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Raymond CUBY |
| 1 Le bon usage 1993, § 486
a. |
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Sadressant à G. Sand, Flaubert lui dit volontiers "chère maître", et
selon le Grevisse (1) il y aurait là un emploi exceptionnel de maître
au féminin. Or Flaubert écrit aussi, de façon plus surprenante, "chère bon
maître". On se dit alors que "bon maître" est une sorte de nom composé,
et que cest lexpression globale qui devient épicène. Mais quand on lit
"chère et vaillant maître", rien ne va plus ; la coordination de deux
adjectifs de genre différent antéposés à un même nom semble défier lanalyse. Chère
présente un accord sylleptique et vaillant un accord grammatical ; maître
est ici manifestement masculin. Mais alors on peut en dire autant pour "chère bon
maître" et même pour "chère maître". Flaubert ne serait donc pas
novateur sur ce point ; cest dailleurs bien larticle masculin quil
utilise quand il dit de la première épouse de Charles Bovary "sa femme fut le
maître". Quoi quil en soit, ce mélange de masculin et de féminin sied bien
à Madame George Sand !
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Placé sans aucun déterminant possible devant le prénom dune femme qui se déclare
"avocat à la cour", maître est sans doute perçu par
lintéressée plutôt comme masculin. Et si lon dit delle que Maître
Catherine X a su se montrer convaincante, le féminin de lattribut nest pas
dû au titre mais au prénom qui féminise lensemble du groupe sujet. Cest
dans dautres emplois, dont nous verrons ci-après un exemple, que maître
peut être précédé de larticle féminin. Mais quadvient-il alors de maîtresse
?
A ce sujet le Grevisse
est péremptoire : spécialisé dans le sens que lon sait, maîtresse "devenait
difficile, voire impossible". Sic. Pourtant, dans le discours, la situation et
lenvironnement lèvent lambiguïté. Quand les enfants disent
"Maîtresse" en sadressant à leur institutrice devenue ou non professeur
décole et "ma maîtresse" en parlant delle, aucune connotation ne
vient normalement troubler la dénotation. Encore moins quand le mot entre
en composition : maîtresse décole, maîtresse de maison. De toute façon,
un mot doit-il être refusé sous prétexte quil prête à équivoque ? Grave
question ! Non, si lon comprend bien Mme Houdebine Gravaud, qui anima
naguère "sur le plan linguistique" la commission de féminisation des noms de
métiers, titres et fonctions présidée par Benoîte Groult. "Coureuse ? Ah ah ah !
Et le rire se fait lourd de sous-entendus. Pourtant Jany Longo revendique ce titre et peu
à peu ses exploits installent le terme dans les usages". |
2 La féminisation des noms de métiers en français et dans dautres langues.
Anne-Marie Houdebine-Gravaud et aliae, LHarmattan 1998.
3 cf. la circulaire du Premier ministre datée du 11 mars 1986 : J.O. du 16 mars 1986.
Exemple donné in fine.
4 cf. Le français dans tous ses états nº 14 p. 56 " Sempiternel féminin ".
5 Le Monde du 2-09-98 ; cf. ibidem le 31-07-98 larticle de M. Fumaroli. |
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Dans le livre doù jextrais ces lignes (2) il est, sous la
plume de cette professeur (3) et de ses collaboratrices, une affirmation
récurrente à laquelle je ne peux que souscrire: on féminise sans difficulté les noms
des "menus métiers", des activités au service dun patron ou dun
supérieur hiérarchique, mais on hésite à le faire pour les titres plus prestigieux ou
les fonctions entraînant de "réelles responsabilités" qui ont été pendant
longtemps lapanage des hommes (4). Voilà ce contre quoi il faut lutter ;
"lidentité sociale passant par la nomination, pourquoi les femmes ne
seraient-elles pas nommées dans leurs métiers par des désignations spécifiques
?". Fort bien ; mais revenons à notre maîtresse ; le mot ne figure pas parmi
les titres des collaboratrices de Mme Houdebine ; lune delles se présente
comme "maître de conférences". Bien sûr, elle dira delle-même
quelle est une maître de conférences ; rien à voir apparemment avec
lattitude de Claude Sarraute, qui refuse "une secrétaire dEtat"
parce que "ça ferait dactylo"! Nempêche ; cest tout de même mieux
quand le titre lui-même comporte une marque de féminin. Il est vrai que lusage le
plus répandu ne précise pas autrement que par larticle le sexe des maîtres de
conférences, mais cette féminisation restée à mi-chemin ne risque-t-elle pas de
paraître suspecte ? Vu les prises de position affichées, on attendrait de cette équipe
une réaction contre un usage, trop récent pour être irréversible, qui laisse subsister
la distance établie entre petits métiers et professions plus valorisantes. Eh bien, la
réaction vient dailleurs : dans un article jubilatoire où elle réfute dans le
Monde le "point de vue" très conservateur de Marc Fumaroli (entre autres),
Mme Elisabeth G. Sledziewski se dit "maîtresse de conférences" (5). Bravo ! Elle au moins ne pourra pas être soupçonnée -il est des gens
si méchants- de vouloir se situer au niveau des maîtres du barreau plutôt quà
celui des maîtresses décole.
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