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Michel FRAGONARD
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Si lesclavage est
aujourdhui unanimement condamné, il ne faut pas oublier que, dans la plupart des
sociétés, il a été un mode de production " normal ", déterminé économiquement
(traduisant un état économique où la faiblesse des moyens techniques fait des bras
humains la principale force productive) et, depuis au moins Aristote, idéologiquement
légitimé. Dans lhistoire européenne, lesclavage napparaît pourtant
pas comme un phénomène continu. Il est le fondement des sociétés antiques ;
leffondrement de la civilisation romaine correspond à son affaiblissement ; et
sil subsiste pendant toute la période médiévale, il napparaît pourtant
plus comme le rapport de production dominant, supplanté par le servage. Tendanciellement
déclinant, il connaît pourtant un nouvel essor à laube des temps modernes.Le phénomène sinscrit dans un contexte particulier. A
partir du début du XVe siècle, lEurope (surtout de la Méditerranée occidentale)
est marquée par un dynamisme économique et commercial, base de la Renaissance, qui, des
premiers périples portugais à laventure de Colomb, permet lextraordinaire
élargissement des horizons par les " grandes découvertes ". Or ce dynamisme
soppose à un lourd déficit en hommes, résultant de leffondrement
démographique qui a marqué la seconde moitié du XIVe siècle (Grande Peste). |
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Cest donc un besoin
dhommes, dabord en Europe puis dans les terres nouvellement conquises, qui
détermine le nouveau développement de lesclavage, auquel lEglise donne une
caution religieuse : dès 1445, une bulle du Pape autorise le Portugal à réduire en
esclavage les peuples " infidèles " LEurope
devient alors un vaste marché aux esclaves. Vers les ports méditerranéens convergent de
multiples courants : Turcs, Russes, Bosniaques, capturés lors des affrontements avec les
Ottomans ou rachetés à ceux-ci ; Barbaresques pris dans les combats navals ; Noirs du
Tchad apportés par les routes transsahariennes via le Maghreb ; Indiens et Noirs de
Guinée arrivés par les routes atlantiques. Mais à côté de ces flux vers
lEurope, le plus nouveau et le plus massif est évidemment celui de la " traite "
des Noirs dAfrique vers lAmérique qui, pendant plus de trois siècles,
transforme léconomie atlantique tout en ruinant durablement le continent africain.
Les fondements et les mécanismes en sont bien connus.
Lexploitation des richesses, minières et agricoles (dont la demande européenne
saccroît fortement) du Nouveau Monde se heurte à une évidente insuffisance de
main-d'uvre : les colons européens sont très peu nombreux ; la population
indienne, décimée par les massacres espagnols et détruite par les épidémies, se
révèle peu apte au travail forcé ; par ailleurs, les dénonciations de quelques
religieux (Las Casas) contre le traitement infligé aux Indiens (voir la " querelle de
Valladolid ") limitent les possibilités dasservissement. Il faut donc importer une
main-d'uvre : celle des Noirs dAfrique, considérés, avec la bénédiction de
lEglise, comme " naturellement " esclaves. |
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Cest dans ces conditions
que se met en place la traite, qui atteint son maximum defficacité au XVIIIe
siècle dans le cadre du célèbre " commerce triangulaire " : les navires " négriers
" partent des ports européens vers les côtes africaines avec des cargaisons de
cotonnades, pacotilles, eau-de-vie, outils, etc. ; elles sont échangées contre des
esclaves, souvent razziés par des chefs locaux qui bénéficient eux aussi de
lopération ; ces captifs sont transportés (dans des conditions épouvantables,
doù la forte mortalité en voyage) vers les colonies américaines ; les navires
repartent vers lEurope avec leurs cargaisons de produits tropicaux, métaux
précieux, sucre, plus tard café, coton, tabac, indigo
Toute cette organisation
commerciale est dabord le monopole des Portugais et Espagnols, premiers découvreurs
et colons ; mais rapidement, dautres puissances commerciales européennes plus
dynamiques semparent dune part du marché : Hollandais et Anglais qui, à la
suite des traités dUtrecht en 1713, obtiennent lasiento (le monopole
du transport des Noirs dAfrique vers les colonies espagnoles) La France nest entrée quassez tardivement dans
laventure maritime et coloniale : la Guadeloupe et la Martinique ne sont conquises
quen 1635, Saint-Domingue, progressivement occupée par les flibustiers français
aux dépens des Espagnols à partir des années 1650, ne passe (pour moitié) à la France
quen 1697. Mais dès ce moment, elle participe activement au mouvement général.
