Le professeur distribue la photocopie de
la partie droite de la photographie et demande de légender le document. Puis, il procède
de façon identique avec la partie gauche. Les réponses attendues sont, par exemple, pour
le document 1: "étreinte", "embrassade" ou "accolade"; pour
le document 2: "la petite fille au coussin".
On distribue ensuite la photographie complète et on demande de lui donner un titre.
On confronte les réponses des élèves
à la légende attribuée par Luc Olivier.
On peut alors faire procéder à une
description organisée en fonction des différents plans. Tout en précisant aux élèves,
quil convient de justifier toute proposition, on leur demande de situer la scène,
de préciser quand elle se passe, de repérer les personnages en présence et de formuler
des hypothèses quant à la nature de lévénement fixé par lobjectif.
Quelques éléments de réponse
Le lieu
Après observation, on peut dire que la
scène se déroule dans un petit bourg.
On devine à larrière-plan une
église romane (on distingue larc roman au-dessus des têtes de lassistance)
La place où se déroule la cérémonie
est en terre; il sagit probablement dune place de village.
On invite les élèves à rechercher dans
un dictionnaire des renseignements sur le nom de lieu précisé au dos de la carte.
Sils ne trouvent pas trace de Saint-Santin-dAveyron, ils pourront en déduire
quil sagit effectivement dun petit bourg. On les invitera toutefois à
localiser lAveyron: département de la région Midi-Pyrénées sur la bordure
méridionale du Massif-Central, limitrophe du Gard et de lHérault.
Lépoque
Cette scène a probablement lieu un jour
de printemps: les participants sont vêtus légèrement. Il fait sec, larbre est
verdoyant.
Les personnages
On distingue trois groupes de personnages
regroupés de la façon suivante:
- Au premier plan, à gauche, une petite
fille tient un coussin.
- À sa droite, un homme étreint un
individu. Lhomme est malentendant (il porte un appareil auditif). Les deux
personnages sont vêtus avec élégance. Tous deux portent des vestes en tissus
darmure croisée.
On peut demander si le second personnage
est un homme ou une femme; interroger sur son âge. En effet, ce personnage dont le visage
est caché porte des cheveux courts. Les cheveux blonds et fournis, les ongles, les bijoux
bague et bracelet indiquent quil sagit dune femme.
Dans limpossibilité de distinguer
leur visage, on ne peut identifier ces deux personnes.
- À larrière-plan, un groupe de
personnes, dun âge avancé dans lensemble, constitue lassistance.
Lévénement
Il sagit sans doute dune
remise de médaille ou de décoration mais la médaille nexiste pas sur la
photographie.
On invite les élèves à faire la liste
de tout ce qui dénote la cérémonie. Ce qui se passe au premier plan nest
quun élément de réponse. Il convient dêtre sensible à laspect
endimanché des personnes de lassistance, à leur attitude convenue (regards
convergents vers le couple qui se donne laccolade, mains croisées pour les hommes
en costume-cravate; attitude figée, attentive; on devine à la position de certaines
mains de femmes que les applaudissements sont sur le point de retentir
)
Intérêt de la photographie
Lintérêt de cette photographie
réalisée par un journaliste-photographe de presse et aussi photographe dart,
cest de nous permettre de voir
le revers de la médaille.
On assiste ici à la fois à une scène
éminemment authentique et à une scène donnée à voir comme dérisoire. La photographie
montre la petite histoire au sein de la Grande Histoire. Sil sagit du grand
jour pour la personne qui reçoit la médaille, cest aussi le cas pour la
communauté rassemblée et notamment pour la petite fille, une petite fille qui a verni
ses ongles pour loccasion et dont on peut se demander si limage ne la laisse
pas voir comme lhéroïne du jour.
Tout concourt ici à révéler ce qui est
normalement secondaire ou absent dans une photographie officielle.
En effet, limage ne montre pas la
remise de la médaille (on ignore de quelle médaille, de quelle décoration il
sagit; on ignore le visage et lidentité de la médaillée
) et contredit
la légende. La médaille enlevée, le clinquant de la cérémonie disparaît.
La photographie, sans mise en scène
artificielle, ne présente pas une réalité ordonnée; elle nous présente la vérité de
ce jour, mais une vérité décentrée par rapport au titre déclaré.
En fait, cest bien, un déclic trop
tard, une photographie détournée de sa fonction, une photographie qui immortalise le
regard de ceux qui assistent à la cérémonie.
Au-delà du premier plan déceptif qui ne
montre pas vraiment celui qui remet la médaille, ni celui qui la reçoit, lobjectif
du photographe sintéresse au public. Cest dans le regard convergent des
spectateurs que nous allons chercher ce qui nous est dérobé.
À ce point de lobservation, on
peut demander aux élèves lequel (ou lesquels) des personnages présents sur la
photographie aimerait, selon eux, recevoir ce cliché pour le conserver en souvenir.
La véritable héroïne de cette scène,
nest-ce pas la petite fille, seul personnage jeune ici présent? Trois autres
éléments font quelle occupe une place à part. Elle est seule, de face, au premier
plan.
