J'ai été frappée en lisant l'uvre de Hubert Mangarelli de la place des objets,
des choses, du vent et du rôle important qu'ils jouent dans l'accession de l'enfant ou de
l'adolescent au statut d'une personne ayant une vie intérieure riche, une relation
privilégiée avec eux plutôt qu'avec des personnages, pour leur initiation.
Ces objets, ces choses, le vent sont des
éléments qui permettent à des personnages enfantins ou adolescents de se construire et
autant de cailloux sur leur chemin pour les aider à se situer, à se comprendre, à
s'accepter.
Le premier livre découvert dans la
collection Page Blanche chez l'éditeur Gallimard est Le bruit du vent. Vincent
attend son père parti à la Grande Guerre. En l'attendant il retape le vieux canot pour
avoir la fierté de faire un vrai travail. Ce canot est l'objet qui permet à Vincent de
changer de statut. Vincent doit aller plusieurs fois au cimetière pour la mort du
Grand-Père (père de son grand-père), de César (son grand-père) et affronter le
mort-vivant qu'est devenu son père rentré de la guerre. Le retour au canot qui a
survécu à la tempête qui a emporté César, permet à Vincent de se comporter comme un
vrai marin.
Dans le deuxième roman La Lumière
volée (Page Blanche éditions Galli mard), Elie vit dans le cimetière du ghetto de
Varsovie. Il s'est aménagé une cache mais aussi un espace de poésie avec le ciel, le
vent. Il y accueille un adolescent, Gad, à qui il parle de sa verrière à petits
carreaux qui laisse passer une lumière particulière, cette verrière dans son
appartement parisien est le déclencheur de sa carrière de poète. Gad et Elie parlent
donc de Paris mais surtout de la verrière et du placard. Ces deux choses deviennent le
ciment dans la relation des deux enfants qui les introduit dans un avenir meilleur, sans
la mort ni la violence.
Dans Le Jour de la cavalerie, aux
éditions Seuil Jeunesse, Samuel a sa vie rythmée par les questions-réponses qu'il fait
à haute voix mais aussi par tous les gestes qu'il commente, tous les objets qu'il nomme,
en particulier la poêle et le fusil, un à l'intérieur, l'autre à l'extérieur.
Les histoires qu'il veut entendre doivent
parler de la mer, du bruit du vent et des bateaux. Sa vie quotidienne est réglée par sa
voix, sa vie imaginaire par celle des autres.
Dans L'Arbre, aux éditions Seuil
Fictions, l'enfant des peurs et des cauchemars fait de l'arbre, de ses ombres et de ses
racines le centre du monde. Cet arbre est le témoin de ses peurs, de ses faiblesses mais
aussi de ses victoires. Il joue un plus grand rôle dans son désir de grandir que ses
parents. Cet arbre remplit sa solitude et l'aide à franchir les barrières qu'il s'est
construites pour éviter le monde et petit à petit les déplacer.
Le dernier roman Vie de sable, aux
éditions Seuil Fictions, nous emmène dans un moment de peur, d'émotions et d'angoisse.
Emilio, grand spécialiste et collectionneur de poissons-chats, découvre une mine
antipersonnel. Il la fuit dans un premier mouvement puis il l'apprivoise: il lui parle, la
bouge, la raisonne. Il a une vie épatante, alors la mine ne peut lui exploser à la
figure, non ce n'est pas possible; mais le doute l'effleure, il s'éloigne, la découvre
autrement et tout à coup lui éclatent à la figure des souvenirs, son père avait lui
aussi ramené une mine
Garder le secret c'est pour Emilio la possibilité de
s'inventer une autre vie, c'est aussi "jouer avec le feu" en la sortant du
sable, et nous lecteurs nous nous rappelons tout ce que l'on sait sur cet objet de mort,
de mutilation, la mine antipersonnel.
LECTURES AVEC LES SEGPA DES ESCHOLIERS DE LA MOSSON
Un groupe d'élèves du Collège des
Escholiers de la Mosson à Montpellier est intervenu au colloque sur l'ORALITE le 3 MARS
au CRDP Languedoc-Roussillon.
En effet, ils participent à la mise en
place d'un atelier-lecture pour des classes de perfectionnement ou de primaire à l'école
"Les Troubadours". Pour cette action dont ils ont fait le projet en début
d'année, ils réalisent tout un travail autour de l'oralité pour arriver à la lecture
et revenir à l'oralité lors des animations.
La première étape est la sélection des
albums à la Médiathèque: quels sont les critères de leur choix?
"une histoire qui nous plaise"
"une histoire pas trop difficile à comprendre"
"une histoire qui introduira un mini-débat avec les élèves".
Une trentaine d'albums sont sortis des
bacs, rapidement consultés, certains sont racontés. Les adolescents reconnaissent au
passage un illustrateur, un personnage. Vingt albums sont empruntés à la Médiathèque,
chacun en emporte un ou deux à la maison.
Le récit du contenu des albums choisis
pour l'animation introduit la séance. On discute sur la compréhension de l'histoire, sur
le sujet qu'ils souhaitent aborder avec les enfants du primaire.
On élimine les albums qui sont un très
bon support pour un contact individualisé ou pour une séquence de vocabulaire mais pas
un bon support pour une animation.
La séance suivante est une séance de
narration par les jeunes, mais plus personnelle, les jeunes ont intégré l'histoire, ils
la racontent avec leurs mots et font des commentaires personnels avec les illustrations,
très souvent en lien avec leur environnement.
Les animations dans les classes se
déroulent régulièrement et suscitent la motivation des élèves qui reçoivent mais
aussi une envie de partir à la découverte d'autres albums.
Les histoires racontées donnent envie de
lire pour raconter à son tour. On ne peut bien raconter que si l'histoire est bien
intégrée, si on ne colle plus littéralement aux mots du livre. C'est cet apprentissage
qu'ont réalisé ces jeunes.
Une autre classe a choisi de lire un
roman à voix haute; ce dernier a été sélectionné lors d'une présentation de romans
et d'albums: L'épopée de Kémal Castor senior - Édition Flammarion.
La lecture s'est faite d'une façon
laborieuse lors des premières séances; nous avons donc fait un montage du texte en
gardant les passages d'action. Finalement au fur et à mesure de l'avancement de
l'histoire les élèves ont souhaité garder le texte original, ils travaillent
actuellement à une présentation de l'histoire pour qu'elle intègre des animations pour
les élèves du primaire.
La lecture à voix haute d'une uvre
choisie par les élèves peut donc être un élément déclencheur de lecture.
QUELQUES EXEMPLES D'ALBUMS PRÉSENTÉS EN
ANIMATION
POMMAUX Yvan John Chatterton
détective - Éditions École des Loisirs - débat sur les contes et plus
particulièrement "Le petit chaperon rouge".
SHULEVITZ Uri La Pièce secrète
Kaléidoscope - Édition École des Loisirs - débat sur la jalousie, les contes des Mille
et une Nuits.
KRINGS A. Jean-Loup Édition
École des Loisirs - débat sur la méchanceté, l'amitié, l'amour.
KRINGS A. Amédée Édition École
des Loisirs - débat sur la place de chacun dans le monde, les métiers, le courage.
DAVENIER Christine Léon et Albertine
Kaléidoscope - Édition École des Loisirs. - débat sur la différence, l'amour. |