle-même annoncé l'emprunt de sa trame !). Mais en 1995 l'affaire se termine à
son avantage.
Voyant peut-être sapprocher l'époque
où le roman de leur tante tombera dans le domaine public et soucieux de profiter encore
un peu de la manne laissée par Margaret, les héritiers ont demandé à Alexandra Ripley
de continuer le célèbre récit ; contrat signé en 1988, Scarlett sort en 1991 et
se vend bien.
Alice Randall, auteur d'un livre plutôt
parodique The wind done gone, donne la parole aux noirs, esclaves de la plantation.
Mais son roman n'a pour l'instant pas pu voir le jour, faute d'avoir été agréé par les
neveux Mitchell. Il arrive aussi qu'un écrivain rende son tablier : ce fut le cas de Pat
Conroy, pourtant autorisé à poursuivre, mais qui s'est découragé « "> devant
les exigences des héritiers » (M. Silber) (Ceux-ci ne supportaient pas l'idée que
Scarlett puisse être tuée par Rhett Butler). Mais une autre suite serait en cours
d'élaboration !
Sans multiplier les cas de suites plus ou
moins réussies, plus ou moins originales ou célèbres, il est bon tout de même
d'indiquer, pour compléter ce dossier et permettre une argumentation solide, de rappeler
quelques exemples :
M. Tournier s'est inspiré de D. Defoë,
Eduardo Berti, romancier argentin, a repris l'histoire de Wakefield, d'Hawthorne (Contes
écrits deux fois) dans Madame Wakefield (Grasset 2001). C-H Buffard a publié,
chez Grasset également, La Fille d'Emma (2001) et une B.D. intitulée Gemma
Bovery (Denoël 2000) -bien peu convaincante- est considérée par J. Barnes comme du
« Flaubert revu et corrigé par Claire Brétécher ». J. Rampal s'est inspiré de
Molière pour Célimène et le cardinal ; J. Laurent a écrit la fin de Lamiel
; R. Nimier imagine D'Artagnan amoureux
[3]
Voici donc, présentés en deux ensembles, les
arguments de ceux qui pensent qu'on peut ou qu'on ne doit pas, proposer de suites aux
uvres consacrées, en particulier Les Misérables. En s'appuyant sur ce
dossier on pourra proposer aux élèves un certain nombre d'exercices (voir ci-dessous).
C'est délibérément que ces arguments sont donnés sans ordre ni regroupement.
Pour une écriture
des suites [4]
>>F. Cérésa, auteur de Cosette
ou le temps des illusions et de Marius
- J'ai une admiration sans bornes pour V. Hugo.
- Je n'ai pas porté atteinte aux personnages de Hugo ; mon livre est basé sur la
rédemption de Javert : c'est un thème hugolien.
- Mon adaptation est assez respectueuse de l'original.
- J'aimais bien Les Misérables ; adolescent j'ai aussi beaucoup aimé un des films
qui en a été tiré, avec Harry Baur.
>>Olivier Orban, P.D.G.
des éditions Plon.
- Il y a déjà eu une suite des Misérables aux U.S.A.
(ed. Harpers & Collins), publiée ensuite en France (Lattès) qui n'a pas suscité de
réactions.
- On fait des livres pour les vendre, ce n'est pas honteux.
- Beaucoup de chefs-d'uvre de la littérature ont été écrits en réponse à des
commandes.
- Le livre de Cérésa est pleinement réussi.
>>G-O. Chateaureynaud,
président de la Société des gens de lettres. [5]
- La littérature est faite de suites à des grands romans.
>>Le tribunal de grande instance
de Paris.
- La demande d'interdiction du livre Cosette est irrecevable : Pierre Hugo ne donne pas
suffisamment de preuves montrant qu'il est bien l'héritier du droit moral de l'écrivain
et sa demande ne respecte pas la volonté de son aïeul.
>>P.-R. Leclercq, critique
littéraire au Monde.
- La troisième Cosette suscite de violentes attaques, à croire qu'il n'y a pas d'autres
exemples d'un tel ravaudage.
