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Nicole GOURGAUD
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Traduire, létymologie
latine traducere en rend compte, cest faire passer un texte dune
langue source en langue cible. Le traducteur est ainsi un intermédiaire, transmetteur du
sens dun texte écrit. Autant dire que son rôle de passeur est essentiel : grâce
à lui, laccès à des textes lointains et étranges est rendu possible.
Si chacun au cours de sa scolarité a pu être soumis à des exercices de " version "
ou/et de " thème ", il est peu probable quil ait été confronté à la
complexité des problèmes de la traduction tels quils se posent à tout traducteur
conscient des responsabilités de sa tâche, une tâche qui ne se borne pas au seul
travail sur la langue. On peut dire quil y a loin entre laspect didactique de
la traduction telle quelle est le plus souvent pratiquée en milieu scolaire et la
dimension artistique quelle peut revêtir.On
considère quil existe deux types de relation au texte et de ce fait deux grandes
tendances en traduction. Dune part, la traduction littérale, cest-à-dire
philologique ; de lautre ce quon pourrait appeler la traduction littéraire.
Nous souhaiterions ici examiner ces deux pôles de la traduction et montrer quen fin
de compte le traducteur développe des stratégies dans le but dabolir pour
dautres les frontières linguistiques. Nous nous occuperons essentiellement de la
traduction française de textes littéraires étrangers.Lequel de ces deux types de
traduction permet de mieux pénétrer le texte source ? Cest la question à laquelle
nous allons tenter dapporter une réponse en interrogeant notre modeste expérience. |
| (1) Lucyna
Skompska, Pewien przechodzien, un certain passant, Traduction Nicole Gourgaud,
Witold Pietrzak, Oficyna Bibliofilow, 1994 ; Anthologie : Wiersze szesnastu poetów,
Seize poètes écrivent, choix et traduction Nicole Gourgaud, Oficyna Bibliofilów,
L´ódz´, 1995) |
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Invitée à traduire des textes de poètes polonais du XXe siècle (1),
nous avons découvert une poésie essentiellement réflexive et intellectuelle. Notre
travail sest effectué le plus souvent dans une concertation soutenue avec les
auteurs et a donné lieu à des conversations intenses. Pour ceux des textes où la
frontière entre poésie et écriture prosaïque était ténue, nous avons choisi
duvrer, avec lassentiment des écrivains, en traduction littérale. La
force de ces textes provenait du contraste entre le choix dune langue simple,
dépouillée, dun style épuré et leur teneur métaphysique. Chacun connaît
ladage " traduttore/traditore " ; dans quelle mesure le traducteur trahit-il le
texte dont il a la responsabilité ? La traduction littérale libère-t-elle des affres de
la trahison ? Certains considèrent quelle est le degré zéro de la traduction,
estiment quelle ne rend compte daucun talent. |
(2) Hans-Georg Gadamer, Vérité et Méthode, Le Seuil. |
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Or, comme le note le philosophe
allemand Gadamer " Lexigence de fidélité imposée à la traduction ne peut
supprimer la différence fondamentale des langues " (2).
Voyons les premiers vers dun poème de Dorota Chroscielewska. " Krzyczal´am w noce Przyszli do mnie Zmarli ale nie mieli
ramion zÝeby mnie przygarnaþc´ Oczu azÝeby spojrzec´ Ust zÝeby przemówic "
[ kcïtcæwæm v notsè pÂïcli dô m1/2jè zmærli ælè
1/2jè mjèli ræmjôn ÂEbï m1/2jè pÂïgærnötc ôtcu æÂèbï spôjÂètc ust Âèbï
pÂèmuvitc ]
(ï = i dur des langues slaves)
Nous ne leur faisons pas subir dautre
transformation que celle quexige le passage dun texte dun système
linguistique dans un autre.
