| Ce colloque qui réunissait
des didacticiens de tout le monde francophone et qui a fait intervenir des philosophes,
des sociologues, des historiens intéressés par lacquisition du langage, a tenté
de répondre à deux questions :
quappelle-t-on métalangage ou métalangue ?
en quoi lacquisition du métalangage et son
utilisation, en tant quactivité de métacognition, favorisent-elles
lapprentissage de la langue ?
Les métalangages
Selon Bouchard, la question des
métalangages se pose depuis les années 70 avec lintroduction des nomenclatures. Le
sens est alors celui de terminologie.
C. Vargas fait lhistorique des nomenclatures en usage
dans le premier degré depuis 1959 et dans le second degré depuis 1975 et le va-et-vient
entre des appellations de forme (complément direct, indirect) et appellations de sens
(complément dobjet, de circonstance). La transposition didactique a fait une double
opération, de didactisation en sélectionnant les savoirs à enseigner,
daxiologisation en répondant à la question : à quoi doit servir la grammaire, à
parler de la langue, à lire, ou à écrire ? mais elle na pas tenu compte de
lenfant qui a un rapport dabord pragmatique et sémantique au langage, et qui
a des difficultés à accéder à un rapport formel.
Actuellement, le terme est devenu plus scientifique, il fait
partie des capacités métacognitives, cest un outil de prise de conscience des
activités de métacognition appliquées au langage.
Il coïncide en outre avec lavènement de la
didactique et la création des IUFM, et lapparition de genres scolaires nouveaux, la
lecture méthodique par exemple, qui suscitent de nouveaux métalangages.
La question qui se pose maintenant est donc : les
métalangages sont-ils des outils dapprentissage nouveaux ?
Selon J.L. Chiss, ils participent de deux
attitudes :
soit on classe, cest lattitude
descriptive, et le métalangage linguistique garantit la scientificité du discours du
maître, il donne de la dignité à des activités banales comme la prise de notes, mais
il peut aussi aider les élèves à corriger leurs erreurs ;
soit on explique, cest lattitude
fonctionnaliste et le métalangage socialise les objets du discours. Il doit être minimal
sinon il contribue à exclure les élèves qui le rejettent.
On perçoit ces difficultés au niveau de la terminologie
grammaticale, qui implique théorie de la langue et préoccupations pédagogiques :
jusquoù aller dans la typologisation ? La fonction métalinguistique est cependant
une activité spécifique de la classe de français en ce quelle explique les
contenus à transmettre, lattribut par exemple. Mais le paradoxe qui ajoute à la
difficulté est que dans la classification des parties du discours sinscrit
lhistoire de la discipline ; ainsi, pourquoi passer de la notion de style direct à
celle de discours rapporté ? Parce que à laspect morpho-syntaxique se sont
ajoutées lénonciation et la prise en compte des univers mentaux : il y a une
stratification des métalangages scolaires.
Selon A. Pagès, on assiste à
linstitutionnalisation des métalangages par le biais des épreuves didactiques des
CAPES où sesquisse une forme de didactique restrictive avec trois couches de
métalangage :
un ensemble de savoirs académiques,
des notions des sciences de léducation,
programmation didactique et pédagogique, évaluation,
des dénominations par lécole de ses propres
exercices, anciennes comme la dissertation, ou mots cadres qui désignent des pratiques
pédagogiques nouvelles : lecture méthodique, groupement de textes.
Métalangages et métacognition
Le concept de métacognition est apparu dans
lenseignement, quil a contribué à revaloriser, depuis une vingtaine
dannées et est issu de la psychologie cognitive. Il offre des modèles pour le
repérage et la remédiation des difficultés et donc pour guider les didacticiens.
Le sens a évolué : de la connaissance qua le
sujet de son propre développement cognitif (début 70), on est passé à tous les
mécanismes de régulation du développement cognitif, mécanismes de pilotage de la
pensée (la planification par exemple) en situation-problème.
Le métalangage est donc un domaine de la métacognition,
qui concerne le langage. Il englobe les activités de réflexion et de connaissance sur le
langage et son utilisation, et aussi les capacités du sujet à contrôler et à planifier
ses processus linguistiques.
Quelles sont les incidences pour la formation ?
Cela permet aux enseignants :
de connaître les connaissances que les élèves
ont construites sur le langage et son utilisation, par exemple quelle grammaire ils se
sont forgée,
de voir comment ils fonctionnent par rapport au
métalangage,
de percevoir la diversité de leurs stratégies
lorsquils sont en situation dapprentissage,
et par là, de développer les processus
métalangagiers du professeur et ses capacités dintervention métacognitive ou
métalangagière. Celui-ci doit en effet être capable de faire mieux comprendre aux
élèves le métalangage quils ont construit et daccroître les mécanismes de
contrôle et de pilotage de leur pensée.