>>J.-C. Zylberstein ,
avocat de F. Cérésa.
- Ces procédures vont à l'encontre de ce qu'est l'histoire littéraire, qui a vu de
nombreuses suites et adaptations d'uvres préexistantes. F. Cérésa a voulu rendre
hommage à un élément du patrimoine littéraire.
- Des adaptations musicales et cinématographiques ont davantage dénaturé l'uvre
de Hugo sans que cela choque les héritiers. Idem pour la publication chez Lattès.
- La demande de P. Hugo est irrecevable car il n'a pas fait la preuve de sa qualité de
successible sauf par un arbre généalogique manuscrit. Le fait qu'il soit descendant de
Hugo n'en fait pas pour autant le titulaire du droit moral invoqué.
- Hugo avait manifesté nettement sa volonté de remettre tous ses droits à son ami Paul
Meurice.
- Le droit moral des descendants est hypothétique.
>>Frédéric Vitoux,
écrivain.
- D'obscurs et lointains héritiers de Hugo s'autoproclament seuls défenseurs du droit
moral de l'écrivain, au bénéfice douteux du patronyme.
- On a parlé gros sous, interdiction, réparation, « droit moral » et censure.
Lamentable !
- Le problème de fond : un artiste peut-il ou non s'inspirer de l'uvre d'un autre
artiste ?
- Un personnage a-t-il la liberté d'échapper à son créateur une fois passée la
période de protection des droits d'auteur ? Ce personnage peut-il acquérir son
autonomie, nourrir les rêveries, les fantasmes ou l'imaginaire d'autres créateurs ? Si
F. Cérésa était condamné, ce sont des pans entiers de la littérature mondiale qui le
seraient aussi.
- Molière s'est inspiré de Tirso de Molina et Giraudoux a écrit un 38e Amphitryon.
- La Société des gens de lettres ferait mieux d'intenter des procès aux éditeurs qui
présentent les classiques de la littérature expurgés, raccourcis, transformés.
- Pour certains la culture est désormais du business, une affaire de propriété
industrielle.
- Le roman de Cérésa est un savoureux bouquin ; retire-t-il quoi que ce soit aux Misérables
?
- Ce procès révèle l'absence de toute mémoire culturelle.
>>V. Hugo . Lors d'un
congrès, Hugo a déclaré : « L'écrivain n'a qu'un héritier, l'héritier de l'esprit
».
>>H. Maurel-Indart,
auteur de Du plagiat :
- La suite comme genre littéraire constitue un procédé d'écriture ni nouveau ni
scandaleux. On ne peut s'enferrer dans une vision figée et par trop sacralisante de la
littérature.
- La loi autorise la reprise ou la réécriture d'une uvre à des fins parodiques.
Mais le problème de l'emprunt et de la reproduction illicite se pose plus fréquemment
que celui du respect de l'uvre qui apparaît comme secondaire.
>>Le procureur de la République
regrette l'intervention inquiétante de la Société des gens de lettres ; constate que la
demande de P. Hugo est mal fondée et incohérente.
- Il faut laisser la littérature vivre sa vie en liberté.
>>Un avocat
- Demander post-mortem la censure d'une uvre est « surréaliste » car Hugo a
toujours plaidé contre la censure.
>>Lauretta Hugo
- Nous respectons la liberté d'expression, donc nous ne pouvons demander l'interdiction
du livre 5.
Arguments contre
>>Lauretta Hugo, veuve de
Jean Hugo, arrière-petit-fils de V. Hugo.
- Nous sommes dans un monde où l'économie de marché
tient lieu de culture.
- Les éditeurs cherchent à faire des coups en relation avec la commémoration de la
naissance de V. Hugo (1802-2002).
- Les éditeurs profitent de la création toute faite et de la notoriété déjà établie
d'un chef-d'uvre mondialement connu depuis cent cinquante ans.
- Les voleurs qui ressuscitent les Javert ne s'encombrent pas de scrupules d'ordre
éthique ou artistique. Leur seul souci est de vendre.