On peut se demander comment interpréter
son sourire de Joconde. Ce sourire à peine ébauché montre assez combien elle se sent
investie en ce jour de la solennité de sa tâche
Mais les élèves interpréteront
peut-être différemment son sourire. On les invitera à sinterroger sur les
sentiments que ressentent les personnages
En prolongement à ce travail de lecture
de limage, nous suggérons de faire ajouter sur la photographie, en respectant les
conventions de la bande dessinée ou du roman photo, les pensées de quelques personnages:
le donneur de médaille, le médaillé, la petite fille, une personne de
lassistance. Ainsi fait-on appel à la créativité de lélève; en
linvitant à intervenir sur la photographie, on lui permet de recourir à des formes
scénarisées qui lui sont souvent familières.
Enfin, après avoir précisé à la
classe que le photographe a choisi de faire de sa photographie une carte postale, on
demande à quelle occasion on pourrait utiliser cette carte si lon devait
lenvoyer à quelquun?
Le photographe déclare quil a
choisi, lui, den faire une carte de vux
Etude du texte de Flaubert
Alors on vit savancer sur
lestrade une petite vieille femme de maintien craintif, et qui paraissait se
ratatiner dans ses pauvres vêtements. Elle avait aux pieds de grosses galoches de bois,
et, le long des hanches un grand tablier bleu. Son visage maigre, entouré dun
béguin sans bordure, était plus plissé de rides quune pomme de reinette flétrie,
et des manches de sa camisole rouge dépassaient deux longues mains à articulations
noueuses. La poussière des granges, la potasse des lessives et le suint des laines les
avaient si bien encroûtées, éraillées, durcies, quelles semblaient sales
quoiquelles fussent rincées deau claire; et, à force davoir servi,
elles restaient entrouvertes, comme pour présenter delles-mêmes lhumble
témoignage de tant de souffrances subies. Quelque chose dune rigidité monacale
relevait lexpression de sa figure. Rien de triste ou dattendri
namollissait ce regard pâle. Dans la fréquentation des animaux, elle avait pris
leur mutisme et leur placidité. Cétait la première fois quelle se voyait au
milieu dune compagnie si nombreuse; et, intérieurement effarouchée par les
drapeaux, par les tambours, par les messieurs en habit noir et par la croix dhonneur
du conseiller, elle demeurait tout immobile, ne sachant sil fallait savancer
ou senfuir, ni pourquoi la foule la poussait et pourquoi les examinateurs lui
souriaient. Ainsi se tenait, devant ces bourgeois épanouis, ce demi-siècle de servitude.
Flaubert, Madame Bovary, II, 8
Les objectifs
Cest aussi dans loptique
mentionnée en introduction que létude du fameux extrait des "Comices" de
Madame Bovary de Flaubert (2e partie, chapitre 8) nous a semblé devoir
sinsérer dans une perspective de confrontation avec le document iconographique
proposé: thématique commune - une remise de décoration à une femme - et, dans le
détail, points de convergence, par exemple en ce qui concerne la place réservée aux
mains: premier plan sur la photographie de Luc Olivier, huit lignes dans le texte de
Flaubert.
Ici se posait de toute évidence le
problème qui est au cur de la didactique de lenseignement des lettres,
larticulation lecture/écriture, linteraction entre ces deux pôles étant une
nécessité. Et comment insérer létude de la langue, depuis des années remise en
question, qui doit être envisagée les dernières Instructions Officielles de 1995
y invitent expressément comme un "outil au service de la lecture, de
lécriture et de loral"?
Nous fondant sur les Instructions qui
régissent lactuel brevet des collèges, qui stipulent que les questions de
grammaire, de vocabulaire, posées sur le texte doivent conduire autant que faire se peut
à la compréhension (et, si possible, à lexpression écrite), il nous a paru
intéressant de construire un questionnaire de lecture méthodique sur lextrait de
Flaubert, qui déboucherait sur un pastiche (À la manière de Flaubert, décrire la
remise de médaille fixée par la photographie). Pourquoi un pastiche? Sans insister sur
les rapprochements déjà mis en évidence, nous pouvons penser que lélève sera
moins désarmé sil est muni de consignes précises les grilles de ce type
ont fait leur apparition depuis longtemps et savèrent un guide précieux quand on
veut faire progresser lexpression écrite. Mais aussi, et là nous nous référons
aux I.O. pour la classe de Troisième (B.O. hors-série N° 10 du 15.10.98) Objectifs:
"La deuxième direction concerne lexpression de soi (
) Celle-ci peut se
manifester (
) dans la distanciation et le détachement (objectivité, distance
critique, humour)" (1) "Lecture et expression sont
toujours liées".
Lhumour est une dimension capitale
de notre enseignement: si son identification est capitale dans les textes, il constitue
une attitude fondamentale, moralement et socialement, pour qui veut accéder, au-delà de
la maîtrise des discours, à celle des événements et à celle de soi. Et nous appuyant
sur notre expérience denseignants, force est de constater que si les élèves y
sont souvent sensibles dans le quotidien des situations, plus délicate est sa perception
dans les textes (cf. Voltaire), encore plus délicate son expression dans des écrits
personnels, dans lesquels il est souvent confondu avec la grossièreté. |