Economie d'endettement et économie de marchés financiers

Thème 1 : Les régimes financiers

par Xavier Ducreux, Les Cahiers français n° 277, juillet-septembre 1996, La Documentation française (extrait)

 

Le financement par le crédit suppose une relation directe entre l’emprunteur et la banque qui se comporte en intermédiaire entre les épargnants et les agents à déficit de financement ; elle assume le risque d’insolvabilité de l’emprunteur. Les banques commerciales présentent les effets représentatifs des crédits qu’elles ont consentis à l’institut d’émission qui se trouve contraint de les refinancer à des taux d’intérêt choisis par les pouvoirs publics en fonction de la politique économique.

Il ne s'agit que d'une classification conceptuelle, c'est-à-dire qu'aucune économie concrète présente les caractéristiques de l'un ou l'autre système ; la France a été une forme très approchée du premier cas et les Etats-Unis le sont du second. Ces deux cas de figure ont l'avantage de faire apparaître des logiques de fonctionnement d'économie articulées à l'équilibre du système productif.

L'économie d'endettement

L'économie d'endettement est un système financier où prédomine la finance indirecte, sous la forme d'un financement par le crédit. Celui-ci suppose l'intervention d'un processus d'intermédiation financière et l'établissement de relations bilatérales individualisées entre les banques et leurs clients. Les banques prennent un risque de crédit après l'avoir évalué et financent les opérations dont elles anticipent favorablement le résultat. Le crédit constitue ainsi le principal mode de financement de l'activité productive. Même lorsque les entreprises ont par leur dimension un accès au marché des valeurs mobilières, la faiblesse du taux d'autofinancement implique le recours complémentaire au crédit.

L'économie d'endettement ne doit pas être confondue avec l'économie endettée. Il n'est pas incompatible qu'une économie de marchés financiers réalise son équilibre par l'endettement extérieur. La différence majeure entre une économie d'endettement et une économie de marché financier est que, dans la première, la Banque Centrale est un prêteur en dernier ressort contraint d'assurer le bouclage du financement de l'économie alors que, dans la seconde, l'intervention du prêteur en dernier ressort reste discrétionnaire.

En régime de finance directe, les offreurs et les demandeurs de fonds prêtables se rencontrent sur les marchés. Les banques interviennent en vendant et en achetant des titres sans assumer le risque lié aux crédits accordés à des clients identifiés. En revanche, elle assument le risque d’effondrement des marchés, ce qui les oblige à détenir de grandes quantités de titres "sûrs" (valeurs du Trésor). Ce système s’accompagne d’un fort taux d’autofinancement des entreprises. Le taux d’intérêt arbitre entre l’offre et la demande.

 

L'économie de marchés financiers

En effet, l'économie de marchés financiers se présente comme un système financier où les agents économiques se procurent leurs ressources de financement en émettant des titres sur des marchés. Ce système privilégie la finance directe. L'activité des marchés permet à l'offre et à la demande de capitaux de se confronter directement sans passer par la médiation d'un intermédiaire financier. Cependant, les intermédiaires financiers, y compris les banques, sont présents sur les marchés à la fois comme offreurs et comme demandeurs de titres indifférenciés et non sur l'opération individualisée qu'est le crédit bancaire. Le crédit n'en constitue pas moins une activité essentielle des banques. Il est destiné aux agents qui n'ont pas de dimension suffisante pour emprunter sur le marché des titres. Dans ce cadre, les ratios d'autofinancement des entreprises sont particulièrement élevés. Ils expriment le rapport de l'épargne brute des entreprises à leur formation brute de capital (avec ou hors stocks), et permettent ainsi de confronter la capacité de financement des entreprises à l'investissement qui a été effectivement réalisée au cours de l'exercice. Des taux d'autofinancement élevés maintenus sur longue période impliquent que le profit non distribué des entreprises leur permette de financer l'investissement courant sur leur épargne préalable. Elles font appel au marché financier pour le financement d'accroissements significatifs de leur activité. Dans ces conditions, les banques diversifient leur activité et détiennent des actifs diversifiés combinant à des degrés divers risque et rendement. La présence dans leur bilan de titres publics (actifs non risqués et rémunérés) apparaît comme une nécessité de bonne gestion. L'importance du stock de la dette publique en fait une contrepartie essentielle de la masse monétaire. Le taux d'intérêt est dans un tel système de financement, à la fois un prix d'équilibre entre l'offre et la demande de capitaux et le coût des ressources additionnelles.


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