- Nous pensons qu'un procès envers les responsables de cette publication peut être
utile, à condition qu'il soit d'ordre moral et symbolique.
- Le détournement d'uvres du patrimoine à des fins commerciales devrait être
empêché.
>>H. Maurel-Indart ,
interviewée dans Le Monde du 18.05.01).
- Les éditions Plon ont cru pouvoir se dispenser de
l'autorisation des ayants droit de V. Hugo. Or ceux-ci ont le monopole des suites données
à une uvre, et le droit moral est perpétuel. Il impose, sans limite dans le temps,
le respect de l'oeuvre.
>>G.-O. Chateaureynaud.
- Le droit moral est imprescriptible. On ne peut pas
faire n'importe quoi avec les uvres du passé.
>>O. Orban (Editions
Plon).
- Je n'ai pas songé à prévenir les ayants
droit de Hugo.
>>Pierre Hugo, descendant
de Hugo, orfèvre.
- Le livre de Cérésa est une contrefaçon à finalité purement commerciale, une
atteinte à l'intégrité de l'uvre.
- Nous voulons défendre notre droit moral et interdire sans réserve, par voie de justice
si nécessaire, la parution de ce livre.
- Ce livre est une intervention dans l'uvre même de V. Hugo.
- Nous voulons que le fruit de cette opération commerciale aille à une association
caritative plutôt qu'à l'éditeur.
>>E. Pierrat, avocat de
Pierre Hugo.
- L'éditeur Plon porte atteinte au droit moral car Cosette remet en cause le
suicide de Javert. Il en fait un homme bon : c'est une dénaturation des Misérables.
L'auteur ne respecte pas l'uvre de Hugo.
L'avocat demande 4,5 millions de francs de dommages et intérêts au nom du droit moral,
argent qui sera reversé à des euvres caritatives.
>>P.-R. Leclercq, critique
littéraire.
- Il faut savoir si une suite a quelque intérêt autre que financier. Cosette (celle de
Cérésa) est un personnage falot ; cette petite chose n'a guère de densité. Elle ne
semble là qu'en « faire valoir d'un Marius odieux que Jean Valjean n'aurait pas sauvé
s'il avait su ce que Cérésa allait en faire ».
Divers
- C'est un livre de commande.
Est-il donc possible de donner une suite à un ouvrage célèbre ? Faut-il considérer
qu'une uvre, à partir du moment où elle a acquis une certaine notoriété, est
intouchable ? Les chefs-d'uvre -ou prétendus tels- sont-ils inviolables ? Laissons,
au final, la parole à l'auteur de l'article sur Les Misérables dans le
Dictionnaire des uvres (ed. Laffont) : « Histoire touchante, certes, mais
quelque peu invraisemblable et mélodramatique ». « Sur le plan individuel, les
créatures de Hugo ont un caractère aussi artificiel, une psychologie aussi sommaire que
son héros principal. Tous ressortissent plus ou moins à cette forme simpliste de
manichéisme que cultivait inconsciemment Hugo et qui sous-tend toutes ses uvres ».
Cette critique un peu acerbe n'exclut pas, cependant, la reconnaissance des qualités et
de la valeur indéniables de l'uvre, qualités sans lesquelles l'uvre ne
serait pas demeurée aussi fermement et aussi durablement partie intégrante et
revendiquée du patrimoine littéraire. Et ce procès récent en est bien, malgré tout,
la preuve.
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Un procès « misérable » ? Arguments...
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| EXERCICES PROPOSES (3e ou 2de) | Objet d'étude : lire, écrire,
publier aujourd'hui. |
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1/ Objectif LIRE :
Lire le dossier et/ou les articles cités
(voir la bibliographie)
- Quel est le type d'arguments utilisés? Les regrouper en les synthétisant (arguments
commerciaux, juridiques, moraux, littéraires
).
- Repérer les marques de l'énonciation.
-Voir comment s'effectue la dévalorisation de la thèse adverse (ex. remarque sur la
Société des gens de lettres), comment on retourne les arguments de l'adversaire (les
droits de P. Hugo
)
- Lecture cursive du roman de Cérésa, avec restitution sous forme de débat
argumentatif.