" Jai crié dans la nuit les Morts venaient à moi
mais ils navaient pas de bras pour menlacer pas dYeux pour me regarder
ni de Lèvres pour parler "
On naurait évidemment pas pu conserver, sans effet de maladresse ou sans
ambiguïté, le vers contenant une inversion (inversion tout à fait normale par ailleurs
en polonais) du type :" jai crié dans la nuit venaient à moi les Morts " |
(3) Milan Kundera, Les Testaments trahis, Gallimard, 1993, p. 133. |
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Dans son ouvrage, Les Testaments trahis (3) Kundera
sintéresse à la traduction. Le point de départ de sa réflexion sappuie sur
les traductions du Château de Kafka. Il interroge leur fidélité à
loriginal, observe une tendance à limiter les répétitions, à enrichir le
vocabulaire. Il constate que bien souvent le traducteur obéit à l" autorité du
style commun du " beau français " (du bel allemand, du bel anglais etc.), à savoir du
français (de lallemand etc.) tel quon lapprend au lycée ". (p. 133)
Il écrit :
" Le besoin demployer un autre mot à la place du plus évident, du simple, du plus
neutre (...) pourrait sappeler réflexe de synonymisation - réflexe de
presque tous les traducteurs. Avoir une grande réserve de synonymes, cela fait partie de
la virtuosité du " beau style " ; si dans le même paragraphe du texte original il y a
deux fois le mot " tristesse ", le traducteur, offusqué de la répétition
(considérée comme une atteinte à lélégance stylistique obligatoire) sera tenté
la deuxième fois de traduire par " mélancolie " (...) " (Milan Kundera, op. cit. pp.
130-131)Cest avec curiosité que nous avons
examiné les traductions du récit poétique Le Petit Prince de Saint-Exupéry en
langues romanes : catalan, occitan et espagnol. Lincipit du Petit Prince
nous semblait intéressant car sa simplicité ne devait pas laisser grand choix aux
traducteurs et nous pensions trouver de grandes similitudes entre ces trois langues
latines dune grande proximité.
" Lorsque javais six ans jai vu, une fois,
une magnifique image, dans un livre sur la Forêt Vierge qui sappelait " Histoires
vécues ". Ça représentait un serpent boa qui avalait un fauve. Voilà la copie du
dessin. "
En catalan :
Quan tenia sis anys, vaig veure una vegada un magnífic dibuix en un llibre sobre la Selva
Verge que es deia Històries viscudes. El dibuix representava una serp boa
empassant-se una salvatgina. Aquí teniu una còpia daquell dibuix.
(El petit Príncep, traduction de Joan Xancó, Editorial Laïa, Barcelona, 1984)
Sur le plan du lexique, le traducteur catalan choisit de proposer un seul mot en
équivalence des termes français " image " et " dessin " : " dibuix ". On pourrait
ici lui adresser un reproche, à lopposé de celui de Kundera, le reproche
davoir opéré une réduction ! En outre, il ajoute un démonstratif " aquell " au
nom " dessin ", là où Saint-Exupéry notait un article défini.
En occitan :
" Un còp, quaviái sièis ans, te vegèri un image, dins un libre sus la Forèst
Sança que sapelava Istòrias viscudas, un image espectaclós. Retrasiá
una sèrp boà quendavalava qualque feràmia. Aquí la còpia daquel dessenh.
(lo Princilhon, traduction de Jòrdi Blanc, Vent Terral, Andoca, 1994)
Le traducteur occitan respecte loriginal ; aux deux
mots différents dans le texte source " image " et " dessin " répondent les mots "
image " et " dessenh " en langue cible. Comme le traducteur catalan, il ajoute le
démonstratif " aquel ".
En espagnol :
Cuando yo tenía seis años vi una vez en un libro sobre la Selva Virgen, que se llamaba
" Historias Vividas ", una preciosa estampa. La imagen representaba a una serpiente boa
que se engullía una fiera. Aquí tienen una copia del dibujo. (El Principito,
Editores Mexicanos,Unidos, Mexico, 1982)
Si le traducteur espagnol donne bien également deux
mots, " estampa " et " dibujo ", il choisit en traduction du mot " image " le mot "
estampa ". Il aurait pu lui préférer le mot neutre " imagen " dont il use bien, mais
à la phrase qui suit, en équivalence du démonstratif " ça ". On pourrait
samuser à effectuer une traduction de lespagnol en français pour apprécier
la distance introduite par le traducteur espagnol, ce qui donnerait par exemple ceci :Quand
javais six ans jai vu, une fois, dans un livre sur la Forêt Vierge, qui
sappelait Histoires vécues une merveilleuse estampe. Limage
représentait un serpent boa qui avalait une bête sauvage. Voici une copie du dessin.
