Invitation au tourisme littéraire.
George Sand, ses paysages, ses maisons et ses musées.
Annette SIVADIER
1 Martine Reid et Bertrand Tillier, l’ABCdaire de G. Sand, Flammarion, 1999.

 

Une fois n’est pas coutume, cédons au pittoresque ; laissons-nous aller aux plaisirs de la biographie et de la géographie référentielle ! Nous invitons nos lecteurs sur les traces de G. Sand : dans le Berry, qui sert de cadre à seize romans ou nouvelles (de 1832 à 1876), puis à Paris, pour évoquer les paysages qu'elle a décrits, les maisons qu’elle a habitées et les musées qui lui sont consacrés.

1 - Le Berry

"Situé au Sud du Bassin parisien entre la Sologne et le Massif Central, le Berry est constitué des départements du Cher et de l’Indre, qui distinguent le Haut-Berry du Bas-Berry. Les plaines de la Champagne berrichonne, le bocage du Boischau -où nichent Nohant et la Vallée Noire- les mille étangs de la Brenne et les reliefs du Sancerrois forment la variété des paysages" (1). Au centre de la topographie sandienne, situons La Châtre (35 km au Sud-Est de Châteauroux ; 54 km au Nord de Guéret); pour irriguer la région, deux rivières (affluents de la Loire): l’Indre et la Creuse.






2 Petit Futé 1999- Guide Berry - Nouvelles éditions de l’université - 35 F. Notre article doit beaucoup à ce petit guide bien documenté et sans prétention.







3 Voir adresses des musées en annexe.


a) La Vallée Noire

Ce toponyme, qui désigne la Vallée de l’Indre, est une invention de G. Sand : "C’est un pur caprice de romancier qui m’a fait donner un nom quelconque (un nom très simple et le premier venu, je le confesse) à cette admirable région que nous avons le bonheur d’habiter… Toutes les hauteurs sont boisées, c’est ce qui donne à nos lointains cette belle couleur bleue qui devient violette et quasi noire dans les jours orageux" (2).

Au cœur de la Vallée Noire se situe La Châtre, capitale du Boischau (dont G. Sand évoque les paysages dans Valentine, 1832), qui fourmille, comme il se doit, de souvenirs sandiens : le château "une formidable tour carrée, noircie par les siècles et plantée sur le roc au revers d’un ravin" (Mauprat, 1837); les vieux quartiers évoqués dans André, (1835); la maison Bourgoing où Sand se réfugia pour écrire Lélia en 1836.

Le Musée George Sand et de la Vallée Noire, situé dans le château, comporte au premier étage, autographes, manuscrits et souvenirs de l’écrivain (3). Saluer au passage la maison natale d’Henri de Latouche et se rappeler que cet été, pour le 150e anniversaire de la mort de Chopin, Les fêtes romantiques de Nohant et les Rencontres internationales Frédéric Chopin ont revêtu un éclat particulier.

En sortant de La Châtre, les lieux à visiter sont nombreux et le choix difficile. Un circuit possible consiste à tourner d’Est en Ouest en commençant au Nord-Est par La Berthenoux où se trouve le château d’Ars, ancien château féodal "aménagé Renaissance". Il est évoqué dans Les beaux Messieurs de Bois-Doré (1858) et abrite aujourd’hui le Centre international George Sand et le romantisme (3) (Centre culturel et bibliothèque). S’arrêter ensuite à Saint Chartier où Sand situe Les Maîtres Sonneurs et dont le château reçoit chaque année Les Rencontres internationales de luthiers et maîtres sonneurs (du 11 au 14 juillet).

On peut ensuite se rendre à Nohant-Vicq dont il faut visiter l’église romane (fresques classées sur intervention de Mérimée) ainsi que le château où G. Sand résida (de façon plus ou moins durable) pendant plus de 50 ans et où elle mourut en 1876. C’est là que Chopin composa une grande partie de son œuvre (durant l’été 1839 et les étés 1841 à 1846) et qu’il improvisait pour le théâtre de Nohant. Le château a été légué à l’Etat par la petite-fille de l’écrivain, Aurore Lauth-Sand, en 1961, et fait partie des musées George Sand sous la dénomination Domaine national de Nohant-Vicq (3).

