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Bernard Canal
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Sartre écrit quelque part en substance qu'il tient Gautier et Flaubert pour responsables
de la répression qui suivit la Commune parce qu'ils n'ont pas écrit une seule ligne pour
l'empêcher. Il est intéressant d'examiner sur ce point la correspondance entre Sand -
qui, à la différence de Flaubert, fut une adepte enthousiaste de la révolution de 1848
- et son "vieux troubadour", comme elle le nomme affectueusement. Ce faisant,
nous serons amenés à évoquer de façon plus générale le comportement des écrivains
lors de cette période où l'ordre social de la bourgeoisie fut menacé.
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Les
écrivains et la société avant la Commune
La secousse brutale que
constitua la Commune pour la société bourgeoise du XIXe, si bien incarnée par Thiers,
ne pouvait en effet manquer d'amener les gens de lettres à réagir, à la fois en tant
qu'individus appartenant à une classe sociale donnée, quoiqu'ils s'en défendent, et en
tant qu'artistes, dont la conception de l'art est liée à un certain état social, à
certaines valeurs remises en question par le mouvement révolutionnaire.
Bien peu sympathisèrent
avec le soulèvement populaire : Vallès évidemment, Verlaine, Rimbaud, Villiers de
L'Isle-Adam
Hugo resta neutre puis condamna sévèrement la répression
versaillaise. La plupart - Flaubert, E. de Goncourt, Gautier, Baudelaire, Leconte de
Lisle, Renan, Daudet, Zola
et George Sand - prirent ouvertement position contre la
Commune, de façon plus ou moins virulente.
Comment expliquer cette
quasi unanimité ? Pour la comprendre, il faut remonter à la profonde désillusion
consécutive à l'échec de la révolution de 1848, dans laquelle beaucoup d'écrivains
s'étaient engagés avec enthousiasme. Leur idéalisme ne résista pas à la confrontation
avec les dures réalités de l'arène politique, entraînant pour longtemps un repli sur
soi (d'où la conception de l'Art pour l'Art), une haine du peuple (jugé grossier et
versatile) qui les conforte dans leur image d'artistes au-dessus de la mêlée, aux prises
avec des réalités supérieures dans leur tour d'ivoire. Enfin, le coup d'Etat de
Napoléon III et les vingt ans d'Empire les écartent de la vie politique. Vieillissants,
sans foi politique, beaucoup tout en feignant de le brocarder, finissent par se rallier
plus ou moins à l'empereur, notamment par la fréquentation du salon de la princesse
Mathilde, sa nièce.
Il est possible de
dégager une sorte de "philosophie" politique commune à tous ces écrivains :
extérieurement, le bourgeois semble être la cible essentielle de leur mépris. Mais il
n'est pas défini comme élément d'une classe sociale caractérisée par son rôle
économique, à la manière marxiste, mais de façon individuelle et subjective : le
parvenu vulgaire et sans culture, la caricature du boutiquier, la trivialité de ses
propos, le conformisme de ses murs, de ses pensées et de ses actes. Cette charge
féroce reste cependant de l'ordre du symbolique et ne se traduit pas du tout par un
rapprochement avec le peuple, "éternelle race d'esclaves qui ne peut vivre sans
bât et sans joug" (Leconte de Lisle).
En réalité, tous ces
écrivains, malgré leur mépris affiché du bourgeois, mènent une vie régulière,
rangée, casanière. Ils ont besoin de calme pour créer : Flaubert à Croisset, G. Sand
à Nohant, les Goncourt à Neuilly
Tous rêvent d'une société fondée sur une
nouvelle aristocratie, celle de l'Esprit, succédant à celle de la naissance, où
l'Artiste aurait enfin la place qu'il mérite parmi les élites. Renan est très clair
là-dessus et beaucoup reprennent ses idées.
La réaction des
écrivains
Lorsqu'éclate la
Commune, on peut distinguer deux positions dans la réaction des écrivains.
