Humeur
Candide candidat, ou : les programmes de baccalauréat comme remède à la crise du livre et de l’édition en France.
Anne Millat

Les éditions de Candide, et surtout les publications autour de Candide, prolifèrent cet automne comme les champignons sur les rayons de nos librairies.

Le scrupuleux professeur, et le lycéen inquiet, n’ont plus qu’à faire leur marché.

Et voilà le conte de Voltaire, léger, nerveux, écrasé par la masse des savants commentaires et analyses (de qualité très inégale, parfois purement alimentaires…), envahi par une profusion de notes, de références, et par l’appareil pédagogique que suscite son élection au baccalauréat !

Or, quel professeur, sur une œuvre aussi classique, a vraiment besoin de lire toute cette glose (pan-glose ?) pour bâtir une étude sérieuse, dégageant l’essentiel ? Oserons-nous même choisir un autre conte, sans désavantager nos élèves ?

Et le candidat ? Candide, il fait confiance aux commentateurs, qui pour lui font autorité. Ne tirera-t-il pas plus de profit – et de plaisir… – à lire et relire le conte, à se réjouir de la verve incisive de Voltaire, à se laisser prendre à la fantaisie rocambolesque du récit ?

Le livre ne porterait-il pas par lui-même son sens, ne parlerait-il pas par lui-même ? Ce conte serait-il écrit pour des érudits, des initiés ?

Avions-nous mal compris ? L’objectif n’est-il pas de se poser des questions et de chercher les réponses dans le texte, d’élaborer collectivement, et personnellement, une lecture ? C’était sans doute de notre part trop de naïveté…

Réjouissons-nous pourtant ! Nous avons échappé au film de rentrée, adaptation cinématographique de Candide, à consommer en matinée scolaire. A un tarif promotionnel, bien entendu…Salut !