Ceci n’est pas un polar
Spécificité du roman policier pour la jeunesse vue par l’auteur Christian Poslaniec
Catherine DUPUY

 

[L’initiation] "Dans Mystère-Magazine, qui publiait surtout des auteurs anglo-saxons (...) les récits étaient classés selon les sous-genres du roman policier, énigmes, histoires criminelles, histoires d’aigrefins, espionnage (...). En rapportant jusqu’à ma chambre, serré contre mon coeur, durant tout le trajet (...) le numéro de février 1964 de Mystère-Magazine, je quittais l’enfance".p 35. F. Rivière


Petit frère du roman policier et réhabilité par l’entreprise éditoriale de Joseph Périgot, créateur pour les éditions Syros de la collection Souris Noire, le Roman Policier Jeunesse gagne du terrain sur les rayonnages des librairies.

L’auteur de littérature policière pour la jeunesse peut écrire ou ne pas écrire des romans policiers pour adultes, mais dans tous les cas, il lui sera demandé de prendre en compte son jeune destinataire. 

L’écrivain du Treizième Chat noir, Christian Poslaniec, s’interdit de présenter dans ses ouvrages, des crimes et des points de vue terrifiants. D’emblée, il remet en cause la règle VII du protocole d’écriture régissant le Roman Policier, édicté par Van Dine, auteur américain du début du XXe siècle. 

On a, alors, affaire à un sous-genre qui base son contrat littéraire sur des modalités particulières. Faire croire qu’il y a eu un meurtre, bien qu’il n’ait pas eu lieu véritablement. S’il y a un crime réel, il aura pour victime un animal et non pas un être humain. 

De plus, le lecteur est poussé à la fausse déduction et découvre par la suite qu’il avait affaire à un meurtre factice, ou bien, alors que la victime avait été laissée pour morte, on apprend par la suite qu’il s’agissait d’un mannequin, par exemple. 

Le roman policier pour les jeunes délaisse l’effet choc des crimes ; sa richesse réside alors dans l’entrelacement serré de plusieurs intrigues. Dans Le Treizième Chat noir, une trame ingénument policière (fausse agression, vol de livres récupérés à la fin, etc.) se double d’une trame fantastique liée aux superstitions populaires attachées au chat noir. 
 

- Voilà ma carte, dit le type vexé. Et de loin, il la montra à Marceline. - Elle est fausse, dit Marceline. Ça se voit au premier coup d’œil. Et puis si vous étiez un véritable inspecteur, vous sauriez qu’on ne mène pas une enquête comme ça. Vous ne vous êtes même pas donné la peine de lire un roman policier, un français bien sûr, où vous l’auriez appris. Y a de quoi vous faire casser : effraction de serrure, violation de domicile.. R.Queneau, Zazie dans le métro.
Bloody Pédagogie ?

Christian Poslaniec exerce donc une auto-censure et ne veut pas suivre les " règles " d’écriture du polar. Cependant, les principes déontologiques de cet écrivain ne sont pas suivis par tous les auteurs de Roman Policier Jeunesse. 

Alors, que penser des études faites en classe, depuis de nombreuses années, de romanciers comme A. Christie, E.A. Poe, G. Leroux, et d’auteurs plus " modernes ", encore plus noirs, immolant des victimes sous les coups de criminels qui parfois vont jusqu’à endosser le rôle du narrateur, comme dans Le Meurtre de Roger Ackroyd d’A. Christie ? 

Les professeurs de lettres cultivent-ils un mauvais genre ? Ou plutôt considèrent-ils que tout texte recèle de la violence, la même que celle, peut-être, qui traverse les contes traditionnels qu’il n’est pas nécessaire d’édulcorer ? 

Les enseignants ont plutôt entériné l’évolution des jeunes lecteurs dont l’imaginaire est alimenté par la télévision et le cinéma, d’un corpus d’images sanglantes et crues qui n’étaient pas accessibles aux précédentes générations d’enfants. 

Ces mêmes professeurs peuvent adopter deux attitudes différentes, soit un activisme protectionniste contre le déferlement agressif, en créant par la lecture un espace privilégié ; soit la prise en compte de l’habitus de l’élève à partir duquel s’élaborent les procédés de mise en scène de la violence, pour la mettre à distance et en extraire le fait littéraire (Voir la très intéressante séquence sur " l’écriture de la violence " proposée par Véronique Chavarot pour la classe de Troisième, dans Le Groupement de Textes, de Jean Jordy, édité par le CRDP de Toulouse). 

Voilà que le roman policier jeunesse et l’attitude éthique de C. Poslaniec nous interrogent très sérieusement sur la sélection de textes à faire lire aux élèves !