 

De Nohant, en se dirigeant au Nord vers Lys St-George "un des plus pittoresques villages de l’Indre", aux environs duquel se situe le bois de Chanteloube immortalisé dans La Mare au Diable (1846) on peut voir au passage le moulin d’Angibault (voir Le Meunier du même nom) et Montipouret, village cité dans François le Champi (1847).

Puis après avoir traversé Neuvy-St-Sépulchre (Basilique romane à visiter), on s’arrête au château de Sarzay (autre décor du roman Le Meunier d’Angibault, 1845). On finit le circuit à La Motte-Feuilly (au Sud-Est) dont le château sert de cadre au roman Les Beaux Messieurs du Bois-Doré (1858).

b) La Vallée de la Creuse

Deuxième haut-lieu de la topographie sandienne, la région d’Argenton (40 km à l’ouest de La Châtre). Laissant de côté le lac du Chambon et le barrage d’Eguzon, descendons la Creuse vers Cuzion où se dresse la forteresse de Châteaubrun, cadre du roman Le péché de M. Antoine (1845). De là, il faut aller à Gargilesse, "un des plus beaux villages de France" où Manceau (graveur, secrétaire et dernier compagnon de George Sand) achète en 1857 une maisonnette baptisée Algira (nom d’un papillon du midi trouvé lors d’une promenade). Sand situe à Gargilesse certains épisodes du Péché de M. Antoine, des Beaux-Messieurs du Bois Doré et y écrit Promenades autour d’un village. Voici la description que George Sand donne de Gargilesse : "Les maisons se groupent autour de l’église, plantée sur le rocher central, et s’en vont en pente, par des ruelles étroites, jusque vers le lit d’un délicieux petit torrent dont, à peu de distance, les eaux se perdent encore plus bas dans la Creuse". Les séjours qu’y fait George Sand sont placés sous le signe de l’entomologie. La beauté du village et des environs en fait un lieu de prédilection des peintres. La villa Algira abrite, outre les souvenirs de Sand et de sa famille, une exposition des peintres de la vallée de la Creuse.

2 - Paris

Contrairement à Balzac, George Sand a rarement situé l’action de ses romans à Paris (on trouve quelques évocations de la grande ville dans Indiana, 1832, par exemple). En revanche, la capitale a joué un rôle prépondérant dans la vie de la romancière comme lieu de l’indépendance, de l’action politique, et de la vie artistique. George Sand y a vécu de façon intermittente mais tout au long de sa vie. Nous ne reprendrons pas le répertoire de ses domiciles parisiens établi par G. Lubin. Nous n’indiquerons que les domiciles (mentionnés par A. Maurois) qui ont marqué les grandes étapes de la vie de Sand et ceux qu’indique à partir de 1848, le petit guide du Musée de la vie romantique, Une "image" de G. Sand.

a) de la rive gauche à la rive droite

• 31 Rue de Seine : appartement d’Hippolyte Chatiron, son demi-frère qu’elle occupe à son arrivée à Paris en Janvier 1831 (Sandeau n’y fait que de discrètes apparitions).




4 Les citations sont d’A. Maurois. (Lélia ou la vie de George Sand).


• 25 Quai St Michel : "Trois pièces sur balcon, du ciel, de l’eau, de l’air, des hirondelles, Notre-Dame dans le lointain" (4). Elle y emménage en Juillet 1831, avec Sandeau.

• Quai Malaquais : c’est l’appartement que lui cède H. de Latouche quand il s’installe à Aulnay, dans la Vallée-aux-Loups de Chateaubriand. George Sand y vit avec Sandeau et sa fille Solange jusqu’en 1833, puis avec Musset jusqu’en 1835.

• Hôtel de France, 23 rue Lafayette : au retour de son voyage en Suisse avec Liszt et Marie d’Agoult (en 1836) elle y rejoint ses amis qui occupent un appartement au 1er étage. George Sand s’installe à l’entresol, mais fait "salon commun" avec ses amis. Cet hôtel et les appartements suivants sont situés dans un nouveau quartier à la mode, récemment bâti et investi par des hommes d’affaires, des écrivains des peintres et des gens de théâtre. Il est baptisé "la Nouvelle Athènes" par un journaliste en 1823 et se situe dans les environs de Notre-Dame de Lorette, non loin de la Chaussée d’Antin.

