La Guerre du faux, Umberto Eco
Catherine Jorgensen


(1) U.Eco, La Guerre du faux. éd. Livre de Poche biblio.

 

 

"J’avais en outre une raison profonde de pratiquer le pastiche: si l’opération de la néo-avant-garde consistait à bouleverser les langages de la vie quotidienne et de la littérature, le comique et le grotesque devaient constituer l’une des modalités de ce programme".
U. Eco. Pastiches et postiches - Préface


Recueil d’articles publiés dans la presse par Umberto Eco, La Guerre du faux(1) analyse minutieusement des faits de société. Son travail sur des exemples courants comme les parcs d’attraction, le football, les émissions de télévision peut offrir aux élèves des occasions de réflexion au quotidien.

Dans la partie intitulée Voyage dans l’hyperréalité, U. Eco met en évidence l’imbrication du vrai et du faux dans les reconstitutions. "L’irréalité absolue s’offre comme une présence réelle", écrit-il à propos de la reconstitution d’une ferme du début du XIXe aux U.S.A où l’on pousse au bout le souci de véridicité. Il peut être intéressant de montrer ainsi aux élèves que dans ces endroits reconstruits, il est difficile de savoir où est le réel et où est l’illusion. L’analyse explique ce souci des Américains par: "une réaction névrotique devant le vide des souvenirs". La multiplication en France de musées recréant des métiers ou des activités d’autrefois peut également trouver son origine dans la lutte contre l’oubli. Les réserves indiennes seraient ainsi, d’après Eco, des moyens de donner bonne conscience à l’homme blanc. Le souci de faire vrai en fabriquant des faux apparaît ainsi dans une logique. Cette mise en scène du faux concerne également les œuvres d’art. Eco résume l’argumentation de ceux qui préfèrent montrer aux touristes des copies: "nous vous donnons la reproduction pour que vous n’ayez plus besoin de l’original". La reproduction hyperréaliste engage également la nature. Au zoo de San Diego, on peut voir les animaux dans leur cadre naturel dans certaines conditions que pointe Umberto Eco (p. 78): "les animaux gagnent leur bonheur en s’humanisant et les visiteurs en s’animalisant". S’il dévoile l’origine de ce type de parc : "l’amour pour la nature est une constante du peuple le plus industrialisé du monde", il ne les condamne pas car l’hyperréalisme "fournit des occasions didactiques".

Le faux est traqué dans ses fondements métaphysiques, car Eco révèle le danger que représentent ceux qui affirment que tout est possible, ce qui revient à dire que tout est vrai. Dans les médias le faux prend une place étrange: (p. 22) "il n’est plus question de la vérité de l’énoncé, mais de la vérité de l’énonciation". L’analyse du fonctionnement des jeux télévisés met en évidence la surenchère du vrai: les personnages sont vrais, les réponses évaluées en termes de vrai et de faux, pourtant un expert ou un notaire est là pour assurer une crédibilité supplémentaire (p. 205). U. Eco montre que dans les programmes: "information et fiction se mélangent", il dévoile la stratégie complexe d’une fiction au service d’un effet de vérité. Il écrit (p. 207): "La T.V. qui était un véhicule de faits (considéré comme neutre,) devient un appareil de production de faits". L’exemple du mariage royal est désigné comme "un événement qui naissait comme fondamentalement faux".

Mais l’analyste du faux sait en saisir l’utilité, en effet les jeux électroniques habituent les enfants à la guerre des missiles et "le bavardage sportif se présente sous les fausses apparences du discours sur la cité". L’article intitulé: Le Mundial et ses fastes précise que: "la discussion sur le spectacle est l’ersatz le plus facile de la discussion politique". (p. 251). L’écrivain expli que même dans La falsification et le consensus, comment les éditeurs acceptent et régulent le "triomphe des photocopieuses".

La lecture de La Guerre du faux est décapante pour les professeurs comme pour les élèves et quand ils réclament des histoires vraies, du vécu dans la littérature, U. Eco leur répond en montrant la fabrication d’un best-seller.