| On trouvera ci-dessous
la suite du compte rendu de louvrage cité en titre.
I : La culture disciplinaire dans la représentation des
enseignants.
II : La culture littéraire à travers les Instructions
Officielles et les avant-propos des manuels.
Un certain nombre de réflexions sur lépreuve
anticipée de français appartiennent désormais pleinement à lhistoire, du fait de
la transformation, à compter de lannée scolaire 1995, de lépreuve :
III : La culture littéraire à travers les libellés des
épreuves écrites au baccalauréat.
Le corpus des libellés accompagnant les trois types de
sujet présente lintérêt de se situer à la fois comme la mise en uvre des
textes officiels et comme la projection des pratiques scolaires : lévaluation
terminale est censée sanctionner les résultats de lenseignement dans ce quil
a de plus institutionnel.
| LES SUJETS DE COMPOSITION FRANÇAISE |
(Dans les séries A.B.S.E.-lettres en usage à l'époque
étudiée - le troisième sujet portait sur la littérature en général, sans un
programme d'oeuvres précis).
Le troisième sujet fait appel selon les Instructions
Officielles à la " culture littéraire personnelle du candidat " et le premier critère
dévaluation cité est " la qualité et la richesse de la culture personnelle ".
Lobservation dun corpus de 67 sujets, de 1987 à
1992, permet donc une approche significative de ce quon entend par " culture
littéraire " au lycée.
Un genre formalisé :
Le libellé du sujet de CF se caractérise par sa forme
courte, interrogative et injonctive, construite autour dune citation brève.
Domaine de réflexion, champ des
problématiques :
Dans le corpus étudié, les sujets centrés sur les genres
ne représentent quun quart du corps. Le reste sorganise autour dune
réflexion large sur la littérature : sujets centrés sur lécrivain,
luvre ou le lecteur. Ces deux derniers types sont prédominants : plus que sur
les intentions ou les cheminements intimes dun créateur, le candidat doit
sinterroger sur le statut et les fonctions possibles de luvre
littéraire (rapport avec le réel, avec son époque, avec la morale, la culture...).
Champ des savoirs :
savoirs requis : " le troisième sujet demande au
candidat de réfléchir et de sexprimer à propos de ce quil a lu " : la
référence aux travaux scolaires est exceptionnelle :
savoirs de référence : lusage dominant est de
prendre les citations chez des auteurs contemporains comme pour éviter la perspective de
lhistoire littéraire ; il ne sagit pas de situer une parole dans un contexte
historique différent mais dengager le dialogue avec des interlocuteurs proches, de
considérer la création et les uvres dans leur permanence (le temps dominant des
citations est le présent de vérité générale). On peut ici remarquer un hiatus avec
lune des premières recommandations de létude des textes : "
léclairage historique ".
Compétences requises :
La CF doit permettre lexercice du jugement, de
lesprit critique mais sans aller jusquau scepticisme radical : le candidat
doit répondre à la question posée et sengager intellectuellement car
lambition de lenseignement des lettres vise, au-delà de lacquisition de
quelques compétences techniciennes, à la formation dun esprit humaniste, au
développement de la personnalité de lindividu, de lhomme et du citoyen.
En conclusion, si lon peut observer une large
concordance entre les objectifs officiels et limage de la culture disciplinaire dans
le corpus des sujets, un écart existe entre les sujets posés et le travail effectif des
classes tel quil est défini par les textes officiels. Tension entre la culture
scolaire et la culture personnelle, entre ce qui ne doit pas être trop historiquement
déterminé (héritage de lhumanisme) et ce qui doit aussi avoir un sens
particulièrement fort pour un lecteur daujourdhui, entre des jugements
dordre esthétique et des jugements dordre éthique (relation au goût, au
plaisir...).
(Il s'agit de la seconde partie du premier sujet : après
un résumé de texte un discussion était demandée à l'élève.)
Lexercice sapparente à la CF du point de vue
technique et sen écarte par son contenu qui porte essentiellement sur le réel et
non sur sa représentation littéraire. Il peut se révéler utile pour déterminer les
frontières de la culture disciplinaire.
Règles du genre :
Réflexion structurée, argumentée, développant une prise
de position personnelle, la discussion mobilise des compétences et des savoirs-faire
comparables à ceux exigés par la CF.
Discussion et enseignement
littéraire :
Peu de sujets demandent au candidat de tirer parti de ses
lectures. Ceci est évidemment lié au caractère alittéraire de ce type de sujet, qui
suit un texte dénotatif. Limmense majorité des sujets traduit une rupture
délibérée avec une conception stricte de la culture disciplinaire, répondant plutôt
à lobjectif de préparer à " la vie dhomme et de citoyen ", " à la
réalité de la vie sociale, politique et civique ". Doù des thèmes récurrents :
la jeunesse, lécole, les loisirs, les voyages...
Un exercice qui pose la question de
lidentité et de la discipline :
La grande diversité des sujets de discussion les rend en
pratique imprévisibles et les problèmes quils soulèvent se trouvent
généralement en dehors du champ spécifique des cours de français, déterminé par les
programmes et visibles dans les listes doral.
| LES SUJETS DU COMMENTAIRE COMPOSE |
Lanalyse a porté sur un corpus de 550 libellés,
de 1973 à 1992.