Les activités métalangagières :
Lacquisition dun métalangage nest donc
pas une fin en soi, mais il est nécessaire pour ces activités métacognitives qui sont
intéressantes pour lapprentissage.
Comment les observer ?
dans les commentaires à haute voix du scripteur : en
mettant deux scripteurs ensemble devant un problème et en analysant les négociations
concernant les procédures de résolution choisies,
dans les activités de reformulation paraphrastique.
Quelle efficacité présentent-elles ? les négociations
autour dune tâche aident à trouver des procédures de résolution surtout au
moment de la planification, mais il ny a pas dactivités métalinguistiques au
niveau morpho-syntaxique.
Comment les susciter ? en proposant par exemple des grilles
dobservation qui seront des supports de négociation entre professeur et élèves et
qui provoqueront lutilisation dun métalangage. Celui-ci permet la
transparence du contact didactique.
Les questions quont fait naître les différentes
interventions demeurent celles de la pertinence des métalangages multiples véhiculés
par lécole et de leur utilité pour la classe de français. Si le métalangage
fonctionne comme une légitimation sociale du langage, il nen pose pas moins le
même problème que les autres discours, celui de son apprentissage.
Parallèlement à ces conférences ou tables rondes ont
fonctionné des ateliers dans lesquels étaient exposées des recherches en cours sur
l'acquisition et lefficacité du métalangage dans les diverses activités du cours
de français. En voici un à titre dillustration.
M. Noverraz et G. Schöni (Service enseignement
secondaire, Lausanne, Suisse)
" Subordonnée adjointe " : monstre didactique ou concept
opératoire ? Analyse dune problématique didactique et présentation dun
choix effectué dans le Canton de Vaud.
A partir du corpus ci-joint, les intervenants ont exposé
leurs choix didactiques.
Le métalangage intervient dans les activités de
structuration de la langue, ici pour nommer et faire acquérir la différence de
fonctionnement entre les deux types de subordonnées, dont celles introduites par " parce
" que et par " puisque ".
" SUBORDONNEE ADJOINTE
" : MONSTRE DIDACTIQUE OU CONCEPT OPERATOIRE ?
Subordonnée
enchâssée et subordonnée adjointe
Analyse dune problématique
didactique et présentation dun choix effectuédans le Canton de Vaud (M. Noverraz, G. Schöni)
A. Subordonnée enchâssée complément de phrase
(un seul acte de parole) (1)
Marc est sorti quand Jeanne est arrivée.
Marc est sorti parce que Jeanne est arrivée.
Marc est sorti pour accueillir Jeanne.
B. Subordonnée adjointe (deux actes
de parole)
Puisque Marc est parti, Yves
restera avec Jeanne. justificative
Bien que Marc soit parti, Yves est resté.
concessive
Si Marc part, tu accueilleras Jeanne.
hypothétique
(1) Acte de parole :
définition proposée par D. Maingueneau : Eléments de linguistique pour le texte
littéraire, Dunod, 1993. Chaque énonciation accomplit un acte qui
modifie les relations entre les interlocuteurs ( assertion, promesse, ordre, etc.) et on
parle à ce propos dactes ".illocutoires ", dactes de " langage " ou
encore dactes " de discours ".
Tests pour A
Réponse à une question :
| Quand Marc est-il sorti ? |
Marc est sorti quand Jeanne est arrivée |
| Pourquoi Marc est-il sorti ? |
Marc est sorti parce que Jeanne est
arrivée |
| Pourquoi Marc est-il sorti ? |
Marc est sorti pour accueillir Jeanne |
Cest... que
- Cest quand Jeanne est arrivée que Marc est
sorti.
Cest parce que Jeanne est arrivée que Marc est
sorti.
Cest pour accueillir Jeanne que Marc est sorti.
Portée de la question totale
- Est-ce quand Jeanne est arrivée que Marc est sorti ?
Portée de la négation
- Marc nest pas sorti parce que Jeanne est arrivée
(mais parce quil avait trop chaud).
Restriction
- Marc nest sorti que pour accueillir Jeanne.
Mêmes tests pour B
Réponse à une question :
- Pourquoi Yves restera-t-il avec Jeanne ?
* Puisque Marc est parti.
Cest... que
- * Cest puisque Marc est parti quYves
restera avec Jeanne.
Portée de la question totale
- Est-ce que Yves restera avec Jeanne puisque Marc
est parti ?
Portée de la négation
- Yves ne restera pas avec Jeanne, puisque Marc
est parti.
Restriction
- * Yves ne restera avec Jeanne que puisque Marc
est parti.
Comparaison avec dautres
langues
Langue |
Subordonnée adjointe
justificative |
Subordonnée
enchâssée complément de phrase |
| français |
puisque |
parce que |
| allemand |
da |
weil |
| anglais |
as |
because |
| italien |
poiché |
perché |
| latin |
cum |
quod, quia |
|