(1) Bâtisseurs d'écoles,
histoire biographique de l'enseignement en France, Cl. Lelièvre, Ch. Nique, Nathan
Pédagogie, Série Histoire de l'éducation, 1994.
A vrai dire, et comme sen expliquent dès les
premières pages les auteurs, louvrage dont nous allons rendre compte ne traite pas
de lhistoire de léducation mais - et le sous-titre est de ce point de vue
fort explicite de lhistoire de lenseignement : Claude Lelièvre et Christian
Nique se proposent de montrer quels hommes et quels événements " ont fait [notre]
dispositif denseignement ". Reprenant,
mais transformant un ouvrage paru en 1990, cette nouvelle " histoire biographique de
lenseignement en France " présente en sept parties les principaux éléments qui,
du VIe siècle à nos jours, ont constitué notre école. Louvrage souvre sur
un large tableau, de plus en plus dense et précis au fur et à mesure quon approche
de notre époque, qui rappelle les rôles successifs de Saint-Louis (collège Robert de
Sorbon), François 1er (collège de France), Pierre de Bérulle (lordre de
lOratoire), Jean-Baptiste de la Salle (les Ecoles chrétiennes), etc. Chaque grande
partie, ensuite, est consacrée à lhistoire dune période ayant une certaine
unité et se termine par un ensemble de notices biographiques classées par ordre
alphabétique pour une consultation commode.
Entrons un peu dans le détail : Dans la première
partie (500-1500) on peut voir comment se mettent en place les universités médiévales.
Parmi les personnages cités dans les notices on trouvera aussi bien Christine de Pisan
que Buridan, dont lâne nest pas le moindre élément de célébrité, mais
dont le rôle dans laffaire des statuts de luniversité de Paris est autrement
plus important.
La deuxième partie (1515-1715) met bien entendu en
relief le rôle de lhumanisme et du protestantisme, sans oublier le développement
de limprimerie. Parmi les personnalités citées dans les notices : François
Premier, bien sûr, Fénelon, Mme de Maintenon ou encore Ignace de Loyola. Mais aussi, et
probablement moins connus, Pierre Ramus (1515-1572) dont la thèse dénonçant les erreurs
dAristote fit grand bruit et lui valut un procès ; Jean Standonck (1443-1504) qui
rétablit au collège de Montaigu (Paris) lusage du fouet...
La troisième partie, qui commence à la mort de Louis
XIV, se termine pratiquement avec le siècle (1799) et inclut donc luvre de la
Révolution, en particulier les mesures prises par la Convention thermidorienne :
création de lEcole normale, des écoles publiques, des écoles centrales. On ne
sera donc pas étonné de trouver, à la suite de ce chapitre, les biographies de
Condorcet, Lakanal, Daunou; mais les hommes dAncien Régime ne sont pas oubliés :
La Chalotais, dont parle Voltaire, qui fit beaucoup " contre " les jésuites,
labbé de lEpée qui, lui, fit beaucoup " pour " les sourds-muets.
Dans la quatrième partie est analysée luvre
de Napoléon 1er, dont les enseignants connaissent bien lessentiel. La période
étudiée ici couvre également la Restauration, la Monarchie de Juillet et se prolonge
jusquà la fin du Second Empire. Les notices rappellent luvre de gens
connus : le comte de Falloux, Jean-Baptiste Godin (le Familistère), Guizot... mais aussi
dautres personnes dont les noms sont peut-être moins familiers : Fontanes, qui bien
que royaliste, collabora avec Napoléon Premier, Fourcroy qui fut directeur de
lInstruction publique et prépara à la demande de Bonaparte la loi qui créa les
lycées, Mgr Frayssinous, ministre à la fois des Affaires ecclésiastiques et de
lInstruction publique, tout un programme...
La période suivante, limitée à la fin du XIXe siècle
et au début du XXe, sintitule sans surprise " Lécole de la République ",
et il nest peut-être pas très utile, ici, de rappeler aux enseignants tout ce que
la Troisième République a créé puis modifié petit à petit dans nos écoles. Comme
dans le chapitre précédent, labondance des notices biographiques montre assez à
quel point les enjeux de léducation étaient importants. A côté dEmile
Combes et de Ferdinand Buisson figurent les noms et luvre de gens comme René
Goblet, moins connu que son prédécesseur Jules Ferry, ou comme Pauline Kergomard que
connaissent bien les maîtresses des maternelles. Le syndicalisme nest pas oublié,
avec Marius Nègre.
Les deux dernières parties de louvrage, toujours
conçues selon le même schéma, sintitulent respectivement : " Vers lécole
unique ? " (1918-1958) et moins sobrement : " La mise en système des structures
scolaires et lexpansion de la scolarisation : 1959-1990 ". Dans cette ultime partie
sont rapidement analysées lexpansion du système, la décentralisation,
lébranlement de la FEN et la création de la FSU. Enfin, bien que
lenseignement reste hors du champ dapplication du traité de Rome (1957), les
dernières pages montrent quels infléchissements la construction européenne - après
Maastricht - peut induire.
Dutilisation facile, riche de renseignements
divers et de synthèses éclairantes, cet ouvrage sera utile non seulement aux jeunes
collègues mais aussi à ceux qui veulent retrouver ou découvrir les noms de ceux et
celles qui, à leur manière, ont apporté - ou enlevé - une pierre à lédifice.
Y.C |