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Un procès « misérable » ? Arguments...
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2/ Objectif ECRIRE :
a/ Argumenter : rédiger un plaidoyer et un
réquisitoire concernant la suite écrite par F. Cérésa.
- Imaginer le même procès pour un autre ouvrage (suite réellement écrite ou
imaginée). On donnera des consignes précises pour la recherche des arguments. [6]
- Sujet de réflexion : peut-on écrire la suite d'une uvre connue ?
b/ Ecriture d'invention.
- Imaginer un dialogue Hugo / Cérésa ou entre les diverses Cosette : Hugo, Kalpakian [7], Cérésa (plus difficile).
- Imaginer la suite d'un roman : par exemple, pour rester chez Hugo, la journée qui suit
la mort de Jean Valjean, ou celle qui suit la mort de Charles Bovary
- Vous avez écrit la suite d'un roman (au choix
). Vous faites une lettre à un
éditeur pour le convaincre de la pertinence de votre projet.
retour menu
Un procès « misérable » ? Arguments...
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| BIBLIOGRAPHIE |
|
L'Histoire n° 152,
février 1992, pp. 72 à 75,
Le Monde du 29-30 avril 2001 : les
descendants de V. Hugo veulent interdire la suite des Misérables (A. Salles),
Le Monde du 4 mai 2001 : Autant en
emportera le vent (Martine Silber),
Le Monde du 18 mai 2001 : Les
infortunes des Misérables p.III du monde des livres (articles de M. Silber et A. Salles,
de René de Ceccatty et de P.R. Leclercq),
Le Monde du 13 juin 2001
Frédéric Vitoux : Les Misérables, suite, et alors ?
Le Monde du 29 juin 2001 (p. 27)
Les héritiers d'Hugo et Plon s'affrontent (M. Silber).
Le Monde du 14 septembre 2001
Edition française : les héritiers de Hugo déboutés.
Libération du 15 mai 2001
(Rebonds) Victor Hugo : la misérable récupération, article de Lauretta Hugo et ses
enfants.
Le Magazine littéraire :
Chefs-d'uvre : à suivre, article de Pascale Frey 1998 in Faut-il célébrer le
pastiche, février 1998.
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Un procès « misérable » ? Arguments...
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| Notes
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| [2] Lauretta Hugo, héritière, elle aussi du droit moral , souhaite un
procès moral et symbolique mais ne veut récupérer « aucune partie de cet argent sale
». [3] Tout
récemment Stéphane Heuet a mis, avec beaucoup de justesse et d'habileté, deux volumes
de Proust en B.D. Cette adaptation non seulement n'a pas soulevé de polémique mais a
été récompensée récemment par un prix (novembre 2001). Voir sur ce sujet le numéro
47 du Français dans tous ses états.
Ces trois derniers exemples sont tirés de l'article de F. Vitoux.
[4] Les arguments présentés ici reprennent sinon toujours la lettre, du moins
toujours l'esprit des propos tenus par les uns ou les autres.
[5] On
ne s'étonnera pas de trouver certaines personnes à la fois dans les POUR et dans les
CONTRE, compte tenu de l'opinion nuancée qu'elles ont exprimée.
[6] On
trouvera des éléments intéressants dans l'article « Le Siècle d'or du plagiat »
littéraire paru dans L'Histoire de février 1992.
[7] Le
livre de L. Kalpakian napparaît plus au catalogue des libraires 2002.
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Un procès « misérable » ? Arguments...
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| « Monde
spectre. Il torture et il souffre ; il a pour voûte Le dessous monstrueux des cimetières noirs,
Piqué de points de feu comme le ciel des
soirs »
Torquemada,1822.1ère
partie, Acte I, Scène VI.
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« Hier
était le monstre et Demain sera lange ; Le point du jour blanchit nos fronts »
La Légende des siècles.(
v 493-498). |
| « Allons ! définis, classe, nomme, Sonde, explique, suivant nimporte quelle loi,
Lêtre mystérieux que tu portes en
toi.
