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Alain BUISINE
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| (1) Cet article a été publié en 1989 dans la revue Sud, sous une
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Soit ce " vrai peintre " dont nous parle Tobie, le dessinateur nomade, dans La
Fièvre : Il sappelait
Gobel, et je nai jamais su doù il venait
Il ne peignait que sur le
trottoir, avec des bouts de craie. Il faisait des tableaux extraordinaires, comme ça,
dans la rue, avec sa craie, et puis après, il sasseyait à côté, et il attendait
que les gens lui lancent quelques pièces. Cest tout ce quil voulait. Et pourtant
il a fait comme ça les plus beaux tableaux du monde.Le lendemain, tout était effacé.
Les gens avaient marché dessus, il avait plu, ou on avait lavé le trottoir. Et il ne
restait rien. Mais lui, Gobel, il sen moquait. Il recommençait un autre tableau
ailleurs, et il attendait quon lui lance quelques sous.
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Et Tobie
davouer à Élisabeth dont il est en train de faire le portrait, quil ne se
lassait pas de le regarder travailler tous les jours, de le voir réparer, sans se
plaindre et sans récriminer, les dégâts infligés à ses uvres par les passants,
traînant les pieds uniquement pour lembêter. Il reconnaît quil aurait aimé
lui ressembler. Mais justement comment ne pas sapercevoir quen fait le juif
anglais Tobie a une conduite artistique qui ressemble à sy méprendre à celle de
larménien américain Gobel? Ces deux perpétuels exilés ne survivent quen se
déplaçant continuellement, exactement comme Le Clézio lui-même qui doit à la perte de
la maison familiale dEuréka, à lîle Maurice, " dêtre né au
loin ", davoir grandi séparé de [ses] racines, dans ce sentiment
détrangeté, dinappartenance (Voyage à Rodrigues), qui lui aussi ne
peut se déchiffrer que dans le déplacement. Ces deux déracinés ne veulent pas
constituer une uvre en tant que telle. Tobie refuse dexposer et de vendre son
uvre de dessinateur, se contentant de distribuer, au hasard de ses pérégrinations,
ses dessins à ses modèles de passage. Il ne sera jamais connu et reconnu, il demeurera
aussi obscur que Gobel dont pas le moindre tableau ne survivra. Assumant pleinement leur
précarité et leur instabilité existentielles et esthétiques, lun et lautre
semblent bien navoir dautre projet que de signer leur propre disparition.
Destinés à toujours se disperser et se perdre.
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Je pose
quune telle figure de lartiste apatride effaçant son propre travail au fur et
à mesure quil le produit, est on ne peut plus paradigmatique de limaginaire
de Le Clézio qui nen finit pas de varier et de multiplier les formes de
leffacement tout au long de son uvre. Un effacement dont il faut
immédiatement souligner lextrême positivité : comme sil constituait le
comble de la présence. Voyez par exemple Lullaby brûler les lettres de son père. Il ne
sagit nullement dun sacrilège, dune profanation mais au contraire
dun sacrifice, dun acte damour. Dailleurs quand le petit garçon
lui propose denflammer le dessin quil vient de lui offrir, Lullaby lui répond
quelle ne le brûlera que quand elle laimera beaucoup : pour linstant il
ne mérite pas encore lholocauste. Ainsi la combustion des lettres dont les pages
bleues se tordent dans les flammes et dont les mots senfuient à toute allure,
embrase et exalte, fait flamboyer limmense amour quont lun pour
lautre le père et sa fille, le porte à son point dincandescence. Leur
incinération est aussi leur ascension : elles partent, en lumière et en fumée, dans
lair, dans le ciel. Lettres adorées et brûlées : signes dautant plus purs
de lamour que devenues invisibles, effacées par le feu. De même comment va se terminer Le chercheur dor dont
la structure romanesque est entièrement réglée par la question de la trace et de son
effacement, de la marque et de sa disparition ? Par toute une série deffacements
évidemment. Le premier dentre eux intervient lorsquAlexis se décide à
quitter la gorge de Mananava : " À la hâte, je ramasse les quelques objets qui sont ma
trace dans ce monde, ma couverture kaki, mon sac de soldat, et mes outils
dorpailleur, batée, tamis, flacon deau régale. Avec soin, comme Ouma me
la enseigné, jefface mes traces, la marque de mes yeux, jenterre mes
déchets. " Car, on sen souvient, Ouma, la jeune et désirable " manaf " prend
toujours grand soin deffacer toutes les traces de ses activités domestiques. Quand
elle prépare les poissons, après les avoir vidés et avoir jeté les abats aux crabes
(des opérations dailleurs effectuées très rapidement, et en silence), " elle
efface les traces au bord de la rivière avec de leau " [...].
