La rénovation des programmes de Sixième a fait lobjet dune Université
dété sur le thème " lenseignement du français : un recentrage sur
lessentiel " qui sest tenue à Clermont-Ferrand du 29 août au 1er septembre,
en présence notamment dAlain Boissinot, directeur des lycées et collèges, et de
B. Combettes. Le présent article est une synthèse du projet de programme paru au BO et
du témoignage dune participante à lUniversité dété.
DU COLLEGE POUR TOUS AU COLLEGE
POUR CHACUN
La mission du collège est définie par trois grands
objectifs :
faire acquérir des savoirs et des méthodes
contribuer à lacquisition dune culture
diversifiée
favoriser lintégration sociale.
En continuité avec lécole élémentaire, deux
priorités se dégagent :
la maîtrise de la langue française
léducation à la citoyenneté.
(voir BO 48 du 28 déc. 95)
LENSEIGNEMENT DU FRANCAIS : LAFFAIRE
DE TOUS
Dans lesprit du projet de réforme, il sagit
moins du travail individuel dun enseignant - le professeur de lettres - envers un
groupe délèves, que du travail collectif des professeurs en fonction des
compétences de chaque individu. Les textes insistent bien sur linterdisciplinarité
et présentent lenseignement de la langue française comme commun à toutes les
matières ; chaque enseignant étant aussi, voire dabord, professeur de langue
française.
LA SIXIEME, UNE CLASSE A PART
Elle est définie comme une classe dobservation et
dadaptation à lenseignement secondaire. Elle constitue le premier cycle de la
scolarité secondaire, sorte de " sas " avant les classes de Cinquième et de
Quatrième.
Trois points sont mis en exergue :
consolidation des apprentissages de lécole
élémentaire
acquisition progressive de notions nouvelles
développement de démarches intellectuelles et de
méthodes de travail.
On insiste sur le dispositif de consolidation en vue
dune remise à niveau, notamment grâce aux possibilités offertes par
lhoraire de français, porté à six heures professeur et cinq heures élève, soit
quatre heures en classe entière et une heure en groupe réduit ou cinq heures et deux
fois une demi-heure,
Par le biais de ces regroupements, une grande latitude est
laissée au maître pour quil adapte son enseignement aux besoins des élèves
quil a en face de lui.
Est cependant défini un seuil incompressible de
compétences minimales à acquérir (cf. annexes). Un long cheminement didactique, après
le début des années 60 entre les Anciens et les Modernes, permet de dresser
aujourdhui une nouvelle identité disciplinaire construite autour dune "
rhétorique moderne " qui intègre à lhéritage culturel les apports de la
linguistique pragmatique, lénonciation et la grammaire de textes. Cette rhétorique
contemporaine, consciente de la non connivence culturelle entre les professeurs et les
élèves (nourris daudiovisuel et de littérature de jeunesse) cherche à définir
explicitement un art du discours en délivrant des outils pour lanalyse et la
production des discours.
Les textes littéraires occupent certes toujours une
grande place dans lenseignement du français. Mais le clivage entre létude de
la langue et celle du texte peut être dépassé si on situe lenseignement dans le
cadre du discours (qui parle à qui et pour produire quels effets de sens, grâce à
quelles formes linguistiques ?).
GRAMMAIRE DE TEXTE, GRAMMAIRE
DE PHRASE
On peut partir du constat que lélève-écrivain se
trouve confronté à deux difficultés majeures lors de ses productions :
produire des textes cohérents au niveau de la
macrostructure (organisation chronologique du récit, cohérence spatiotemporelle)
et des textes corrects au niveau de la microstructure
(phrase).
Par exemple, les règles du subjonctif ne nécessitent
pas un recours à la grammaire de texte, mais lénonciation, la valeur des temps
peuvent difficilement être étudiés hors des supports textuels où ils produisent du
sens.
CONNAISSANCE ACTIVE, CONNAISSANCE
PASSIVE
Il est défini deux stades dans la saisie des notions
nouvelles à faire acquérir :
celui de la connaissance passive au cours duquel
lélève sera en mesure de reconnaître et de comprendre ce qui est présenté,
celui de la connaissance active correspondant à
lassimilation et à la production au niveau des savoir-faire.
Par exemple le texte argumentatif pourrait donner lieu à
un " repérage " en 6e (sans aboutir forcément à une production).
CONTENUS ET PROGRESSION
Chaque année, au vu des résultats des tests de sa
classe, lenseignant devra établir une progression qui abordera les points du
programme en accord avec ce quil aura constaté quant aux acquis et aux carences ;
il jugera des consolidations à effectuer dans le cadre des objectifs fixés par les
textes.
QUELQUES INTERROGATIONS
Les textes sont abordés dans les nouveaux programmes
sous langle de la typologie. Une entrée par la linguistique textuelle
(énonciation, substituts...) qui aborderait les discours du côté des tâches et des
problèmes décriture inciterait à utiliser les éléments de cohérence textuelle
pour créer des écrits rentrant alors dans le cadre dune typologie.
La page 11 du projet de programme pose des problèmes
pédagogiques : la disposition en rubriques semble induire une progression chronologique
sur lannée scolaire.
Quy a-t-il de bien neuf dans les textes ? Les grands
objectifs restent les mêmes, peut-être un peu mieux précisés. Lentrée
officielle de la littérature de jeunesse (notion floue dailleurs) ne fait
quavaliser des pratiques déjà répandues. Létude dune uvre
complète de lAntiquité semble peu réaliste, et réduire létude du texte
théâtral à des extraits, au maximum à une courte pièce, ne tient guère compte du
goût des élèves pour le jeu dramatique. Enfin la nomenclature grammaticale ne
bénéficie guère du toilettage souhaité par beaucoup (cf. dans le numéro 30 de la
revue, larticle de M. Bilger). Lappellation " complément dobjet
premier " (regroupant COD et COI) risque de poser problème pour les règles
daccord du participe passé...
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