Des différences apparaissent, on le voit, sur le plan de
la syntaxe. Le traducteur espagnol rejette le complément dobjet direct " une
magnifique image " à la fin de la première phrase.
Le traducteur occitan choisit de faire débuter le texte par " Un cop ", ce qui est en
fait la formule qui initie le conte populaire... |
| (4) & (5) Gadamer, op.
cit. p. 408. |
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Ce sont, comme on peut le constater, autant de choix
auxquels se livrent les traducteurs. Ces choix sont autant de stratégies. Nous ne pensons
pas que ces traducteurs visent ce " beau langage " dont parle Kundera ; ils visent
surtout, croyons-nous, une plus grande clarté. Ils facilitent en somme, au lecteur de la
langue cible, la lecture. Nous rejoignons ici lopinion de Gadamer : " (...) tout
traducteur interprète ". On peut admettre qu'il y a interprétation même si elle est
minime. On ne saurait faire un procès dintention au traducteur espagnol qui traduit
" une copie du dessin " là où Saint-Exupéry écrivait " la copie du dessin ", tout
simplement parce quon peut admettre que cette copie nest bien quune
copie parmi dautres. Nous sommes également de lavis de Gadamer lorsquil
fait le constat suivant : " toute traduction qui prend sa tâche au sérieux est plus
claire et aussi plus plate que loriginal " (4). On
sait cependant quil existe de brillantes traductions, lexception confirmant la
règle : les traductions dEdgard Poe faites par Baudelaire et par Mallarmé passent
pour être meilleures que les textes originaux...Ces remarques nous permettent de poser le
problème de la fidélité au texte source. Peut-on vraiment dire quil y a eu
trahison du Petit Prince ? On saccordera à répondre par la négative, tout en
constatant labsence dun mot à mot fidèle que rien ninterdirait. Même
dans un texte aussi simple se pose le problème du rythme de la langue et lon peut
concevoir que cest en fonction de lui que le traducteur donne à son texte telle ou
telle tournure.Si lon se tourne du côté de la poésie, on se doute que la
difficulté saccroît. Comment, en effet, résoudre les problèmes relatifs à la
polysémie, à la connotation, à la ponctuation, les problèmes de rythme, de rime,
lharmonie " imitative " ? Nous dirons avec Gadamer qu" il lui manquera
toujours nécessairement une partie des résonances qui vibrent dans loriginal " (5). Faut-il pour autant renoncer à traduire ? Certainement pas.
Il convient plutôt de développer la stratégie la plus adaptée. |
| (6) Pierre Bec,
Pour un autre soleil. Le sonnet occitan des origines à nos jours, une anthologie,
Paradigme, Orléans, 1994) (7) Yves
Chevrel, La littérature comparée, P.U.F., Coll Que sais-je ? P. 12
(8) Jacques Roubaud, préfacier du livre,
souligne dailleurs laspect accompli du travail réalisé par Pierre Bec : "
(II) rend ces textes dune manière qui est simultanément fidèle et jamais
oublieuse du fait que le poème traduit doit être poème dans la langue darrivée,
sous peine de trahir le modèle plus gravement que par un contresens dans le seul registre
des mots ").
(9) Efim Etkind, Un Art en crise,
essai de poétique ; de la traduction poétique. LAge dHomme, 1982, P. 22) |
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Examinons le parti pris par
Pierre Bec dans son anthologie Pour un autre soleil, le sonnet occitan des origines à
nos jours (6). Traduire
un sonnet est dune exigence extrême puisque ce type de poème est structuré par
des règles fixes, particulièrement contraignantes. Traduire un sonnet, cest
refaire un sonnet, mais sans la liberté de création qua eue lécrivain. On
passe ainsi à un degré supérieur de complexité : il est plus difficile de traduire un
sonnet que den écrire un !