Toute la fin du roman progresse et travaille à
leffacement. Alexis va en effet répéter le geste du Corsaire dont il a pendant si
longtemps recherché le trésor caché. En décidant danéantir tous ses plans, tous
ses relevés topographiques, Alexis assume et justifie lancienne résolution du
Privateer, la reprend à son compte en la redoublant :
Jai sorti de mon sac les papiers du trésor qui
me restent encore, les cartes, les croquis, les cahiers de notes que jai écrits ici
et à Rodrigues, et je les ai brûlés sur la plage. La vague qui passe sur le sable
emporte les cendres. Maintenant, je sais que cest ainsi qua fait le Corsaire
après avoir retiré son trésor des cachettes du ravin, à lAnse aux Anglais. Il a
tout détruit, tout jeté à la mer. Ainsi, un jour, après avoir vécu tant de tueries et
tant de gloires, il est revenu sur ses pas et il a défait ce quil avait créé,
pour être enfin libre.
Au total quest-ce donc que toute lhistoire
du Chercheur dor sinon le récit dune tentative acharnée pour retrouver les
traces de lautre tout en inscrivant les siennes propres, qui va être suivie
dun effacement généralisé ? Convaincu que le Corsaire a caché son or dans une
anse à Rodrigues et quil est possible de découvrir ce fabuleux trésor en
décryptant tout un complexe système de signes, de marques, de dessins, Alexis va
minutieusement arpenter et quadriller la vallée. Tracer des lignes droites et planter des
jalons. Multiplier les sondages. Enfin il finit par découvrir et déblayer deux cavités
dans le ravin, deux cachettes qui semblent avoir été excavées par la main de
lhomme. Elles se révèlent désespérément vides. Il se produit alors un étrange
renversement dans lattitude dAlexis comme sil se sentait désormais
obligé de tout remettre en place, deffacer les traces de sa profanation, en
refermant les cachettes et en réparant les blessures quil a infligées à la nature
de lîle:
De tous côtés, le fond du ravin est marqué par les
coups de pic furieux, et la terre est trouée de cratères que la poussière commence
déjà à emplir. Quand le vent force en ululant à lintérieur du ravin, passe en
rafales violentes en haut de la falaise, de petites avalanches de terre noire coulent à
lintérieur de ces trous, font retentir les cailloux au fond des cachettes. Combien
de temps faudra-t-il pour que la nature referme le puits du Corsaire que jai ainsi
mis au jour ? Je pense à tous ceux qui viendront après moi, dans dix ans peut-être,
dans cent ans, et cest pour eux que je décide alors de reboucher les cachettes.
Évidemment en agissant de la sorte, Alexis semble
dabord vouloir réserver et préserver lavenir, laisser le champ libre, et
comme vierge et intact, à dautres chercheurs qui recommenceront sa quête. Plus
fondamentalement il devient déjà le complice du Corsaire qui lui-même, il y a bien
longtemps, avait défait ce quil avait créé, il devient le complice du premier
effacement. Alexis est déjà en train de comprendre que, pour assurer sa liberté, il
nest rien de plus essentiel que deffacer ses propres traces, que de résorber
ses marques.[...]
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Tout
sefface, il est bien que tout sefface. Et sil y a effectivement un
leitmotiv qui revient constamment dans le journal du Voyage à Rodrigues,
cest incontestablement lusure de la nature. Le Clézio ne cesse de le
répéter : les vents, les pluies, les ardeurs du soleil érodent même les pierres les
moins friables. " Les blocs de basalte ont des formes étranges. Des taches, des marques
de lichen, des cicatrices. Jaime ces pierres de feu, usées par tant de siècles de
vent, de pluies et de lumière. Dans le ravin de lAnse aux Anglais, les roches sont
usées. Les " schistes pourris par le temps comme à Pachacamac " : " la pierre ocre,
rougeâtre " est " tellement séchée par le soleil quelle seffrite comme du
sable ". [...] Le ravin lui-même
sest profondément transformé : " Le temps la changé. Lérosion
la diminué. Comblant peu à peu le fond ". Tout sest affaissé, usé par le
vent et leau. Tant et si bien que la quête de Le Clézio recherchant les traces des
fouilles menées par son grand-père devient aussi vaine et impossible. Aussi chimérique
que les recherches de celui-ci pour retrouver et décrypter les marques du Corsaire. On
aura donc déjà compris que dans ces conditions repasser sur les traces de lautre
revient moins à les retrouver quà les effacer définitivement. De même
quAlexis finit par redoubler et confirmer leffacement opéré par le Corsaire,
Le Clézio répète et entérine cet effacement qui clôt laventure dAlexis en
effaçant par son livre les traces de son grand-père :
[...] je ne suis pas venu à lAnse aux
Anglais pour laisser une trace, même si ces pages que jécris maintenant, ces
cahiers du chercheur dor sont la dernière phase de cette quête (cette enquête)
commencée par mon grand-père il y a plus de quatre-vingts ans. Une trace ? Plutôt
leffacement dune trace. En écrivant cette aventure, en mettant mes mots là
où il a mis ses pas, il me semble que je ne fais quachever ce quil a
commencé, boucler une ronde, cest-à-dire recommencer la possibilité du secret, du
mystère.
