(1) U.Eco, La Guerre du faux. éd. Livre de Poche biblio.
|
|
Recueil darticles publiés dans la presse par Umberto Eco, La Guerre du faux(1) analyse minutieusement des faits de société. Son travail sur
des exemples courants comme les parcs dattraction, le football, les émissions de
télévision peut offrir aux élèves des occasions de réflexion au quotidien.
Dans la partie intitulée Voyage dans
lhyperréalité, U. Eco met en évidence limbrication du vrai et du faux
dans les reconstitutions. "Lirréalité absolue soffre comme une
présence réelle", écrit-il à propos de la reconstitution dune ferme du
début du XIXe aux U.S.A où lon pousse au bout le souci de véridicité. Il peut
être intéressant de montrer ainsi aux élèves que dans ces endroits reconstruits, il
est difficile de savoir où est le réel et où est lillusion. Lanalyse
explique ce souci des Américains par: "une réaction névrotique devant le vide des
souvenirs". La multiplication en France de musées recréant des métiers ou des
activités dautrefois peut également trouver son origine dans la lutte contre
loubli. Les réserves indiennes seraient ainsi, daprès Eco, des moyens de
donner bonne conscience à lhomme blanc. Le souci de faire vrai en fabriquant des
faux apparaît ainsi dans une logique. Cette mise en scène du faux concerne également
les uvres dart. Eco résume largumentation de ceux qui préfèrent
montrer aux touristes des copies: "nous vous donnons la reproduction pour que vous
nayez plus besoin de loriginal". La reproduction hyperréaliste engage
également la nature. Au zoo de San Diego, on peut voir les animaux dans leur cadre
naturel dans certaines conditions que pointe Umberto Eco (p. 78): "les animaux
gagnent leur bonheur en shumanisant et les visiteurs en sanimalisant".
Sil dévoile lorigine de ce type de parc : "lamour pour la nature
est une constante du peuple le plus industrialisé du monde", il ne les condamne
pas car lhyperréalisme "fournit des occasions didactiques".
Le faux est traqué dans ses fondements
métaphysiques, car Eco révèle le danger que représentent ceux qui affirment que tout
est possible, ce qui revient à dire que tout est vrai. Dans les médias le faux prend une
place étrange: (p. 22) "il nest plus question de la vérité de
lénoncé, mais de la vérité de lénonciation". Lanalyse du
fonctionnement des jeux télévisés met en évidence la surenchère du vrai: les
personnages sont vrais, les réponses évaluées en termes de vrai et de faux, pourtant un
expert ou un notaire est là pour assurer une crédibilité supplémentaire (p. 205). U.
Eco montre que dans les programmes: "information et fiction se mélangent", il
dévoile la stratégie complexe dune fiction au service dun effet de vérité.
Il écrit (p. 207): "La T.V. qui était un véhicule de faits (considéré comme
neutre,) devient un appareil de production de faits". Lexemple du mariage royal
est désigné comme "un événement qui naissait comme fondamentalement faux".
Mais lanalyste du faux sait en
saisir lutilité, en effet les jeux électroniques habituent les enfants à la
guerre des missiles et "le bavardage sportif se présente sous les fausses apparences
du discours sur la cité". Larticle intitulé: Le Mundial et ses fastes
précise que: "la discussion sur le spectacle est lersatz le plus facile de la
discussion politique". (p. 251). Lécrivain expli que même dans La
falsification et le consensus, comment les éditeurs acceptent et régulent le
"triomphe des photocopieuses".
La lecture de La Guerre du faux
est décapante pour les professeurs comme pour les élèves et quand ils réclament des
histoires vraies, du vécu dans la littérature, U. Eco leur répond en montrant la
fabrication dun best-seller. |