| (2) Sous la direction de
Robert Bonaccorsi, G.J. Arnaud, 31 ans de Roman populaire (biographie littéraire,
confidences dauteur, bibliographie complète, et excellentes illustrations
empruntées aux couvertures de Michel Gourdon) édité à la Seyne-sur-Mer en 1983. |
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G.J. Arnaud se définit
lui-même volontiers comme " un fonctionnaire de lécriture ". Il le dit sans
aucune mauvaise conscience, bien au contraire. Pour composer ses récits, il sappuie
sur une documentation ancrée dans les réalités sociales. Son écriture est exacte,
concise : du style qui, sans se faire remarquer, est en fait très élaboré... " Un
redoutable créateur dunivers ", a-t-on pu dire : effectivement il sait empoigner
ses lecteurs. Aussi les instruire, dans les plus réussis de ses ouvrages.
Dans une excellente brochure (2) consacrée à cet auteur,
Robert Bonaccorsi ne lésine pas sur les éloges : "...G.J. Arnaud cest un peu le
fils de Dumas, le neveu dEmile Zola, le cousin français de Raymond Chandler ".
Mais il ajoute aussitôt : "... plus profondément cest G.J. Arnaud en personne que
nous vous invitons à découvrir ". On ne saurait mieux dire quil a sa
personnalité dauteur, une vision propre du monde.
Bref, dans la littérature de gare, un auteur
non-conformiste. |
| (3) Une thèse
pour le doctorat dEtat en science politique a été présentée à
lUniversité de Rennes sur " Lidéologie dans le Roman despionnage
"(par Erik Neveu). Luvre de G.J. Arnaud a également été présentée dans
La Vie, LHumanité, Le Monde, Le Magazine littéraire, etc. |
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Auteur de romans
despionnage ? Oui, mais qui " entraîne ses espions dans les méandres du monde
capitaliste, des trusts multinationaux, des sectes, des mouvements néo-nazis ", a-t-on
observé, sans oublier les diverses espèces de dictatures (3) . Les confidences de G.J.
Arnaud sur la genèse de ses intrigues sont passionnantes. Dans Cerveaux empoisonnés, précise-t-il, " jai essayé de
montrer dune manière romancée comment la secte Moon a échoué dans sa tentative
dimplanter une officine politico-mystique, intitulée Causa, en France ".
Dans Potion tragique, dit-il, " je dénonce
nommément les industries pharmaceutiques qui revendent des produits périmés aux pays du
tiers-monde ". Voilà qui donne la mesure dune certaine ambition.
De même, dans Les Fossoyeurs de Liberté, on voit
un sénateur des Etats-Unis enquêter sur la complicité de la multinationale ITT et de la
CIA dans le putsch qui a provoqué la mort du président Allende au Chili. Dans Subversive
Club, on voit comment les directeurs dune très grosse entreprise sy
prennent pour endoctriner leurs cadres, les transformer en guerriers du profit. Un autre
roman se déroule dans le grand Nord, sur la frontière finlandaise, et décrit les
méthodes expéditives des douaniers soviétiques. Dossiers brûlants décrit la
passation des pouvoirs en 1981, en France, dans un de ses aspects les mieux cachés.
Pourtant, cette partie de son uvre nest pas
celle que lauteur préfère. Il confie : " Le polar, cest quelque chose qui
vient de plus loin... cela dure parfois des années ! jai un vague sujet, vous
savez, un petit truc de rien du tout et puis, il sétoffe indépendamment de moi...
Il disparaît, et puis au bout de deux ou trois ans, des fois, il réapparaît et à ce
moment-là jécris..."
G.J. Arnaud résume admirablement le projet de certains
de ses romans policiers. Ainsi, dit-il, " La Tête dans le sable se passe au sein
dune entreprise de transports à Toulon. Là-dedans interviennent des sociétés de
travail temporaire, de recouvrement des crédits, de gardiennage, et en même temps il y a
un trafic de devises vers la Suisse ".
Autre exploration sociale en profondeur : " ... dans Bunker
Parano ou Quartier condamné, cest plutôt le côté des trafics
immobiliers, toutes ces magouilles qui peuvent agiter tout un immeuble, ou tout un
quartier ". Bunker parano montre comment dun sentiment dinsécurité,
dune peur de sappauvrir, peut proliférer une xénophobie qui finit tout
naturellement dans le meurtre collectif. Quartier condamné montre comment des
affairistes mettent la main sur tout un secteur dhabitations, par des pressions, des
rumeurs, des chantages, en restant eux-mêmes dans lombre. Ce dernier récit a
quelque chose de balzacien.
Parfois un roman naît, dit lauteur, dun
mouvement dhumeur, dun accès dindignation. Cest le cas pour Plein
la Vue. " Jai vu un jour, chez moi, dans les Corbières, des paysans qui
pulvérisaient sur une vigne un produit si dangereux quils en étaient arrivés à
porter des masques à gaz. " G.J. Arnaud a voulu se renseigner : il a découvert que ce
produit destiné à détruire laraignée rouge favorise en même temps sa future
venue ! Et lauteur conclut : " Là-dessus je suis parti sur une histoire assez
fantastique... que jai écrite en quelques jours tellement jétais
bouleversé. "
Auteur très conscient de lui-même, attaché à sa
personnalité dauteur, au point davouer : " jai souffert énormément
quil y ait un autre Georges Arnaud. De voir un bouquin aussi bon que Le Salaire
de la peur... avoir un succès formidable, parce que cétait un certain Georges
Arnaud qui, lui-même, avait pris un pseudonyme, javais limpression quon
mavait fauché mon nom ". Vraie blessure, confesse-t-il, dont il a eu du mal à
guérir : du coup, il en a fait le thème de romans où il écrit une recherche
didentité, une double personnalité, par exemple dans Tel un Fantôme, Les
Imposteurs...
Je ne voudrais pas terminer cette sommaire présentation
sans citer quelques récits particulièrement incisifs : Profil de mort (cadre
supérieur, Benoît Garcin se retrouve un jour au chômage... son inaction lui donne le
temps de découvrir ce quest réellement la vie dans son ensemble immobilier), Nécro
(ou pourquoi confier la nécrologie dun grand patron de presse en bonne santé à
deux journalistes stagiaires... magouilles dans un journal dominant la région). Des
romans dun pathétique étrange : Drôle de Regard, Mère Courage. Les
récits situés dans le Languedoc : Les Enfants de Parilla, Les Gens de lHiver,
et ce roman à la conclusion si puissamment émouvante : Retour de Fièvre. Je
garde pour la fin un roman qui semble hésiter entre fantastique et réalisme, qui se
révèle à la fois uvre de critique sociale et évocation de solitude humaine, le
merveilleux Enfantasme.
Vers 1983, G.J. Arnaud confiait à Robert Bonaccorsi : "
Jaimerais écrire sur les origines de ma famille, à partir de la guerre de 1870,
parce quil y a eu un élément déterminant à ce moment-là. Un ami de la famille a
décidé de ne pas aller à la guerre, un déserteur... quelquun qui a pris le temps
de réfléchir. Il est venu se réfugier chez mes arrières-grands-parents... cet incident
a modifié la façon de voir. "
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