Autant deffacements en abyme dont la nature, qui
ne cesse de séroder et de suser pour se renouveler, fournit
limmémorial modèle.
Sans nul doute il sera toujours possible - et personne ne
sen prive - de tenir un très édifiant discours néo-humaniste à propos dune
telle destruction des traces après leur inscription. Voilà un exemplaire passage du
matérialisme de lor et de la richesse à une spiritualité de la nature et de la
beauté. Lor nétait quune vaine illusion et sa folle recherche la pire
des aliénations. Soit ! Mais il nen demeure pas moins quune telle pratique de
leffacement fascine Le Clézio bien au-delà de sa valeur purement humaine et
morale. Prenez même son dernier texte, Le rêve mexicain ou la pensée interrompue.
Incontestablement lécrivain est désespéré et horrifié par un si rapide et si
brutal anéantissement dune civilisation aussi brillante et raffinée. Rien de plus
condamnable que ce silence qui efface en quelques années toute la pensée indigène du
Mexique :
Le silence est immense, terrifiant. Il engloutit le
monde indien entre 1492 et 1550, il le réduit au néant. Ces cultures indigènes,
vivantes, diversifiées, héritières de mythes et de savoirs aussi anciens que
lhistoire de lhomme, en lespace dune génération, sont
condamnées et réduites à une poussière, à une cendre.
Et Le Clézio ne manque pas de sindigner devant
laccomplissement dun tel projet, aussi monstrueux que barbare. Cependant la
rapidité même de leffacement de la civilisation mexicaine ne fait-elle pas
intrinsèquement partie de la fascination quelle exerce sur lui ? La suicidaire
capacité que possèdent les peuples indiens de seffacer aussi brutalement et aussi
radicalement devant lenvahisseur nest pas étrangère à leur prestige.
Dailleurs Le Clézio, dans le dernier chapitre de son livre, ne manque pas de
remarquer quune telle disparition est en quelque sorte prévue et programmée par la
pensée indienne elle-même :
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Lun des
traits les plus étranges de la pensée des anciens Mexicains, cest sans doute
quelle semblait porter en elle-même les éléments de sa propre fin. On sait le
rôle que jouèrent les présages et les prophéties dans la chute des civilisations
amérindiennes à larrivée des premiers Européens. La destruction était prévue,
annoncée, on pourrait même dire attendue dans la plupart des cultures indiennes.
Linterruption de la pensée mexicaine fait partie
delle-même, lui est quasiment consubstantielle. Et de toute évidence Le Clézio se
sent dautant plus indien que la civilisation amérindienne sest tue,
quelle nest plus que la trace dun monde disparu. Maintenant le Mexique
est silencieux, et Le Clézio ne pourra le parler quà la mesure même de son
silence. Dailleurs sil est bien une qualité que lécrivain apprécie
par-dessus tout dans le peuple indien, cest son aptitude à demeurer silencieux. Car
le silence en dit beaucoup plus long que la parole, les mots tus instaurent une
communication infiniment plus authentique et efficace que linanité des
conversations débridées. Encore une fois leffacement, cette fois-ci dans le
domaine proprement linguistique,lemporte sur la profération :
Ce nest pas facile de rendre les mots silencieux.
Ce nest pas facile de soudain éteindre le haut-parleur quon a branché dans
ma gorge, de voiler les lentilles quon a cachées dans mes yeux, de crever les
membranes qui vibrent au fond de mes oreilles. Cest cela que je veux essayer. Les
mots bondissent en moi, ils veulent jaillir de tous les orifices et recouvrir
lespace. Les conquêtes verbales, toutes les petites morsures de fourmi des mots, et
des adjectifs. Quand on a appris à parler, que reste-t-il ? Apprendre à se taire, voilà
(Haï).
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Ne plus parler
pour vraiment sexprimer. Se taire pour retrouver la communication. Rien de plus
constant chez Le Clézio quune telle fascination pour les pouvoirs dun silence
actif " qui nest pas mutisme, qui nest pas contemplation inactive ", mais
qui tout au contraire est " interprétation possible de plusieurs langages, écoute de
plusieurs voix " : ce silence représente la connaissance dautres langues
permettant dentrer en communication avec la nature, avec les oiseaux, les plantes,
les arbres et les rivières. Avec la terre et le soleil. De sorte que ne cesse dinsister chez Le Clézio ce projet littéraire
pour le moins paradoxal : accumuler les mots, les lignes décriture, les livres pour
enfin retrouver les essentielles vertus du silence primordial. Écrire afin
darrêter linutile bavardage des mots, écrire en vue dun silence qui
rétablirait la communication. Car il nest bien sûr de véritable efficacité que
dans leffacement, même en ce qui concerne la littérature dont tout le bruissement
linguistique est une façon dopérer le gommage des mots. Encore et toujours des
mots pour quenfin ils se taisent. [...]