- Les écrivains de
droite ou les soi-disant "désengagés" y voient non une lutte politique ou une
révolution sociale, mais le soulèvement sauvage de voyous et de bêtes fauves. Sous leur
plume reviennent systématiquement le vocabulaire animalier, celui du brigandage ou encore
celui de la maladie physiologique et morale :
"Il y a sous
toutes les grandes villes des fosses aux lions, des cavernes fermées d'épais barreaux
où l'on parque les bêtes fauves, les bêtes puantes, les bêtes venimeuses, toutes les
perversités réfractaires que la civilisation n'a pu apprivoiser (...). Un jour le
belluaire distrait oublie ses clés aux portes de la ménagerie et les animaux féroces se
répandent par la ville épouvantée avec des hurlements sauvages. Des cages ouvertes
s'élancent les hyènes de 93 et les gorilles de la Commune". (Th. Gautier, Tableaux
du siège, 1872).
Même les rares
écrivains qui, comme Taine ou Goncourt, sont plus lucides et discernent qu'il s'agit
d'une révolution prolétarienne "et au fond socialiste" (Taine)
réduisent les buts politiques de cette classe à l'assouvissement de ses appétits
bestiaux immédiats. |
| 1 Dumas Fils. Une lettre sur les
choses du jour, Paris, Michel Lévy - 1871. |
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- Quant aux républicains, même si leur condamnation est nette, parfois même violente
(Anatole France), leur appréciation est plus nuancée dans la mesure où certains d'entre
eux ont vécu à Paris pendant les événements et ont pu juger sur pièce, et non sur des
rumeurs fantasmatiques complaisamment répandues. Des écrivains comme le parnassien
Catulle Mendès ou Zola reconnaissent la légitimité de certaines revendications
(franchises municipales par exemple) et ne réduisent pas le mouvement à une poignée
d'excités ou de fous. Cependant leur incompréhension des mesures politiques adoptées
par la Commune est totale, et dès lors, leur vocabulaire évolue : ce n'est plus "une
révolution", c'est "une émeute" et la répression féroce
devient une "horrible nécessité" (Zola). En fait, il s'agit pour eux de
bien marquer que la Commune n'a rien à voir avec la République, que les communards
n'étaient que des ambitieux qui ont utilisé la souffrance et la misère du peuple
parisien après des mois de siège.
G. Sand et la Commune:
"une désespérance amère"
Le cas de George Sand,
républicaine et socialiste en 1848, est donc intéressant. Dès le début, dans sa
correspondance, elle condamne la Commune pour ses excès, traitant les communards de
"parti d'exaltés", d'insensés. Elle y voit le "règne des plus
furieux". Effrayée par la radicalité révolutionnaire, la bonne dame de Nohant
utilise un vocabulaire psychologisant qui rejoint celui des écrivains de droite et
d'extrême-droite. Elle écrit par exemple à Alexandre Dumas fils que la Commune est : "le
résultat d'un excès de civilisation matérielle jetant son écume à la surface, un jour
où la chaudière manquait de surveillant. La démocratie n'est ni plus haut ni plus bas
après cette crise de vomissements (...). Ce sont les saturnales de la folie". (22-4-71).
On reconnaît,
transposée, l'image de Gautier ; mais en même temps, une partie de la faute est rejetée
sur le matérialisme bourgeois et elle veille à ce que l'idée de démocratie ne soit pas
altérée. Cela ne l'empêche pas de féliciter Dumas pour son article au vitriol (1), ou plus tard, d'attaquer Hugo qui a eu le courage de condamner la
répression.
Le plus souvent, cette
condamnation est portée au nom de la patience, de la sagesse et de la raison. Sand estime
que, la majorité de l'opinion étant réactionnaire, il est trop tôt pour tenter
d'instaurer une république sociale :
"Les
républicains avancés sont dans la proportion de un pour cent sur la surface du pays
entier." (Correspondance, Paris, 24-3-71).