Scrute avec ton regard, flaire avec ta
narine ;
Fouille-toi ; tire-toi lhomme de
la poitrine,
Et mets-le sur la table, et penche-toi pour
voir
Ce que cest que ce monstre,
éblouissant et noir ! »
Toute la lyre,1835.
Livre III, XLVIII.
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« Dans
cette époque de stérilité littéraire et de monstruosités politiques » V.H CFL, tome 1. |
| « Cétait
quelque chose de plus hideux quune bête féroce, de plus monstrueux quun
démon : cétait un homme auquel il ne restait rien dhumain » Han dIslande XXIX. |
| Léopold
Hugo à propos de Sophie Trébuchet mère de Victor Hugo : « Cest un
monstre dont tu ne peux trop te méfier ». |
| « Comme
si le génie qui, dans ses écarts, peut être monstrueux et ridicule, pouvait jamais
être médiocre ! » Lesprit du grand Corneille p501. |
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Destins croisés : Hugo et
Pasteur, deux monstres sacrés, un article proposé par Simone Labau, professeur de
SVT. |
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| Cest un voyage scolaire, en 1985,
consacré au centenaire de la première vaccination contre la rage chez lhomme qui a
conduit à réfléchir sur les liens entre V.Hugo et Louis Pasteur. Les professeurs de SVT
ont naturellement privilégié le fondateur de la microbiologie, les professeurs de
Lettres ont par la suite, en 1992, proposé selon la rabelaisienne formule dassocier
la « conscience à la science »
Léquipe pédagogique a pris
progressivement conscience des destins parallèles de ces deux personnages
« phare ». De la naissance dans des villes voisines à la mort majestueusement
honorée à Paris, nombreuses sont les « similitudes » entre ces vies
grandioses. Or il demeure toutefois, sinon un regret, du moins une interrogation :
ces deux génies ne se rencontrèrent jamais
doù lidée de construire
une exposition o-hansi-font-family:"Times New
Roman";mso-char-type:symbol;mso-symbol-font-family:Symbol"> 1 pour mettre en
évidence les convergences. Deux
francs-comtois
Victor Marie Hugo, fils de Léopold Hugo et de Sophie
Trébuchet, naît à Besançon le 26 février 1802 à dix heures et demie du soir.
Louis Pasteur, fils de Jean Joseph Pasteur et de Jeanne
Etiennette Roqui, naît à Dole le 27 décembre 1822, vers deux heures du matin.
Le parcours des pères :
guerre dEspagne et Napoléon Ier
En 1808, Léopold Hugo a rejoint Joseph Bonaparte devenu
roi dEspagne.Il a été chargé daccueillir, en novembre 1808, Napoléon venu
apporter son « formidable appui » aux armées de Joseph, harcelées de
toutes parts. Par décision de Napoléon, Léopold Hugo reçut le commandement dun
nouveau régiment, il prit la ville dAvila, fut nommé Maréchal de camp, puis fait
Comte de Siguenza.
Conscrit en 1811, Jean-Joseph Pasteur fit la guerre
dEspagne en 1812 et en 1813.Il fut promu caporal en 1812, fourrier en 1813 et revint
en France en 1814. Mais pour lui, comme pour tant dautres sortis du peuple,
Napoléon était un demi-dieu.
Les Feuillantines
En 1809, Sophie Hugo sinstalle avec ses trois fils au
12 de limpasse des Feuillantines, là les enfants disposent dun immense
jardin, autrefois propriété des religieuses. En automne 1813, Sophie apprend que le
jardin va disparaître et le 31 décembre, cest le départ pour la rue des Vieilles
Tuileries.
En octobre 1838, Louis Pasteur arrive au 14 impasse des
Feuillantines, à la pension Barbet, afin de préparer lentrée à lEcole
Normale. Mais, il éprouve très vite la nostalgie de son pays natal, repart à Besançon,
pour revenir à la pension Barbet en 1842 achever sa préparation.