Il faut donc bien adopter une stratégie. Celle
quadopte Pierre Bec réside dans le respect dun rythme. Il ne garde du sonnet
source que la longueur régulière des vers. A partir de cette contrainte quil
simpose, il est conduit à abandonner la rime et probablement une fidélité servile
au texte. Sil procède à cette " manipulation du langage quest toute
opération de traduction " comme le remarque Yves Chevrel (7),
cest en pleine conscience de mettre en évidence un point spécifique du texte
original... au détriment dautres aspects (8). Le drame
du traducteur réside sans doute, dans lobligation constante de renoncer à rendre
compte de la totalité. On peut considérer que celui qui procède à une "
Traduction-Recréation ", selon la typologie de Efim Etkind, cest-à-dire celui qui
" recrée lensemble tout en conservant la structure de loriginal " (9) est véritablement un artiste. Il nest pas aisé en effet
de savoir " ne pas faire de sacrifices au-delà du nécessaire ", de " ne faire
dadditions que si elles ne franchissent pas les bornes du monde esthétique du
poète ". Ces quelques lignes appellent une remarque : il nous semble que toute théorie
de la traduction se heurte à cette donnée quest la subjectivité liée au monde
esthétique...
Lorsque nous avons travaillé le transfert en français du poème de Zbigniew Dominiak :
Entelechia, nous avons été confrontée à ces difficultés, à des cas de conscience ;
la première difficulté a été de traduire le titre. Certes, le mot " entéléchie "
existe bien dans notre langue ; toutefois, phonétiquement, il ne nous semblait pas très
heureux. Nous pouvions encore choisir le terme latin " entelechia " ; mais sa "
lisibilité " ne nous paraissait pas évidente : ce nétait toujours pas
satisfaisant. Finalement nous avons opté pour le titre Elan vital.
En épigraphe à ce poème, on trouve la retranscription
dune phrase denfant - " Po co sieþ ludzimy ? " -, Si le verbe " l´udzic´
sieþ " existe bel et bien en polonais (ce verbe signifie : " se faire des illusions
"), le verbe " l´udzic´ sieþ " est un néologisme, manifestement créé à partir du
nom " l´udzic´ ", les " gens " ; on peut comprendre quun tel glissement ait pu
se faire dans la bouche dune enfant de trois ans. Le problème était de rendre ce
jeu de mots involontaire mais plein de sens ! En fin de compte, nous avons opté pour la
version suivante : " pourquoi quon sillusihomme " ; cette traduction
présente une formulation à la syntaxe certes fautive mais qui se veut proche du langage
enfantin. Le néologisme en français présente lavantage de restituer en somme les
verbes polonais, lauthentique et le néologisme.
Nous voudrions citer deux vers du poème Entelechia en exemple du type de
surprises que peut fournir la langue cible :
" Il ne cache rien sinon le mystère : des débuts et
des buts. Peut-être sait-il même les dents aiguës de la scie "
La rime interne " poczaþtku i celu " devient " des
débuts et des buts ". Leffet est parfaitement fortuit en français. Cet exemple
nous permet de remarquer que, parfois, sans effort ni mérite de la part du traducteur, on
arrive à une heureuse coïncidence des sonorités ! Cest un effet identique qui se
produit avec le poème de Mieczysl´aw Michal´ Szargan : Pamiec Lustra. Traduit
mot à mot ce titre signifie la mémoire du miroir et cest le titre que
nous avons conservé. La rencontre fortuite de lallitération et de la rime interne
contribuent à souligner le sens.Mais dautres fois, pour conserver au poème son
rythme, ses allitérations nous avons dû fournir un effort plus grand.
Dans un texte intitulé Les corneilles, Ziemowit
Skibin´ski écrit :
" kraþzaþ, siadajaþ na starym jesionie, kraczaþ i
radzaþ, skrzydl´ami trzepocaþ ; "[ kröÂö cædæjö næ stærïm jècô1/2jè
krætcö i rædzö sksidwæmi tÂèpôtsö ]
(Accentuation toujours paroxytonique)
Les finales verbales impriment au vers une rime interne
tandis que lon observe une allitération en (r) et lalternance de chuintantes.