Une uvre qui concerte son autodestruction, qui
travaille à son effacement puisquaussi bien elle ne cesse de se méfier du langage
: " Même lorsque je condamne le langage je me sers des mots et je suis obligé de passer
par cette voie que sont les mots. Dans les mots il y a tout de même la condamnation du
langage. Les mots portent en eux leur propre destruction " (Conversations avec J.M.G.
Le Clézio). Peut-être cette extrême défiance à légard des mots
constitue-t-elle la tache aveugle de toute lentreprise littéraire de Le Clézio
puisque lécrivain naccumule les mots que pour mieux constater leur relative
impuissance.
Mais pourquoi une telle valorisation de
leffacement ? Pour commencer à lexpliquer, il faut probablement rappeler
quune des pires terreurs qui obsèdent limaginaire de Le Clézio semble bien
nêtre autre que la crainte des microbes, que lhorreur de la prolifération
des micro-organismes infestant et dévastant tout. [...]
À lhorreur dun monde constamment menacé par
la décomposition (tel que le voit et léprouve, par exemple, François Besson dans Le
Déluge), miné par une sorte de cancer généralisé multipliant follement ses
cellules, Le Clézio va opposer la grande inaction du monde minéral. Nul hasard si pour
nous parler de la beauté réelle dans LInconnu sur la terre, il choisit la
montagne, les roches : la perfection est le plus souvent chez Le Clézio du côté du
minéral qui ne saltère pas, qui ne se corrompt pas. [...]
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Si le désert
fascine autant J.M.G. Le Clézio, cest quil représente, presque par
définition, le lieu du plus parfait effacement imaginable, et donc de la pureté. Rien de
plus significatif à cet égard, et de plus superbe, que le tout début de Désert
où lapparition des " hommes bleus ", au sommet des dunes de sable, va en
réalité décliner tous les modes possibles de la disparition. Une apparition pour le
moins paradoxale puisquelle na de cesse quelle nait fait
disparaître ses fantomatiques protagonistes. Les " hommes bleus " apparaissent à
lorée de la fiction, mais " comme dans un rêve", mais " à demi cachés par la
brume de sable ", mais avec " leurs visages masqués par le voile bleu ". Ils
progressent dans une direction précise, mais " en suivant la piste presque invisible ",
en cheminant " sur des traces invisibles ". Leur apparition nest en fait
quun processus dévanescence. Quant aux femmes qui ont rabattu la toile bleue
sur leurs yeux pour se protéger du sable, elles ne sont plus que des silhouettes. Et de
toute façon tous et toutes demeurent muets, marchent sans bruit. Puisquaussi bien
le vent, un des grands purificateurs dans la cosmologie de Le Clézio, sempresse
demporter les bruits et les odeurs. Dailleurs sont-ils vraiment présents tous
ces nomades du désert? Leur présence équivaut à une absence : " Il ny avait
rien dautre sur la terre, rien, ni personne. Ils étaient nés du désert, aucun
autre chemin ne pouvait les conduire. Ils ne disaient rien. Ils ne voulaient rien. Le vent
passait sur eux, à travers eux, comme sil ny avait personne sur les dunes. "
Le vent, encore et toujours le vent qui efface aussi le guide et ses dromadaires : " Le
bruit rauque des respirations se mêlait au vent, disparaissait aussitôt dans les creux
des dunes, vers le sud. " Alors on ne sétonnera pas si à la fin de la journée
les nomades, se couchant, retournent dans ce néant dont ils nétaient jamais
vraiment sortis : " [...] les femmes et les enfants dormaient sous la tente, et les
hommes se couchaient dans leurs manteaux, autour du feu éteint. Ils disparaissaient sur
létendue de sable et de pierre, invisibles, tandis que le ciel noir resplendissait
encore davantage. " Oui, ils appartiennent vraiment à " un pays hors du temps, loin de
lhistoire des hommes peut-être, un pays où plus rien ne pouvait apparaître ou
mourir, comme sil était déjà séparé des autres pays, au sommet de
lexistence terrestre. " Ils sont absorbés et résorbés par le désert, cette
immense contrée anonyme où tout sefface : " Cétait comme sil
ny avait pas de noms, ici, comme sil ny avait pas de paroles. Le désert
lavait tout dans son vent, effaçait tout. " |
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