Il faut donc s'armer de
patience, ne pas effrayer les couches petites-bourgeoises, faire confiance à Thiers pour
faire évoluer lentement l'opinion. On peut suivre à travers sa correspondance, notamment
celle échangée avec Flaubert, et dans son Journal inédit l'évolution de sa pensée et
de son vocabulaire.
Le 17 mars 71, elle
répond à Flaubert qui se plaint de l'invasion de Croisset par les Prussiens :
"Il est évident
que l'instinct sauvage tend à prendre le dessus. Mais j'en crains un pire, c'est
l'instinct égoïste et lâche ; c'est l'ignoble corruption des faux patriotes, des
ultra-républicains qui crient à la vengeance et qui se cachent; bon prétexte pour les
bourgeois qui veulent une forte réaction".
Le 23 mars, elle note
dans son Journal :
"(...) les
Parisiens rançonnent, menacent, arrêtent. Ils ont exigé de la Banque un million (...).
Ils pillent les munitions, les vivres (...). L'Assemblée de Versailles est stupidement
réactionnaire ; elle ne veut pas de conciliation." Là encore, la critique des
communards est contrebalancée par celle des réactionnaires bourgeois ou royalistes et
elle entrevoit lucidement l'issue sanglante du conflit.
Flaubert lui répond le
31 mars (entre-temps, la rupture Paris-Versailles est consommée, la Commune est
proclamée solennellement le 26) et ne s'encombre pas de scrupules :
"La Nouvelle
Athènes me semble dépasser le Dahomey en férocité et en bêtise (...). Voilà
maintenant la Commune de Paris qui en revient au pur Moyen-Âge". La question des
loyers notamment (le 29, le Conseil de la Commune avait fait remise à tous les
locataires des termes d'octobre 70 à avril 71) lui arrache des cris indignés de
propriétaire lésé :
"Le gouvernement
se mêle maintenant de droit naturel et intervient dans les contrats entre particuliers
(...). C'est énorme d'ineptie et d'injustice".
Si George Sand ne répond
pas à cette lettre, c'est qu'elle est triste et indignée des "horreurs" de la
Commune. Elle voit s'écrouler toutes ses espérances, tous ses rêves humanitaires. "C'est
une grande douleur pour moi, écrit-elle le 6 avril à J. Boucoiran, pour moi qui
aime classiquement le prolétaire et qui n'ai jamais songé qu'à son avenir".
Enfin, à une nouvelle
lettre de Flaubert s'étonnant de son silence, elle avoue son chagrin :
"Je n'ai pu être
seule un instant depuis cette laide aventure sans tomber dans une désespérance amère,
je fais de grands efforts pour me défendre, je ne veux pas être découragée, je ne veux
pas renier le passé et redouter l'avenir (...). Le mépris de la France est peut-être le
châtiment nécessaire de l'insigne lâcheté avec laquelle les Parisiens ont subi
l'émeute et ses aventuriers. C'est la suite de l'acceptation des aventuriers de l'Empire.
Autres félons, même couardise." (28-4-71)
Flaubert connaît assez
sa "chère maître" pour comprendre la cause profonde de sa tristesse et
de son désenchantement. "Mme Sand m'a écrit une lettre désespérée. Elle
s'aperçoit que sa vieille idole était creuse et sa foi républicaine me paraît
complètement éteinte" confie-t-il à la princesse Mathilde quelques jours plus
tard. Il répond d'ailleurs aussitôt à George dans une longue lettre le 30 avril où il
explicite ses opinions politiques. Mais d'abord, il faut lui en donner acte, il précise
qu'à ses yeux, l'invasion des Prussiens fut infiniment plus grave que la guerre de Paris
; et il reproche avant tout aux Communards d'avoir "déplacé la haine"
si bien qu'au lieu de haïr les Prussiens, les bourgeois les appellent à leur secours. À
son tour, il utilise le vocabulaire pathologique ("Paris est complètement
épileptique (...). C'est le résultat de la congestion que lui a donnée le siège")
mais il englobe dans son mépris, avec des accents nietszchéens, de nouvelles cibles :
d'abord la Démocratie, et le suffrage universel, parce qu'elle s'appuie selon lui sur la
morale de l'Evangile "qui est l'immoralité même, quoiqu'on dise, c'est-à-dire
l'exaltation de la Grâce au détriment de la Justice, la négation du Droit".
