Auteur à succès, journaliste à loccasion,
militante à ses heures, férue de musique mais aussi passionnée de botanique, de
minéralogie, dentomologie et peintre amateur, elle a occupé la scène littéraire
pendant plus de quarante ans".
Ce portrait de George Sand brossé par Martine Reid dans
une édition récente de Mademoiselle Merquem a de quoi surprendre tant les
clichés transmis par lhistoire de la littérature et linstitution scolaire
sont profondément ancrés dans notre imaginaire. Comment donc ? La " croqueuse " de
jeunes talents était une artiste accomplie ? Et la " bonne dame de Nohant " ne
sest pas contentée décrire des romans champêtres en surveillant ses
confitures ? Voilà qui mérite examen.
Ce numéro voudrait faire (re)découvrir les multiples
facettes de la personnalité et de luvre de George Sand : écrivain reconnu
par ses pairs (Balzac en fait lhéroïne de Béatrix ; Flaubert entretient
avec elle une correspondance suivie), elle est lamie de Chopin et de la cantatrice
Pauline Viardot (quelle met en scène dans son roman Consuelo).
Mais George Sand est aussi une femme de cur :
disciple de P. Leroux, elle participe à la montée du socialisme dans la période
1830-1848. Sa sympathie pour le peuple sexprime à travers ses plaidoyers pour
léducation des masses dont elle cherche à donner une image réaliste sur le plan
politique et social dans des romans par ailleurs empreints dun idéalisme quelque
peu utopique. Sans doute peut-on lui reprocher (comme à bien dautres) son
incompréhension de la Commune mais " une femme de 70 ans pouvait difficilement quitter
sa campagne où elle vivait assez retirée et souvent mal informée pour aller se battre
sur les barricades " écrit Béatrice Didier (voir bibliographie).
Que dire de lensemble de son uvre ? Elle est
inclassable : commencée tambour battant en 1832, elle surprend par sa masse et son
éclectisme (90 romans, plus de 20 000 lettres, des écrits autobiographiques, des
articles de journaux, des pièces de théâtre
).
Frappée de délit de résistance à létiquetage,
luvre de George Sand est encore méconnue aujourdhui, comme elle a été
autrefois minorée par les préjugés sociaux et les choix esthétiques dune époque
dans laquelle le talent et la vie dartiste étaient exclusivement réservés aux
hommes. (Un jeu de citations vous propose didentifier ceux qui écrivirent des
horreurs sur son compte). Par bonheur, ces dernières années, G. Sand échappe
progressivement à ce dédain : des musées, des livres lui sont consacrés. (Si lon
en juge par lactualité éditoriale et cinématographique, G. Sand est même à la
mode !). Belle occasion de faire entrer dans nos classes celle qui écrivait en 1839 : "
Lencre et le papier ont été inventés pour poétiser la vie et non pour la
disséquer ".
Annette Sivadier |