Une politique coloniale ambitieuse est entreprise (système protectionniste de
lExclusif, monopole royal des Compagnies des Indes puis, sous Louis XIV, gestion
directe par lEtat), pour des raisons aussi bien économiques (développement du "
colbertisme ") que politiques (rivalité séculaire avec les autres puissances
européennes, Espagne, Hollande, Angleterre). Dès lors, pour exploiter les nouvelles
conquêtes, Louis XIII autorise lesclavage dans les colonies des Antilles, faute
dun nombre suffisant de colons français (" engagés " ou déportés), au
demeurant peu motivés et résistants. Il faut alors distinguer deux aspects différents,
bien quévidemment liés, de la politique française.
Le premier est celui de la traite, aux bénéfices de
laquelle la France veut avoir part. Un édit de Louis XIII fait obligation à tous les
armateurs voulant commercer avec les Antilles de traiter des esclaves ; en 1635, la
première Compagnie des Indes reçoit le monopole de lapprovisionnement des îles en
esclaves. |
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Voulant aller plus loin,
Colbert ordonne au directeur de la Compagnie des Indes occidentales : " Pour le surplus
des vaisseaux de la Compagnie, il faut quelle les porte en Guinée pour avoir des
nègres en quantité ; et examinez bien quel avantage ce serait si, après avoir fourni
deux mille nègres ou environ quil faut dans nos îles, la Compagnie en avait encore
deux autres mille pour porter aux Espagnols de terre ferme, étant une marchandise
quils ne refusent jamais et quils achètent des Hollandais de Curaçao très
chèrement. " Dès lors, tardivement démarrée en 1673, la traite française devient
vite la seconde, après lAngleterre, obtenant même lasiento de 1701
à 1713. Le second est celui de la gestion de
lesclavage dans les îles, en raison des problèmes quil soulève
(supériorité numérique des Noirs ; rapports sexuels maîtres-esclaves ; attentats et
soulèvements des " nègres marrons " ; questions religieuses). Cest lobjet
du Code Noir de 1685, qui veut définir une " doctrine française " de
lesclavage, inspirant dailleurs dautres codes dans dautres pays.
Touffu et parfois contradictoire, il manifeste cinq grandes préoccupations : sauver
lâme des esclaves (que le Code soit édicté la même année que la
révocation de lédit de Nantes nest pas indifférent), garantir leur
soumission par la terreur, limiter la barbarie des maîtres, définir les conditions de
vente et dhéritage des esclaves, codifier les conditions daffranchissement. |
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Si les préoccupations
religieuses et humanitaires manifestent un progrès par rapport aux pratiques
esclavagistes en vigueur dans dautres parties du monde, le Code nen
est pas moins un " monstre juridique " : la reconnaissance de certains " droits " des
esclaves est totalement contradictoire avec leur définition comme " biens meubles " (ou
" immeubles ") dépourvus de toute existence civile, et avec la définition des règles,
particulièrement inhumaines, à appliquer pour maintenir leur obéissance absolue (ainsi,
en cas de fuite, lesclave perd une oreille ; en cas de récidive, on lui taille les
jarrets ; à la troisième tentative, il est décapité). Contradiction conceptuelle
(comment une " chose " peut-elle avoir une âme ?) et pratique qui révèle une vague
mauvaise conscience religieuse submergée par les intérêts économiques ; cette faille
théorique deviendra béante dans le contexte intellectuel des " lumières ". Quelles que soient les hésitations, la traite et lesclavage
organisés par la France connaissent leur apogée, comme pour lAngleterre, au XVIIIe
siècle. Le trend de croissance qui marque le siècle et les progrès techniques
de la navigation rendent compte de laccroissement considérable de la traite et donc
du nombre des esclaves implantés dans les colonies antillaises : en 1700, il y avait un
Français pour deux Noirs à la Guadeloupe ; en 1780, il y en a un pour dix. A
Saint-Domingue, fleuron de l" empire colonial " français, en 1789, il y a environ
300 000 esclaves. Facteurs non négligeables de la prospérité du siècle, esclavage et
traite font la fortune de deux groupes importants : les planteurs des îles, les " grands
blancs " créoles, à qui le travail servile a permis de créer des exploitations
prospères (à Saint-Domingue, en 1789, il y a 783 sucreries, 3117 cafèteries, 3151
indigoteries et 789 cotonneries) ; les armateurs et négociants français des grands ports
de lAtlantique (La Rochelle, Le Havre, Bordeaux et surtout Nantes) dont
lenrichissement se fonde sur le " commerce des îles " (commerce triangulaire et
" droiture ", cest-à-dire le commerce direct avec les Antilles) ; au-delà,
lenrichissement de nombreux membres de la haute bourgeoisie ou de la noblesse vient
de leur situation dactionnaires des compagnies commerciales privées (le privilège
dEtat a été abandonné) : le père de Chateaubriand ou, malgré ses déclarations
" philanthropiques ", Voltaire, doivent en partie leur richesse à lesclavage.
Mais cest au moment même où le système atteint
son point culminant quil commence à être mis en question. Dans cette remise en
cause, deux sources différentes, mais liées par une exigence commune de liberté.
