Les origines économiques de la guerre civile en Yougoslavie
(Aux origines de la guerre civile)

Thème 1 : La Yougoslavie, le contexte historique et spatial

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par Pierre Sohlberg
Aternatives Economiques n°170 (mai 1999)

 

La Yougoslavie sera d'ailleurs exclue du bloc communiste de1948 à 1955 et gardera toujours dans cette alliance un statut particulier

 

Le drame des peuples de l'ex-Yougoslavie depuis le début des années 90 plonge ses racines dans l'histoire tourmentée de cette région de l'Europe. Son destin aurait cependant pu être différent si ses dirigeants avaient contrôlé la crise économique dans laquelle le pays s'est enfoncé pendant les années 80. Quant à la surenchère nationaliste des dirigeants politiques (...) été facilitée par le désordre croissant de l'économie de la fédération.
La Yougoslavie, Etat des " Slaves du Sud " né au lendemain de la Première Guerre mondiale, s'est dotée après la Seconde Guerre mondiale d'un régime de type communiste. Mais, à la différence des autres pays d'Europe centrale et orientale, où ces régimes étaient le produit de l'occupation soviétique ou d'un coup d'Etat réalisé avec le soutien de l'URSS (comme en Tchécoslovaquie), le régime yougoslave tire sa légitimité de la résistance intérieure à l'occupation nazie conduite par les partisans de Josip Broz, dit Tito, (...) l'Armée rouge, absente du sol du pays, ne sera jamais en position d'arbitre.

 

voir aussi : La Yougoslavie de 1815 à nos jours
Le pays s'ouvre alors aux entreprises occidentales par la création de sociètés à capital mixte

 

 

 

 

(...) Sur le plan économique, loin de copier le modèle soviétique hypercentralisé imposé aux pays satellites, le régime de Tito met en place une structure décentralisée, symbolisée par le concept d'autogestion. Concrètement, la planification laissait une large autonomie aux entreprises dans le choix de leur politique d'investissement et de salaires. De vastes pouvoirs étaient également confiés aux différentes collectivités territoriales constituant la fédération.
Ces structures ont longtemps paru bien adaptées à un pays qui regroupait pas moins de six Républiques, dont les habitants parlaient cinq langues et pratiquaient trois religions. A cette pluralité culturelle s'ajoutait une grande disparité des niveaux de développement. (...) La croissance économique du pays est relativement rapide jusqu'à la fin des années 70. Le statut du pays - socialiste, mais non aligné - lui permet de bénéficier d'une certaine sympathie occidentale et d'importants revenus touristiques (...).
Les ennuis commencent avec le début des années 80, quand vient le moment de payer l'addition, car la stratégie de développement mise en œuvre au cours de la décennie précédente est un échec. A l'instar de la Pologne, la Yougoslavie s'était lancée, dans les années 70, dans une politique de développement industriel accéléré, afin d'assurer progressivement à sa population un accès au mode de vie de l'Europe de l'Ouest. (...) Les dirigeants espéraient financer ces investissements par la revente d'une partie de leur production sur les marchés extérieurs.(...)
Mais à partir de 1974, la croissance se réduit fortement à l'Ouest. Les débouchés escomptés par les nouveaux producteurs de l'Est s'évanouissent. En outre, les productions réalisées dans les usines clés en main, faute d'évoluer au même rythme qu'à l'Ouest, deviennent rapidement obsolètes. Le simple fonctionnement des usines impose un accroissement des importations de matières premières, de demi-produits et de pièces détachées.

 

La structure fédérale, reconnaissant une large autonomie aux pouvoirs locaux, a ainsi empêché la mise en place d'une politique économique cohérente

 

(...) Résultat : au début des années 80, la Yougoslavie croule sous les dettes (20 milliards de dollars). (...) Il faut alors imposer un sévère programme d'austérité. Or, (...) la Yougoslavie va se révéler incapable de répondre efficacement au nouveau contexte économique. En effet, 1980 marque aussi la mort de Tito, dont la ferme autorité avait assuré l'unité du pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. (...)
L'affaiblissement du pouvoir fédéral dans les années 80 va provoquer une perte de tout contrôle sur la situation économique. Dans un système où l'allocation des ressources demeurait marquée par une logique administrative, il eût fallu que les autorités planificatrices centrales disposent d'une réelle autorité pour assurer les équilibres macro-économiques. Ce qui ne fut pas le cas. (...) Les autorités fédérales ne furent pas plus capables d'imposer une régulation de l'économie par le contrôle de la création monétaire et du crédit. (...)
L’inflation explose alors pour atteindre 1200 % en 1989 et encore près de 600 % en 1990. (...) Le désordre provoque la forte baisse de la production et la progression rapide du chômage, qui atteint 20,2 % en 1990. En dépit des efforts du dernier Premier ministre fédéral, Ante Markovic, pour imposer les réformes nécessaires, la fédération se désagrège sous l'action des forces nationalistes, ouvrant la vole à la guerre civile qui éclate en 1991.

 

Il faut noter que le Kosovo annexé par la Serbie possède de nombreux gisements miniers dans le nord de la province (...) La crise débouche sur le scénario dramatique qui se poursuit aujourd'hui. Les diverses Républiques réagissent différemment à la dégradation de la situation économique à la fin des années 80. Les plus riches abandonnent progressivement toute référence au communisme. Leur volonté d'autonomie est alimentée par la réaction de la Serbie de Slobodan Milosevic, qui se réfugie dans un national-communisme démagogique afin de faire oublier à sa population les difficultés engendrées par la crise et d'assurer la survie des anciens appareils du régime, notamment l'armée, encadrée à 80 % par des officiers serbes. Inégalités de richesse, oppositions politiques, intérêts divergents et absence d'autorité légitime apte à imposer des compromis, les conditions étaient réunies pour que des dirigeants opportunistes et irresponsables réveillent des haines ancestrales qui, il n'y a pas si longtemps, semblaient pourtant en voie d'extinction. voir aussi : Slobodan Milosevic, l'homme des ruptures

 

voir aussi : Le Kosovo, 10 ans de tensions


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