Dans le droit fil de Renan, qu'il admire, il plaide pour "un gouvernement de
Mandarins, pourvu que les Mandarins sachent quelque chose, et même qu'ils sachent
beaucoup de choses. Le peuple est un éternel mineur, et il sera toujours (dans la
hiérarchie des éléments sociaux) au dernier rang, puisqu'il est le nombre, la Masse,
l'illimité". En attendant, il se réfugie dans le travail : "Pour ne
plus songer aux misères publiques et aux miennes, je me suis replongé avec furie dans
Saint Antoine, et si rien ne me dérange, (...)je l'aurai fini l'hiver prochain".
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2 Plus de 3000 exécutions sommaires,
à quoi s'ajouteront les victimes de la répression, entre 17000 et 25000 fusillés, et
38000 prisonniers, défilant en colonnes harassées sous les quolibets et les coups du
beau monde versaillais et aussi de certains écrivains, Dumas fils et Leconte de Lisle en
tête. Beaucoup sont déportés en Nouvelle Calédonie, Louise Michel entre autres. A quoi
il faut ajouter de nombreux exilés.
3 Pendant la Semaine Sanglante, le 21 mai, Hugo écrit : " La Commune a exécrablement
tué soixante-quatre otages. L'Assemblée a riposté en fusillant six mille prisonniers.
Cent pour un, tel est le tarif versaillais ". Le 27, Hugo, qui s'est replié à
Bruxelles, déclare qu'il donne l'asile aux réfugiés. Aussitôt, agression nocturne
contre sa maison : foule hurlante, menaces de mort, pierres dans les vitres, poutre pour
briser la porte. Deux heures et demie de siège sans que la police intervienne. Le
lendemain, aucun policier, aucun juge n'est là pour dresser procès-verbal. On sait
aujourd'hui que l'agression avait été préméditée en haut lieu.
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Face
à la répression
Là encore, George
Sand ne répondra pas avant un mois et demi (le 14 juin, en réponse à une autre lettre
de Flaubert du 11 juin). Cependant, la Commune vit ses dernières heures : devant les
revers, un Comité de Salut Public de cinq membres se substitue au Conseil ; les forts
(Ivry, Clamart, Vanves
) tombent un à un ; le 21, les Versaillais pénètrent dans
la ville par la porte de Saint Cloud et une atroce répression commence : c'est la Semaine
Sanglante (2). Au total, A. Dayot estime que 100000 ouvriers
environ ont disparu de la population parisienne. A comparer aux huit cents tués dans les
rangs versaillais.
Sand note dans son Journal
:
19 mai : "La
Commune va de mal en pis, c'est à croire que Paris tout entier est ivre-mort
On ne
comprend pas que l'armée n'en finisse pas avec cette orgie".
26 mai : "Ces
infâmes brûlent Paris ! Ils sont vaincus, ils se vengent
"
27 mai : "La
victoire est assurée, mais le dernier noyau est tenace et féroce : Paris brûle
On
dit les soldats exaspérés, tuant tout".
Aucune trace de
compassion dans ses propos. Le 1er Juin, elle s'en prend à Hugo :
"Hugo est tout à
fait toqué. Il publie des choses insensées et à Bruxelles, on a manifesté contre
lui." (1-6-71, Journal inédit, extrait de A vrai dire d'Henri
Guillemin) (3).
Flaubert s'est rendu à
Paris dès le 4 juin (pour des recherches sur son Saint Antoine!). Il écrit aussitôt à
Sand :
"L'odeur des
cadavres me dégoûte moins que les miasmes d'égoïsme s'exhalant par toutes les
bouches." Mais s'il n'a pas un mot de compassion pour les vaincus, il n'en
réserve pas moins son acrimonie politique essentiellement aux Prussiens et aux gens de
Badinguet, qu'il accuse d'avoir fait disparaître toutes les preuves écrites contre
l'Empire dans les incendies. (lettre du 11 juin).
