Comment s'en laisser conter ou Les contes à l'école
Serge MARTIN, coll. Parcours didactiques à l'école, Bertrand-Lacoste Ed., 1997.
   Catherine DUPUY


La pratique du conte est monnaie courante à l’école élémentaire. C’est pour cela que Serge Martin se penche avec bienveillance sur Les Contes à l’école pour en fixer les enjeux et en tirer le plus grand profit didactique et pédagogique.
Car il s’agit de dépasser le plaisir du conte procuré empiriquement aux élèves, pour construire une lecture plurielle féconde, de ces textes du patrimoine culturel.
Le première partie de l’ouvrage dresse une petite histoire critique de l’enseignement des contes à l’école, où l’on voit surtout que la séparation entre la tradition orale et écrite n’est plus à faire car il s’agit, dans les deux cas, de littérature.
S. Martin s’interroge ensuite sur les activités développées autour du conte à l’école. D’abord il est utilisé dans un but d’éducation à l’imaginaire, qui développe une " pédagogie-magie " subjuguant les petits élèves.
Il faut aussi voir que le conte constitue un modèle du récit dans une perspective d’enseignement de la lecture-écriture du texte narratif.
La narratologie, la morphologie du conte selon Propp et la sémiotique dressent des cadres de lecture et nourrissent la séquence lecture du conte comme instrumentation.
Cependant, l’auteur alerte les enseignants sur les dérives applicationnistes de ces outils qui appauvrissent et mutilent les diverses approches de lecture du conte.
Construire la lecture comparative des contes ; réfléchir sur les traditions culturelles, sur les personnages ; interpréter et parodier les contes, occupent la deuxième partie de l’ouvrage.
S. Martin examine ensuite le recueil de contes des frères Grimm dans une démarche comparatiste, fort du principe que la didactique du conte s’appuie sur l’enchaînement des textes ; révélant leurs analogies et leurs différences.
L’auteur, de plus, observe les illustrations de Maurice Sendak qui révèlent le continu des éléments du langage du texte et des éléments de l’image.
Les dernières pages de l’ouvrage traitent de l’exploitation d’un album contemporain Éva ou le pays des fleurs de Rascal et Louis Joos. On y retrouve les motifs du Petit Chaperon rouge et de La petite fille aux allumettes d’Andersen jusqu’au récit du film de Wim Wenders Alice dans les villes.
Enfin, S. Martin plaide pour une lecture du Petit Chaperon rouge dont le contenu peut paraître trop exploité. Le lecteur réalise ainsi que les contes, même les plus connus, n’ont pas encore livré toute leurs richesses. Il reste aux enseignants - et ceux qui ont des classes de 6e et 5e peuvent largement utiliser cet ouvrage - à suivre la proposition de l’auteur : inventer d’autres lectures possibles.