Les fausses lettres sont présentées comme une spécialité familiale puisque les lettres
du Marquis (père de Fabrice) "dailleurs ridicules ont le mérite den
démentir de plus vraies". Cest une fausse lettre de la Raversi, ennemie jurée
de Mosca et de la duchesse qui conduit à larrestation du héros.
Un pouvoir
"faussaire":
On peut demander aux élèves de repérer
les faux pratiqués par les hommes ou les femmes de pouvoir.
Une courtisane comme La Raversi a son
faussaire attitré et attire Fabrice dans un piège en imitant lécriture de la
Sanseverina. Elle se charge de fabriquer un faux témoignage pour accabler le héros lors
du meurtre de Giletti: "la marquise avait acheté le vetturino qui conduisait
la voiture et qui faisait maintenant une déposition abominable" (p. 289), elle
suborne des témoins: "pour gagner des écus, ils se laissent aller à altérer la
vérité" (p. 291). Le pouvoir peut transformer un événement: "le meurtre de
Giletti était une bagatelle et lintrigue seule était parvenue à en faire quelque
chose."
Le roi prend plaisir à répandre le faux
bruit de la mort de Fabrice à la fin du chapitre XIX: "nous allons préparer un
échafaud, la duchesse ne manquera pas de croire quil est destiné au petit del
Dongo". Mosca lui-même nhésite pas à fabriquer un faux coupable et à le
faire mettre en prison pour protéger le héros (ch. XIII).
Si lon fait étudier aux élèves
lintervention suivante du narrateur (ch. XX). "Cest ainsi que les petits
despotismes réduisent à rien la valeur de lopinion", ils découvrent que les
faux pratiqués par le pouvoir nourrissent la portée satirique du texte et donnent une
leçon de vigilance critique au lecteur. Là le narrateur intervient négativement.
Un héros qui se
débarrasse de ses idées fausses:
Si on considère La Chartreuse de
Parme comme un roman dapprentissage, on découvre que chaque épreuve permet au
héros de renoncer à une illusion cf. p. 82: "la guerre nétait donc plus ce
noble et commun élan dâmes amantes de la gloire quil sétait
figuré". Le narrateur intervient dans le récit pour souligner comment le héros
parvient à discerner le vrai du faux: "Fabrice qui entrevoyait pour la première
fois le véritable état des choses", "Fabrice tombait de haut" (ch. XII),
"les écailles tombaient des yeux de Fabrice". Le vrai se révèle, se bâtit
pour le héros comme pour le lecteur grâce aux interventions du narrateur. Le rôle du
point de vue de la narration prend ici tout son intérêt et les élèves découvrent
ainsi que le narrateur corrige le point de vue du personnage. Il permet de découvrir que
le héros est dans une situation fausse (p. 35): "Fabrice plus ignorant que jamais à
la fin de lannée obtint cinq premiers prix" ou dans le faux triangle amoureux
avec la duchesse et le Comte. Mais parfois le narrateur joue à ne pas tout savoir (p.
47); "je ne sais si elle se trompait". Si on étudie les différentes versions
du meurtre de Giletti, on ne sait plus discerner le vrai du faux. En effet la première
version est racontée du point de vue de lassassin: Fabrice présente un duel, mais
"toute la ville de Parme croyait que Fabrice sétait fait aider par vingt ou
trente paysans pour assommer un mauvais comédien"; pour le prince il sagit
dun meurtre épouvantable, la lettre de larchevêque précise: "tout le
monde croit que vous vous êtes donné le plaisir de tuer lhistrion Giletti, ce
nest pas laffreux péché du meurtre que le public blâme en vous, cest
uniquement la maladresse ou plutôt linsolence de ne pas avoir daigné recourir à
un bulo"; pour la duchesse "cest un petit assassinat comme on en
compte cent par an" et même "son neveu avait plus ou moins tué Giletti".
Les lettres contribuent à créer un vertige entre vrai et faux.
La Chartreuse de Parme montre
ainsi que chacun a sa vérité, comme le dit Gina; "si ce nest la vérité
cest du moins ce que jen vois". Demander alors aux élèves qui est le
narrateur dans le roman conduit à létude de lavant-propos et à une mise en
abyme: qui est le vrai narrateur, celui qui reçoit le témoignage du lieutenant Robert au
chapitre I? le neveu qui raconte cette chronique italienne à un voyageur? Il devient
intéressant de faire des recherches sur lauteur, ses pseudonymes, ses manies. Enfin
vérifier la citation de Ronsard au chapitre II conduit à des surprises puisque Stendhal
change les vers 5 et 6 du sonnet pour Hélène. Faire usage de faux cest donc aussi
un clin dil aux lecteurs, ces "happy few" capables de distinguer les
véritables uvres dart.
Le faux est présent dans tout le roman,
il aide le héros à triompher des obstacles, même sil condamne lartifice et
cherche sa vérité, il permet au narrateur de prendre de la distance vis à vis des
personnages et de les mettre en situation dapprentissage, mais la multiplication des
faux, fait de la vérité un jeu de reflets et du roman un miroir à multiples facettes.
Montrer aux élèves comment un récit construit le vrai et le faux nest-ce pas les
mettre sur le bon chemin? |