Le Père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart-monde.

Thème 10 : Vaincre l'exclusion : les interventions de la société civile

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par Vincent Hube, Le Monde, 22 Août 1997 (extrait).

 

"Là ou les hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l'homme sont violés : s'unir pour les faire respecter est un devoir sacré." Jean-Paul II devait, jeudi 21 août, lire cette phrase gravée dans une plaque à même le parvis du Trocadéro. Elle avait été prononcée, le 17 octobre 1987, devant plus de 100000 personnes par le Père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart-monde.


Ce texte symbolise tout l'engagement dans la lutte contre la misère de celui qui, quelques mois auparavant, avait présenté au Conseil économique et social un rapport montrant l'ampleur de ce que l'on appelait alors en France "la nouvelle pauvreté". Pendant que Coluche ouvrait ses Restos du coeur, le Père Joseph esquissait des solutions plus globales. Il lançait, le premier, l'idée d'un "revenu minimum garanti". En février 1988, le Père Wresinski s'éteignait à Suresnes, quelques mois avant que le gouvernement Rocard fasse voter la loi instaurant le RMI.
Voir aussi : Les restos du coeur : des interventions en nette augmentation

L'originalité de son combat tenait à ce souci de renforcer la dignité et l'intégration dans la société de ceux qui multipliaient les handicaps sociaux. "Qu'ils se prennent en main eux-mêmes, en tant que peuple, afin d'obliger la société à assumer ses responsabilités à leur égard", disait-il. Pour les y aider, ce personnage charismatique savait aussi bien être à l'écoute des plus misérables et se faire entendre des puissants.

Le Père Joseph avait connu la misère dès son enfance, à Angers. Mineur de fond occasionnel, militant de la Jeunesse ouvrière chrétienne, il avait été ordonné prêtre en 1946. En 1956, il devenait l'aumônier du camp des sans-logis de Noisy-le-Grand, dans la banlieue de Paris. C'est dans ce bidonville, appelé par dérision "Château-de-France", qu'il avait décidé de s'engager contre l'exclusion. Il parlait alors de "la honte devant l'avilissement" de ceux dont il partageait la vie.
Voir aussi : Inégalités et exclusion pendant les 30 glorieuses

L'année suivante, il fondait l'association Aide à toute détresse (ATD), trois ans après la création de la communauté d'Emmaüs par l'abbé Pierre. On le traitait alors de "curé de la racaille" et les renseignements généraux soupçonnaient ATD d'être une association de malfaiteurs. Quarante ans après, l'hommage papal souligne l'importance prise par son mouvement, engagé aujourd'hui, sous la direction Geneviève Anthonioz-de Gaulle, dans un long combat pour obtenir une loi de lutte contre l'exclusion.
Voir aussi : Geneviève de Gaulle-Anthonioz

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