Deux plaques apposées sur les murs de lécole
communale témoignent du passage de Victor Hugo et de Louis Pasteur dans ce quartier.
L Ecole normale
supérieure
En 1843, Louis Pasteur fut admis à lEcole Normale
qui se trouvait alors au bas de la rue Saint Jacques. La loi du 24 avril 1841 prévoit de
nouveaux bâtiments pour lEcole sur un terrain desservi par une impasse :
lactuelle rue dUlm.
Linauguration de la nouvelle Ecole Normale a lieu le
4 novembre 1847. Victor Hugo, alors pair de France assiste à la cérémonie. Louis
Pasteur est alors agrégé préparateur, attaché au laboratoire de chimie de Balard.
Deux artistes
Tous deux ont beaucoup dessiné, Marcel Jamot étudiant
luvre picturale de Pasteur dans la Gazette des Beaux-arts en mars 1913
compare luvre de Pasteur à celle de Hugo : « Entre les
dessins de Hugo et ceux de Pasteur on a pu dire quil y avait la même différence
quentre le produit du jeu et celui du travail.Dans luvre de Hugo
lhomme est presque absent, sil apparaît ce nest quà travers
quelques caricatures. Pasteur, lui, sintéresse essentiellement à lhomme, il
ny a aucune place à limagination dans cette uvre. »
LAcadémie française
En janvier 1841, après quatre échecs, Victor Hugo est
élu à lAcadémie française, Louis Pasteur est élu , quant à lui, le 8 décembre
1881, quand il prononce son discours le 27 avril 1882, Victor Hugo est dans la salle.
Face à Napoléon III
Le 2 décembre 1851, quand le Prince-président que Victor
Hugo appelle déjà « Napoléon le petit » sempare de lAssemblée,
Hugo passe définitivement dans lopposition. Le 11 décembre de la même année, un
long exil commence « quand la liberté rentrera, je rentrerai » ;
le 5 septembre 1870, cest le retour en France.
Pour Pasteur, le Second Empire est très démocratique et
maintient la paix à lintérieur.Pasteur est présenté à lempereur en 1863
et invité au palais de Compiègne en 1865.En 1866, Pasteur publie ses
« Etudes sur le vin » quil dédie à Napoléon III et cest grâce
à lEmpereur quun grand laboratoire est crée en 1869 ; le lendemain de
Sedan, Pasteur écrit : « LEmpereur peut attendre avec confiance le
jugement de la postérité ».
La guerre de 1870
Quand il rentre en France, le 5 septembre 1870, Victor Hugo
exhorte en vain les Prussiens à la paix , puis appelle les Français à la résistance et
les Parisiens à lunion.
Les travaux de Pasteur sur la bière, commencés en 1871,
lui furent inspirés par le patriotisme : Pasteur cherchait à concurrencer les
Allemands en les attaquant sur leur boisson nationale
Caricatures
Hugo et Pasteur ont eu beaucoup de détracteurs, la presse
ne les a pas épargnés et les dessinateurs ont beaucoup joué sur leurs images.
Vie familiale
Hugo et Pasteur ont eu chacun cinq enfants. « Au
milieu du tumulte, je me suis muré dans un petit sanctuaire où je regarde sans
cesse : cest là que sont ma femme et mes enfants, le côté doux et heureux de
ma destinée » ( Victor Hugo), « Mes travaux, ma famille, ma patrie, voilà
ce que jai toujours aimé » ( Louis Pasteur )
Sainte-Beuve
En janvier 1827, voulant remercier lauteur dun
article élogieux, Victor Hugo entre en relation avec Sainte-Beuve, après cette première
rencontre, le critique est fasciné par la personnalité de Hugo, et ébloui par la
beauté dAdèle
Les visites de Sainte-Beuve deviennent quotidiennes, les deux
hommes sont inséparables et le critique se rapproche dAdèle. Le 28 juillet 1830,
la naissance de la petite Adèle, dont Sainte-Beuve est le parrain,, marque la rupture
entre les deux époux, Adèle Hugo et Sainte-Beuve correspondent secrètement, Hugo
rencontre Juliette Drouet
En octobre 1857, Pasteur est nommé administrateur et
directeur des études scientifiques de lEcole Normale.En juin 1867, «
lAffaire Sainte-Beuve » éclate. Sénateur depuis 1865, Sainte-Beuve dépose
un ordre du jour dans lequel il invoque la liberté dopinion et dénonce
linterdiction dintroduire des ouvrages de Voltaire, Rousseau ou Michelet dans
les bibliothèques populaires.Un élève de lEcole Normale rédigea une lettre de
félicitations à Sainte-Beuve. Cette lettre est publiée par Etienne Arago dans lAvenir
national du 2 juillet. Pasteur décide dexclure létudiant de
lEcole. Les Normaliens manifestent. Pour calmer lagitation, Pasteur est démis
de ses fonctions dadministrateur et de directeur des études scientifiques par le
ministre.