Traduisant ces vers, nous avons tâché de restituer ces effets, mais nous avons
transposé en quelque sorte lallitération, nous avons opté pour des allitérations
en (t) et (l). La traduction de ces vers donne ceci :
" elles tournoient, se posent sur le vieux frêne,
elles croassent, elles débattent et battent des ailes " |
| (10)
Camões, Les Lusiades/os Lusiadas, édition bilingue Portugais-Français, Robert
Laffont, Coll. Bouquins, 1996, p. XXX) (11) Il y a quelques années, il était bien difficile de trouver des
textes bilingues en librairie et ils ne sont pas si nombreux aujourdhui encore... |
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Dautres traducteurs font relever leur démarche
dune autre stratégie. Ainsi lorsque Roger Bismut traduit ce grand poème épique de
la Renaissance que sont Os Lusiadas (Les Lusiades), il a un grand souci de
fidélité au texte de Camões. Dans un avant-propos, Roger Bismut justifie le texte
nouveau quil présente au lecteur : " Il ma semblé en effet que la
traduction gagnerait à être encore épurée de formules et dimages dont la pseudo
élégance jurait avec la simplicité du modèle. " Même si le traducteur reconnaît
avoir donné une " exacte et pour ainsi dire servile réplique du texte de Camões " et
admet que " la cadence et léclat de lensemble en ont quelque peu pâti " (10) nous considérons le travail comme honnête : la traduction
est donnée en regard du texte original. " Reflet fidèle du modèle " selon les termes
même de R. Bismut, le texte est accompagné dun apparat critique. " De nombreuses
notes ont été ajoutées pour signaler les ambiguïtés du texte portugais " précise
encore le traducteur. On le comprend aisément, la stratégie déployée ici correspond à
un double souci, celui doffrir au grand public, dans une langue en prose,
laccès à une uvre essentielle de la littérature mondiale, et de donner au
chercheur lusitanophone un outil précieux. En fait, la stratégie du traducteur rejoint
ici une stratégie éditoriale... (11) |
| (12) Jean-René Ladmiral,
Traduire : théorèmes pour la traduction, Gallimard, Collection Tel, 1994, p. 112. (13) Georges Mounin, Les problèmes
théoriques de la traduction,Gallimard, coll. Tel 1963, p. 278. |
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Au fond, on peut se demander si
les stratégies éditoriales ne conditionnent pas en partie les stratégies de traduction.
La qualité philologique ou littéraire dune traduction ne dépend-elle pas de ce
qui est donné à lire au lecteur : dans le cas dun texte monolingue, le traducteur
ayant plus de responsabilité se fait le " lieutenant " du texte original, un "
réécrivain " pour reprendre le terme rapporté par Jean-René Ladmiral (12) Le lecteur a pour seul objet de jugement le texte
traduit.Lorsquun texte bilingue est proposé, on peut admettre que la langue source
reste la référence et le traducteur sefface devant loriginal : cest ce
que le traducteur de Camões fait précisément. Dans
la conclusion de son ouvrage (13), Georges Mounin remarque
que " la linguistique contemporaine aboutit à définir la traduction comme une
opération, relative dans son succès, variable dans les niveaux de la communication
quelle atteint ". Nous ne pouvons que souscrire à cette opinion. Il ne saurait y
avoir de théorie universelle de la traduction en dehors de ses propres conditions de
production, cest-à-dire de publication.
Conscient dêtre au service dun texte et
conscient des enjeux littéraires de la traduction, le traducteur se doit de témoigner
dans son entreprise dhumilité intellectuelle. En approfondissant la conscience de
ses responsabilités de " réécrivain ", il tisse des liens entre les cultures, et
cette qualité de médiateur culturel nous semble dépasser de façon décisive la simple
dimension technicienne de la traduction.
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Bibliographie
On pourra se reporter à l'article " Traduction " du Dictionnaire des genres et notions littéraires, Encyclopedia Universalis, Albin Michel, Paris, 1997.
Outre les ouvrages donnés en référence, nous voudrions rappeler l'existence d'un numéro spécial de la revue Le français dans le monde (Août-septembre 1987, Retour à la traduction) Ce numéro présente, comme le souligne Francis Debyser, l'un de ses coordinateurs, la problématique de la traduction dans toute sa richesse : théorique, poétique, culturelle.
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