| " Quinze à vingt
millions dhommes et de femmes déportés en trois siècles "
(Esclaves et Négriers, Jean Meyer, Découvertes Gallimard.)
Tel est le
triste bilan de la déportation massive dont lEurope se rendit coupable, durant
trois siècles. Au moment même où " la France des Lumières " se contemplait dans le
miroir de la raison et de la tolérance, un trafic indigne lui procurait son luxe et ses
fastes !
Quelques rappels historiques permettent de montrer la
collusion des pouvoirs politique, économique et religieux dans le commerce du " bois
débène " (M. Fragonard). Mais comment dire lhorreur du vécu, la férocité
des châtiments, la négation des êtres ?Aux États-Unis, une littérature née des
récits desclaves, donne à ces vies broyées la dimension du mythe (F. Charras) ;
tandis quaux Antilles, le souvenir du " nègre marron " révèle que
labolition fut, dans certaines régions, conquise par les Noirs plutôt
quoctroyée par les Blancs (M.-C. Rochmann). Labolition donna dailleurs,
aux anciens maîtres, loccasion de se moquer (une ultime fois ?) de leurs victimes,
par la cérémonie de la " nomination ", dont les écrivains antillais retracent le
simulacre burlesque (J.L. Picard). Face aux silences de lHistoire, qui ne
sétend guère sur ce crime contre lhumanité, les écrivains prennent le
relais, comme Alejo Carpentier (M. Borgomano).Pourtant une question revient, lancinante :
qui faisait le trafic des esclaves ? Surprise ! Parmi les négriers figure le père de
Chateaubriand qui acheta, avec les bénéfices de la traite, le château de Combourg (L.
Ruh). Mais alors, personne entre le milieu du XVIe siècle et
celui du XIXe na protesté contre ce ravalement de lhomme à la bête ? Les
philosophes du XVIIe siècle, quant à eux, justifient lesclavage par la notion de
contrat (C. Talon-Hugon) ; ceux du XVIIIe siècle, connus pour leurs écrits "
progressistes ", ont eu une attitude ambiguë, nous dit L. Sala-Molins. Il semble que
Condorcet ait été le seul à prendre en définitive clairement la défense des droits de
ses " frères de couleur ". De ces connaissances historiques, philosophiques et
littéraires, que pouvons-nous retenir pour la classe ? C. Dupuy suggère, au niveau du
collège, de travailler sur le croisement de deux uvres décalées dans le temps : La
Case de loncle Tom et Une nièce de loncle Tom ; tandis que M.
Miras et M.C. Rochemann proposent la découverte du roman de Maryse Condé : Moi
Tituba sorcière
Pour P. Nicq, on peut dès le 1er cycle, confronter une
uvre picturale Le radeau de la Méduse de Géricault à la nouvelle de
Mérimée, Tamango. M.C. Maley, quant à elle, présente une approche dun
récit de vie Les confessions de Nat Turner (W. Styron) pour des élèves de 3e
et de 2nde. En première, A. Millat conseille déclairer le délicat passage de LEsprit
des Lois sur lesclavage des nègres par une comparaison avec larticle "
Traite des nègres " de lEncyclopédie. Autre pratique présentée par H.
Fessler : un groupement de textes qui fait dialoguer des écrivains de plusieurs époques
et de plusieurs pays. On peut, enfin, avec D. Puech, affirmer la persistance de
lesclavage dans le monde contemporain en faisant lire des extraits de Sembène
Ousmane. Pour terminer la présentation de ce dossier, nous
voudrions insister sur lidée suivante : le 150e anniversaire de labolition de
lesclavage fait un devoir aux enseignants de rappeler à leurs élèves ce
douloureux épisode de lhistoire mondiale.
Parler de lesclavage est pour nous un devoir de mémoire mais aussi un appel à la
vigilance pour des faits dactualité.
Catherine JORGENSEN et Annette
SIVADIER
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