Nature et description des libellés
:
Cest sans surprise que lon constate un schéma
invariant en trois temps :
Le premier concerne le type de devoir (rappel des
consignes de base).
Le second comporte des conseils méthodologiques en
rapport avec certaines entrées de lecture méthodique, et très modalisés : " Vous
pourrez notamment étudier par quels procédés rhétoriques... ".
Le troisième est consacré au sens du texte, dont on
propose déjà une interprétation générale assez vague, et au processus de création de
lauteur : " ... comment lauteur suggère leffacement progressif du
monde ". Par là, le libellé induit un sens et lintroduction de la lecture
méthodique depuis 1988 na pas modifié cet état de fait.
Les outils danalyse
privilégiés par les libellés :
Lanalyse statistique fait apparaître la récurrence
importante des termes : images, rythme, description, ton, auteur. Analyser un texte selon
les libellés cest donc, de façon prédominante, en repérer le ton, les images et
les rythmes (le tout souvent englobés en des termes génériques moins précis :moyens,
procédés décriture...). Les auteurs de lanalyse font lhypothèse que
cette prédominance révèle la prégnance de lélocution (rhétorique
traditionnelle) dune part, dautre part dune conception de la
littérature comme résultat dun processus de transfiguration. La référence
systématique à lauteur induit que les formes littéraires ne se suffisent pas à
elles-mêmes, dans leur clôture propre, mais sont conçues comme une transition entre une
intentionnalité de lécrivain et un lecteur qui devra décoder le texte pour
retrouver cette intention préalable.
Le libellé du commentaire composé fonctionne sur deux
postulats antithétiques : il affirme que lauteur parvient à signifier grâce à
des moyens choisis a posteriori mais il demande au candidat de ne pas séparer
létude de la forme de celle du fond. Il sécarte de lesprit de la
lecture méthodique qui propose dexplorer les " entrées " pour valider des
hypothèses de sens élaborées par le lecteur. Il est ainsi au croisement des deux axes
de la culture disciplinaire qui sous-tendent les Instructions officielles : ils
sollicitent des méthodes de lecture mais pour servir in fine un système de
valeurs humanistes.
La description dans le commentaire
composé :
Linterprétation de la description est requise sur
deux plans : sa visée référentielle, puis les connotations (vision du monde,
symbole...) : on passe dune représentation triviale du réel à une vision
sublimée par lartiste. Il sagit là dune conception datée de la
description " expressive ", surdéterminée par un regard (de lauteur, dun
personnage) et qui se manifeste par exemple dans les " paysage-états dâme ".
Cette conception serait à associer à une conception individualiste, " bourgeoise ", du
sujet, corrélée à la notion de " génie " (talent, tempérament) et à la
consécration de limagination.
Le choix de la description semble répondre à deux
exigences de la discipline :
parler du monde mais pour parler de lhomme
(retrouver lanthropos derrière le cosmos),
choisir des textes facilement prélevables où
lon pourra repérer le travail esthétique sur la langue qui transforme le monde en
tableau.
Aucun libellé en revanche ninvite à rechercher les
fonctions mathésiques (transmission dun savoir), mimésique (inscription de
lhistoire dans lespace et le temps), sémiosique (modes dinsertion de la
description dans le récit), ni la conception moderne de la " description productive "
(Nouveau Roman) qui peut révéler lartifice langagier, enrayer lillusion
référentielle, révéler les procédés de création à partir de la matérialité du
signifiant (par exemple, Les lieux-dits de Ricardou).
Le succès du mot " image " participe de la même
conception transfigurative de la littérature : limage est à la fois moyen et
signal du passage dune représentation non littéraire à une représentation
supérieure, littéraire.
Thèmes et Topoï :
Les termes qui reviennent le plus souvent sont : amour (40),
nature (36), vision (35), monde (24), Homme (19), temps (16), enfance (16)... Comment
sont-ils connotés, à quoi sont-ils associés ?
Amour est connoté positivement (bonheur) et négativement
(malheur), associé aux thèmes du temps et de la nature. Plusieurs libellés invitent le
candidat à réfléchir sur le renouvellement du topos qui nest cependant presque
jamais signalé comme tel.
Monde : utilisé avec des connotations
démerveillement ou traduisant une vision démiurgique de lauteur et de
luvre.
Temps fait lobjet dassociations inchangées
depuis Ronsard (nature, amour, mort) et souvent reprises en listes doral.
En conclusion de cette étude des libellés,
on retiendra surtout que la culture disciplinaire qui sy dessine est largement
tributaire du modèle humaniste traditionnel alors que les Instructions Officielles
mettent laccent sur les méthodes, les savoirs et les savoirs-faire. La part de la
discipline quant à la transmission de savoirs spécifiques peut apparaître réduite à
lapprentissage continué de la correction linguistique et de techniques
rhétoriques. Prendre position à brûle-pourpoint sur la notion daventure ou sur le
personnage romanesque implique, si lon veut évaluer autre chose que des idées
reçues, la prise en compte de problèmes complexes qui ne saurait être laissée à la
seule initiative des candidats. |