Célébrés par la III
République
Le 27 février 1881, une immense manifestation populaire à
laquelle sassocient les pouvoirs publics et dinnombrables délégations
saluent lentrée du poète dans sa quatre-vingtième année. La veille, le
président du conseil, Jules Ferry, était allé saluer le poète. En mai 1881, hommage
exceptionnel, un décret de la ville de Paris donne à une partie de lavenue
dEylau, le nom davenue Victor Hugo.
En 1888, des cérémonies ont salué linauguration de
lInstitut Pasteur, puis en 1892, la séance du jubilé de Pasteur à la Sorbonne.
Ces deux cérémonies ont eu lieu en présence du Président de la République : Sadi
Carnot.
Funérailles nationales
Le 22 mai 1885 Victor Hugo meurt, le 24 le gouvernement
ordonne des funérailles nationales et annonce par décret, le 26, le retour à la
laïcité du Panthéon.Le corbillard des pauvres le conduit ensuite à lArc de
Triomphe, puis au Panthéon.
Le 28 septembre 1895 Louis Pasteur meurt. Le gouvernement
décrète des funérailles nationales et prévoit son inhumation au Panthéon, mais Mme
Pasteur refuse et son mari sera inhumé dans une chapelle funéraire spécialement
construite à lInstitut Pasteur.
Leurs demeures sont devenues des
musées
Pour Victor Hugo : la maison de la Place des Vosges,
Hauteville House à Guernesey et le musée Victor Hugo à Villequier.
Pour Louis Pasteur : le musée de lInstitut
Pasteur, celui des applications de la recherche à Marnes la Coquette, le musée de la
maison paternelle à Arbois et de la maison natale à Dole.
Aucun écrit ne fait pourtant état dune rencontre
entre eux, mais le lycée où Pasteur fut élève, puis maître à Besançon a pris le nom
de Victor Hugo et le vase de Gallé offert par lEcole Normale à Pasteur associe les
deux plus grands noms du XIXe siècle, enfin dans la cour de la Sorbonne, les statues de
Victor Hugo et de Louis Pasteur symbolisent respectivement les Lettres et les Sciences.
L exposition « De la Franche-Comté à Paris,
Victor Hugo et Louis Pasteur, similitudes » a été présentée à la Bibliothèque
municipale de Lattes.
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Destins croisés : Hugo et Pasteur, deux monstres
sacrés
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Quels extraits pour
quelles lectures ? ( N.Dejean) sur Le Dernier Jour dun condamné. |
Le Français dans tous ses états n°49 :
"Le monstre dans l'oeuvre de Victor Hugo". |
| N°29 : |
Etude dun
texte argumentatif : la préface du Dernier Jour dun condamné. |

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| N°33 : |
Soleils couchants,
soleils levants : groupement de textes de Hugo à Ponge ( S.César, V.Pélissier). |
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Roman et
histoire : un groupement de textes ( Balzac- Hugo-Stendhal) avec un extrait des
Misérables Tome I sur Napoléon ( M.J Fourtanier). |
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Bastille et
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| N°45 : |
La bibliothèque de
Hugo à Guernesey ( J.M.Bury). |
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