5 Guide du Musée de la vie romantique, Une " image " de George Sand ; (suite de la description de cet appartement, aujourd’hui disparu p. 45).





6 A. Maurois op. cit. p. 317.


• 16 rue Pigalle : au fond d’un jardin, George Sand loue deux pavillons de 1839 à 1842. Chopin vient habiter en 1841 celui où vit Maurice tandis que George occupe l’autre avec Solange. Elle y reçoit Balzac qui décrit l’appartement à Madame Hanska : "Son petit salon est couleur café au lait et le salon où elle reçoit est plein de vases chinois superbes, plein de fleurs". Il remarque au mur des toiles de Delacroix ainsi qu’un piano "magnifique" en bois de palissandre où Chopin donne ses leçons jusqu’à 16 heures (5).

• Square d’Orléans, 80 rue Taitbout : dans les quatre corps de logis, en brique (l’architecte est anglais) qui viennent d’être achevés en 1842, se trouvent quarante-six appartements et six ateliers d’artiste. George Sand loue un appartement au 1er étage, Chopin un autre ; ils y côtoient de nombreux artistes et amis qui habitent également le square (les Viardot par exemple). Une sorte de phalanstère d’artistes se constitue : "Nous avons même inventé de ne faire qu’une marmite et de manger tous ensemble (…) ce qui est plus économique et plus enjoué que chacun chez soi". George Sand (Correspondance). Les soirées sont brillantes : "on se réunissait le soir pour des séances de musique, de lecture. Sand et Chopin avaient uni leurs amis. Ceux de Sand étaient Leroux, Delacroix, Balzac, Heine, Arago, Marie Dorval…; ceux de Chopin des musiciens, des femmes du monde et des Polonais : le poète Mickiewicz, la comtesse Potocka, James et Betty de Rothschild…" (6).


b) Retour à la rive gauche

Après la rupture avec Chopin, ce dernier reste au Square d’Orléans jusqu’en 1848. George Sand, qui continue à venir régulièrement à Paris, habite désormais rive gauche: en 1848, 8 rue de Condé, 6e ; de 1851 à 1864 au 3 rue Racine, 6e ; de 1864 à 1868 au 97 rue des Feuillantines, 5e (actuellement 90 rue Claude-Bernard); de 1868 à 1876, au 5 rue Gay-Lussac, 5e.

c) L’intermède de Palaiseau

En 1864, Manceau (secrétaire et compagnon de George Sand depuis 15 ans) est jugé indésirable à Nohant : Maurice semble jaloux de ses prérogatives sur sa mère… Avec la vente des tableaux de Delacroix, George Sand acquiert une villa où elle s’installe avec Manceau (atteint de phtisie) dans la proche banlieue de Paris. Dans une lettre à Maurice, elle semble éblouie par le paysage : "Le pays est admirable, varié au possible, des prairies nivelées comme des tapis, des potagers splendides à perte de vue avec des arbres fruitiers énormes…". C’est dans cette maison que meurt Manceau en 1865.

c) Musée de la Vie Romantique

Situé au cœur de la Nouvelle Athènes, à Paris, ce musée (3) conserve une importante collection de manuscrits et de papiers ayant appartenu à George Sand, ainsi que des souvenirs (tableaux de ses aïeux, portrait de ses enfants et de ses familiers – Manceau – Clésinger…)

Un guide (gratuit) destiné aux enseignants fournit des documents sur la biographie et l’œuvre de George Sand, son goût pour la musique, son engagement et le lieu où est situé le musée

Annexes : Adresses des différents musées mentionnés dans l’article :

1. Musée George Sand et de la Vallée Noire, 70 rue Venôse - 36400 La Châtre.

2. Centre international George Sand et le romantisme - Château d’Ars
36400 Lourouer Saint-Laurent.

3. Domaine national de Nohant-Vicq - Château de Nohant 36400 Nohant-Vicq.

4. Maison George Sand à Gargilesse - Le Bourg - 36190 Gargilesse Dampier.

5. Musée de la Vie Romantique, 16 Rue Chaptal - 75009 Paris.