Fiche de lecture : Sand en poche Mademoiselle Merquem (1868).
Collection de Poche nº 218 - 290 pp.
Annette SIVADIER


Niveau :

3e - Seconde, comme introduction à la notion d’utopie.

Intérêt :
À la fois conte philosophique et roman d’apprentissage, Mademoiselle Merquem tente de concilier mariage d’amour et vie en communauté. Certains épisodes (en particulier le sauvetage en mer et l’initiation maçonnique) exaltent des valeurs de courage et d’honneur qui peuvent séduire les imaginations adolescentes. D’autre part, cette édition comporte une préface et un dossier fort intéressants de Martine Reid.

Résumé :
Installé depuis peu près du hameau de La Canielle, en Normandie, Armand (le narrateur) découvre une micro-société provinciale dominée par une célibataire de trente ans, Célie Merquem, dont il tombe rapidement amoureux. Mais M. de Montroger, prétendant éconduit et inconsolable, met en garde Armand contre la froideur de Célie.
Petite-fille d’un amiral, Célie règne également sur un groupe de pêcheurs avec lesquels son grand-père lui a fait nouer des liens d’amitié et de solidarité dès sa plus tendre enfance. Confronté à ces deux milieux, Armand fait la preuve de ses qualités et parvient à conquérir le cœur de la belle, en réussissant une série d’épreuves qu’elle lui a imposées à son insu. Montroger se montre alors d’une jalousie obsédante et finit, grâce à des tortures morales constantes, par mettre en danger la vie de l’héroïne. Mais Armand arrache sa fiancée à son bourreau et l’épouse à Cannes. La réconciliation avec M. de Montroger clôt le roman de façon assez invraisemblable : le rival malheureux prend pour femme la cousine d’Armand, tandis que Célie, "la grande demoiselle" se transforme en pâle figure de femme mariée.

Thèmes et pistes :
Plusieurs thèmes, déjà abordés dans d’autre romans de Sand peuvent constituer des pistes de lecture pour Mademoiselle Merquem : la condition des femmes ; l’amour dans le couple ; l’importance de l’éducation ; la création artistique ; les relations des individus avec la communauté qui les entoure ou qu’ils se créent.

Difficultés :
- L’absence de découpage en parties et chapitres constitue une gêne pour le travail en classe (voir "travaux", ci-après).

- La centration de nombreux passages sur des problèmes de psychologie amoureuse risque de rendre la lecture lassante en particulier pour les lecteurs masculins.

Extraits possibles et travaux :
- Le premier travail qui s’impose est le repérage des articulations de la fiction (un synopsis comportant les différents moments de l’histoire avec leurs paramètres spatio-temporels et les épreuves qu’ils présentent doit être rapidement établi avec les élèves). On pourrait leur demander de retrouver les 5 parties annoncées par George Sand dans sa lettre à Buloz (voir "dossier", p. 321).

- Dans un deuxième temps, il serait intéressant d’étudier les composantes "réalistes" et "idéalistes" de l’utopie sandienne (on pourrait travailler, tout particulièrement, sur les personnages de pêcheurs). Parallèlement, une analyse du personnage du peintre Stephen Morin et de ses conversations amicales avec Armand permettrait de définir le travail de l’artiste selon Sand.

- Enfin, une recherche sur la biographie de l’auteur et sur des extraits de sa correspondance mettrait en évidence l’interaction de la vie et de l’écriture chez Sand (Célie, orpheline, élevée par son grand-père, éduquée par un savant un peu bizarre, M. Bellac n’est pas sans rapport avec Aurore Dupin, orpheline de père, vivant entre sa grand-mère et son précepteur, Deschartres…). De la même manière, on peut mettre en parallèle, la description de la Normandie (pp. 250-252 par exemple) et le voyage, effectivement réalisé par l’écrivain pendant la rédaction du roman (voir notes tirées des Agendas, pp. 212-226-254 et citations de lettres, p. 319 du "Dossier").

Intertextualité :
On peut repérer au moins trois références à d’autres œuvres. Deux sont explicites : le Contrat social p.174, Salammbô p.152. La 3e est implicite : le bouquet cueilli par Armand pour Célie p.203 rappelle par sa valeur de transgression ceux que Félix de Vandenesse compose pour Henriette de Mortsauf (Le Lys dans la Vallée, Balzac, pp. 126 à 132, Livre de poche).