Dans sa réponse du 14
juin, la "chère maître" ne manifeste elle non plus aucune indignation devant
la férocité d'une répression qu'elle avait prévue. Au contraire, elle persiste et
signe, et s'inquiète pour l'avenir :
"Quel sera le
contrecoup de cette infâme Commune ? Isidore (= Napoléon III) ou Henri V ? ou le règne
des incendiaires ramené par l'anarchie ?".
Elle récidive dans sa
lettre du 23 juillet :
"Les ordures de
la Commune nous montrent des dangers qui n'étaient pas assez prévus et qui commandent
une vie politique nouvelle à tout le monde : faire ses affaires soi-même et forcer le
joli prolétaire créé par l'Empire à savoir ce qui est possible et ce qui ne l'est
pas".
Suivront six
semaines de silence
En réalité, pendant
toute cette période d'incertitude, Sand a subi une grave crise de conscience. Ses lettres
aux Adam, à Harisse, au prince Napoléon, à Plauchut en font foi. Pierre Salomon (George
Sand, Paris, 1953) estime qu'"après 1848, elle s'était résignée à
contrecur aux solutions d'ordre. Maintenant elle les adopte, sans enthousiasme
peut-être mais sans arrière-pensée (...). De son socialisme, il ne reste plus que des
élans sincères mais inefficaces. Elle n'a pas suivi le mouvement d'idées (...). Pendant
la crise de 1870-1871, elle a eu du moins le mérite de ne pas varier, de ne pas tenir
plusieurs langages. Elle a suivi ses sentiments profonds : peur de l'aventure, amour de
l'ordre, horreur des solutions de force".
Sa sévérité à
l'égard de la Commune inquiète, révolte même ses amis, qu'elle accuse à son tour
d'avoir laissé l'émeute renverser le gouvernement. |
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Quelques mois plus tard, dans un article du Temps (3-10-71) intitulé "Réponse
à un ami" (il s'agit de Flaubert), George Sand cherche à justifier son attitude
et à montrer qu'elle n'a pas trahi le peuple qui aurait été manipulé par des
éléments extérieurs :
"Le mouvement a
été organisé par des hommes déjà inscrits dans les rangs de la bourgeoisie et
n'appartenant plus aux habitudes et aux nécessités du prolétariat. Ces hommes ont été
mus par la haine, l'ambition déçue, le patriotisme mal entendu, le fanatisme sans
idéal, la niaiserie du sentiment ou la méchanceté naturelle".
Elle enfourche ainsi, au
mépris de toute vérité historique, l'antienne des écrivains les plus droitiers selon
laquelle les dirigeants de la Commune n'étaient que des déclassés, des ratés, des
envieux, voire des étrangers, mais en aucun cas des gens ayant une pensée politique.
Polémiquant contre
Flaubert qui réclame rien moins que la suppression du suffrage universel et celle de
l'instruction primaire laïque, gratuite et obligatoire ("l'instruction gratuite
et obligatoire n'y fera rien qu'augmenter le nombre des imbéciles (...). Le plus
pressé est d'instruire les riches, qui, en somme, sont les plus forts"),
Sand avance que vouloir en revenir à la situation d'avant 1789 est irréalisable car cela
entraînerait une nouvelle révolution. Mieux vaut éduquer les masses dans un but
d'"amélioration des murs et de réconciliation des intérêts".
Pour elle, l'éducation des masses est une protection contre un mouvement révolutionnaire
nouveau, puisque ce mouvement s'appuie sur des ambitieux qui utilisent l'ignorance du
peuple.
Sur ce point au moins,
George Sand était fondamentalement en désaccord avec la plupart des écrivains
conservateurs cités plus haut
Bibliographie:
Paul Lidsky: Les
écrivains contre la Commune, F. Maspéro, Paris, 1970.
Correspondance Sand-Flaubert, Flammarion, 1981.
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