La première est dordre spirituel et intellectuel.
Dune part, certaines tendances religieuses dissidentes (notamment les Quakers
américains) dénoncent lesclavage comme contraire au message évangélique.
Dautre part, la philosophie des " lumières " est amenée logiquement, dans sa
réflexion sur le droit, la souveraineté, la liberté, à sinterroger sur
lesclavage. |
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La démarche est pourtant lente
et prudente : Montesquieu reste extrêmement timoré ; Voltaire lui-même ne prend pas
position sur le fond ; il faut attendre Rousseau, dans le Contrat social, lEncyclopédie
(article " traite ") et surtout Condorcet (Réflexions sur lesclavage des
nègres), pour quune dénonciation formelle et théoriquement argumentée
apparaisse. Enfin, lévolution de la sensibilité collective au XVIIIe siècle
favorise la remise en cause du système : les témoignages de voyageurs sur le traitement
infligé aux esclaves émeuvent un public européen cultivé de plus en plus épris de "
sensible " ; le goût de lexotisme, le mythe du " bon sauvage " (voir Rousseau,
Bernardin de Saint-Pierre) entraînent une révision de limage du Noir, qui devient
positive, donnant lieu à une série duvres littéraires célébrant les
esclaves (Zimeo de Saint-Lambert dont le héros est chef de " nègres marrons " ; LEsclavage
des nègres ou lHeureux Naufrage dOlympe de Gouges, joué en 1781). Lautre source est dordre économique. Cest la
contestation de lefficacité économique et sociale de lesclavage. Elle
salimente à la pensée libérale qui saffirme dabord en Angleterre, où
Adam Smith déclare dès 1776 que " louvrier libre a sur lesclave la
supériorité, car la contrainte ne rend pas lhomme inventif, zélé, intelligent
". Sil faut attendre les années 1820 pour que largumentation théorique
anti-esclavagiste soit reprise en France, notamment par Jean-Baptiste Say, dès la fin du
XVIIIe siècle, des observateurs et auteurs ont attiré lattention sur le " gâchis
" humain et économique de lesclavage : faible productivité du travail servile,
frein aux progrès techniques quil entraîne, et même très forte mortalité des
esclaves.
Cest dans ce contexte général que naît en 1788,
sur le modèle dassociations déjà existantes en Angleterre et aux Etats-Unis, la
Société des Amis des Noirs, créée par Brissot de Warville, à laquelle adhèrent
Mirabeau, Pétion, Le Peletier de Saint-Fargeau, Sieyès, labbé Grégoire. Son
programme est prudent : non pas la libération immédiate des esclaves, mais
labolition progressive de la traite et un processus daffranchissement qui
tariraient, à terme, les sources de lesclavage, et, en juillet 1789, demande de
laccès des hommes de couleur libres aux droits politiques.
Il ne faut pourtant pas se faire dillusions. Ce
mouvement intellectuel de dénonciation de lesclavage nest pas en soi
suffisant pour aboutir à labolition, même lorsque la Révolution semble faire
triompher les idées des " lumières ". Il est révélateur que, malgré les principes
de liberté et dégalité des droits proclamés par lAssemblée Constituante,
celle-ci nait rien changé à la situation des esclaves : en mars 1790, elle met les
colonies sous un régime différent de celui du royaume quand les lois " pourraient être
incompatibles avec leurs convenances locales et particulières ", ce qui implique le
maintien de lesclavage. Cest que le " lobby " esclavagiste, des " députés
" blancs de Saint-Domingue appuyés par le " club Massiac " qui réclament
lautonomie économique de lîle, ou des députés des grandes places maritimes
représentant les armateurs et négociants, peut faire prévaloir ses vues et dénoncer la
Société des Amis des Noirs comme responsable des troubles dans les colonies à partir de
1790.
Car, en définitive, le facteur décisif qui précipite
le processus dabolition, cest bien les mouvements qui agitent alors les îles.
