| On croit
tout savoir sur J.M.G. Le CLézio...
Ecrivain de renom, consacré
très tôt par le Renaudot. Auteur « facile » dont
l'œuvre se compose de récits de voyage dans des contrées
exotiques. Auteur à succès, statut suspect aux yeux de certains
spécialistes...
Le public, en tout cas, lui fait
fête. (A la revue Lire, il déclarait se réjouir de
pouvoir vivre de sa plume). Quelques lecteurs assidus ont accepté
de se mettre à table, pour nous livrer le plaisir personnel qu'ils
prennent à lire Le Clézio.
Le dossier abordera l'œuvre de cet
auteur, qui est en réalité d'une étonnante diversité,
par son versant le plus connu : les récits. De longs romans tout
d'abord, riches d'aventures, de paysages à faire rêver. M.
Borgomano nous révèle comment, de Désert à
La Quarantaine, la technique narrative, sous une apparente facilité,
s'est enrichie. Elle démêle pour nous les voix entrecroisées
des narrateurs, de plus en plus nombreux à chaque livre, échos
de récits transmis de génération en génération,
grâce auxquels on remonte le cours du temps. Par ces voix alternées,
dans Etoile errante, les deux héroïnes - Esther et Nejma
- établissent un dialogue dont les privent les errances de la vie
réelle. Ce roman s'enracine dans l'Histoire de notre siècle,
avec ses convois de « déplacés ».
Brèves nouvelles aussi, aux
héros - enfants ou adolescents - entraînés dans la
ronde infernale du manège des grandes villes et des machines. Nul
espoir pour eux d'entamer l'indifférence des adultes, sauf si un
fait divers les jette en pâture aux médias. Le recueil le
plus connu est La Ronde et autres faits divers. F. Evrard s'est
intéressé à l'ensemble du recueil, et à l'éthique
qui s'élabore à partir des onze faits divers. La première
nouvelle : La Ronde, qui s'achève dans le sang pour Martine
et Titi, est à la fois, comme le montre J. Jordy, une tragédie
et un récit d'initiation, dans la jungle des villes. Il est une
ville qui sert de cadre à de nombreux textes de Le Clézio
: Nice, où l'écrivain vécut son enfance et que, pourtant,
il dit ne pas aimer. Souvent présente, et rarement nommée
: voilà qui a intrigué Y. Auriac, qui mène l'enquête
sur la « ville au bord de la mer »...
Cette facette narrative de l'œuvre
ne doit pas occulter les autres livres de Le Clézio, nombreux et
variés. Le Clézio, lecteur fervent de Michaux, est l'auteur
de plusieurs recueils poétiques à l'étrangeté
fascinante. D. Puech nous initie au périple poétique de Vers
les icebergs, quête de dépouillement et de pureté
aimantée par les régions polaires, voyage tout symbolique.
Pour clore cette première partie du dossier, A. Buisine montre que
c'est toute l'oeuvre de Le Clézio, par ses thèmes et sa stylistique,
qui est sous le signe du dépouillement, de l'« effacement
». Mise au point utile et convaincante au sujet d'un auteur parfois
accusé de trop cultiver la métaphore...
Lire Le Clézio pour faire
lire Le Clézio.
Pas question de priver collégiens
et lycéens du plaisir de découvrir un auteur « classique
» et de leur temps, qui écrit des récits stimulants,
à la simplicité trompeuse ! Ni de se priver du plaisir de
partager avec eux la révélation des secrets qui ne se livrent
pas d'emblée.
C. Dupuy (se fondant sur la position
avantageuse de notre auteur au « hit parade » de l'épreuve
de dictée du Brevet des collèges) invite à dépasser
le charme secret des pièges orthographiques pour faire gôuter
celui du cerf-volant (serf volant ?).
Un des romans est d'un abord facile
pour des élèves, de la Troisième à la Première
: Onitsha, paru en 1991. Une séquence de travaux autonomes
en groupe, associés à quelques lectures méthodiques,
sur ce roman qui conduit le jeune Fintan à la rencontre de son père
et de l'Afrique, est proposée par A. Millat.
Les récits de Le Clézio
- lui-même illustrateur à ses heures, dans Sirandanes
notamment - sont fréquemment réédités. La comparaison
des illustrations des trois couvertures du Chercheur d'or (édition
Folio) a inspiré à G. Soler un travail de lecture de l'image
qui amorcera, par les hypothèses qu'il génère, une
lecture du livre lui-même.
Enfin, pour découvrir encore
un autre Le Clézio auteur de textes d'idées, le dossier s'achèvera
par un travail sur l'argumentation, de C. Jorgensen. Le texte qui en est
le support est une des dernières pages du Rêve mexicain.
C'est à dessein que nous achevons ce dossier sur un texte évoquant
le Mexique - patrie de l'auteur par le coeur - et sur une invitation à
la réflexion critique, dans la lignée de Montaigne...
Tout compte fait, l'œuvre de Le
Clézio réserve au lecteur bien des surprises. Le voyage,
qui en est le fil conducteur, est celui de Le Clézio lui-même
en quête d'un rapport plus vrai de l'homme au monde, et de l'écrivain
au langage.
Anne MILLAT
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