On reconnaît aujourdhui limportance déterminante des mouvements de
résistance des esclaves eux-mêmes, qui ont commencé en même temps que lesclavage
: les mouvements de révolte sporadiques, laction des " nègres marrons " créant
des " contre-sociétés " et des " contre-cultures " (cest dans ce cadre que
sest développé le culte vaudou) ont instauré dans les îles dès le XVIIIe
siècle un climat dinsécurité que lapplication du Code Noir
na pas éliminé. |
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Le déclenchement de la
Révolution française ne peut alors que constituer un ferment favorable à laction
des esclaves. Face à linertie de la métropole et à lintransigeance des
colons, la révolte desclaves qui se déclenche à Saint-Domingue en 1791 est
directement responsable du décret dabolition pris par la Convention en 1794 : non
pas tant par souci dappliquer les principes républicains que parce que
Saint-Domingue risque déchapper à la France. En effet, les Noirs révoltés, sous
la direction de Toussaint Louverture, risquent de prendre le pouvoir ; en face, les colons
(notamment les " grands blancs "), mécontents du régime de lExclusif qui gêne
leur commerce avec lAmérique, et foncièrement anti-révolutionnaires, sont tentés
par la sécession ; enfin, toutes les colonies françaises des Antilles sont menacées
dattaques anglaises et espagnoles. Il faut donc ériger un " coupe-feu " : la
Convention envoie Sonthonax et Polverel pour parlementer avec Toussaint Louverture, qui
leur arrache la libération des esclaves de Saint-Domingue en août 1793. Décision
entérinée par la Convention qui, pour garder les Antilles, na plus comme moyen que
darmer les esclaves pour que, citoyens libres, ils défendent leur sol
:
cest le décret dabolition dans toutes les colonies, en février 1794. Abolition imposée par les circonstances plus que par les
principes. On le verra très vite. Le décret très général nest suivi
daucune mesure précise dexécution ; et labolition reste théorique,
sauf à la Guadeloupe et à Saint-Domingue qui conquiert son indépendance.
Dailleurs, après la tourmente révolutionnaire, Bonaparte, sensible aux arguments
du " lobby " colonial auquel il est lié par Joséphine de Beauharnais, rétablit dès
1802 lesclavage et la traite. Labolition semble donc remise sine die.
Pourtant la pure restauration de lordre colonial
ancien nest pas possible. Malgré lexpédition envoyée à Saint-Domingue en
1802, la France perd définitivement lîle dès 1803 : lindépendance
dHaïti, gouverné désormais par les Noirs, constitue une référence pour tous les
esclaves des Antilles, y maintenant ainsi un climat deffervescence. |
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Surtout, lesclavage est
structurellement sur son déclin, ce qua compris lAngleterre, la puissance
dominante du XIXe siècle, politiquement et économiquement : le développement de la
révolution industrielle et du capitalisme qui se fonde sur le libéralisme économique y
fait apparaître obsolète le système esclavagiste ; le mouvement abolitionniste sy
est renforcé. Ainsi lAngleterre a fait interdire la traite aux traités de 1815
(tout en laissant à chaque pays le soin de déterminer le délai dapplication) et
la flotte britannique joue le rôle de police des mers ; en 1833, lesclavage est
aboli dans toutes les colonies britanniques. Dès lors, la France suit lentement le
mouvement, sous limpulsion notamment du Martiniquais Cyrille Bissette puis du
républicain Victor Schoelcher, auteur de nombreuses brochures abolitionnistes, et de la
Société pour labolition de lesclavage, créée en 1834, à laquelle
adhèrent des hommes politiques influents comme De Broglie, Tracy, Tocqueville. De 1831 à
1833, une série de mesures interdisent la traite, favorisent les affranchissements,
accordent les droits civils et politiques aux affranchis, suppriment les peines de
mutilation et de marque pour les esclaves ; on crée des classes gratuites
dinstruction élémentaire pour les jeunes Noirs. |
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En 1847, de nouveaux
adoucissements sont apportés à la condition des esclaves. Mais encore une fois, ce sont les conditions politiques qui précipitent
lévolution : selon la formule dAimé Césaire, " labolition se ferait
révolutionnairement ou ne se ferait pas ". Cest bien la révolution de février
1848 qui provoque labolition, par deux biais. Dune part, elle permet à
Schoelcher, qui convainc les nouvelles autorités, dabord réticentes, de la
nécessité de labolition pour éviter une rébellion générale, daccéder au
poste de sous-secrétaire dEtat aux colonies ; dautre part, comme en 1790,
elle suscite dans les îles des révoltes qui contraignent les gouverneurs à proclamer la
liberté avant même larrivée des consignes métropolitaines. Ainsi le décret du
27 avril 1848, qui proclame lémancipation immédiate de tous les esclaves, devenant
citoyens à part entière, est-il autant la reconnaissance dune évolution
inéluctable quun acte révolutionnaire ; encore faut-il remarquer que, respectant
le sacro-saint droit de propriété, le texte prévoit une indemnisation pour les colons
propriétaires desclaves, dailleurs variable selon les colonies.
1848 : abolition de lesclavage, grâce à
lidéaliste Victor Schoelcher. Cest ce quon apprend dans les écoles et
quont véhiculé les images dEpinal. Cest au moins simplifier un
processus complexe et passer sous silence le rôle des esclaves eux-mêmes. Cest
aussi faire de cette abolition le résultat dun progrès intellectuel et moral - ce
quelle est assurément -, en évacuant les aspects politiques et économiques. Or la
perpétuation du travail forcé - même pour des enfants et même dans des pays dits "
développés " - manifeste que la bonne volonté idéaliste nest pas suffisante. |
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