| Les restos du coeur, c'est aussi "les relais du coeur" | Thème 10 : Vaincre l'exclusion : les interventions de la société civile |
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| par Jérôme Fénoglio, Le Monde, 17 décembre 1998 (extrait). |
| SUR CHAQUE TABLE, il ne manque ni les biscuits
ni le lait et le sucre en poudre. Il ne saurait être question d'échanger un mot sans
tasse fumante à portée de la main. Une fois ce préalable rempli, il n'est toutefois
plus question de nourriture dans les conversations. Les hommes et les femmes qui
franchissent la porte des Relais du coeur ont d'autres sujets à aborder : ils parlent
loyer, travail, argent, enfants, divorce, dettes ou maladie. Certains sont venus
uniquement pour ça, d'autres se sont arrêtés, après avoir rempli leur sac à la
distribution alimentaire. A la Maison des droits de l'homme d'Elancourt (Yvelines), les deux activités de l'association cohabitent dans l'harmonie. Dans une salle, on se ravitaille. Dans l'autre, juste à côté, on s'épanche. L'un ne marche pas sans l'autre, l'un justifie l'autre, selon les deux responsables, Michelle Félix, pour les Restos, et Colette Lambert, pour les Relais. Entre les deux, la bonne entente est primordiale. Elle autorise les allers-retours entre les pièces. Elle permet d'éviter de couper le fil des histoires qui se tire d'un côté et se dévide de l'autre. En cette première matinée de la campagne hivernale, mardi 15 décembre, les huit bénévoles de l'équipe des Relais donnent un coup de main à ceux de la distribution en remplissant les dossiers des inscrits de dernière minute. Ce souci de repérage n'est jamais absent côté distribution. A l'entrée, Michelle Félix fait la bise aux habitués des campagnes précédentes, mais elle est particulièrement attentive aux nouveaux venus. LA GENE DES NOUVEAUX VENUS "Ils sont parfois tellement gênés que si l'on ne vient pas vers eux tout de suite, ils repartent daredare et on ne les revoit plus." Alors, Michelle traverse le hall et accompagne elle-même la personne jusqu'à l'équipe des Relais. Là, se décline toute la gamme des détresses des petites aux grandes. Tel homme vient de subir un dégât des eaux et craint de mal expliquer à sa compagnie d'assurance. Kathy, la bénévole, passe elle-même le coup de fil et arrange un rendez-vous. Tel autre est venu pour se faire rédiger une lettre de motivation. "Il est déterminé à retrouver du travail, dit Marie-Françoise, il est prêt à déménager dans les Ardennes où se trouve l'entreprise. Mais il a cinquante-deux ans." L'âge sonne comme une condamnation sans appel des rêves de nouveaux départs. Entre-temps, Michelle a accompagné un homme qui s'est présenté sans papiers. Commence un décryptage de son cas, rendu laborieux par maniement hésitant de la langue. Colette Lambert est, elle, passée d'une demande adressée aux caisses d'allocation familiale par une jeune femme suivie depuis plusieurs mois, à un entretien encore plus délicat avec un nouveau venu, inconnu des Restos, donnant des signes évidents de paranoïa. Dans ces cas, la bénévole sait qu'elle peut mettre à profit son expérience professionnelle de psychothérapeute. |
Voir aussi : Les restos du coeur : des interventions en nette augmentation |
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Son métier contribue aussi à lui permettre de mieux distinguer les limites de l'activité des Relais. "Il n'est pas question de nous substituer aux assistantes sociales: elles ont la technique, nous avons le temps. D'ailleurs, elles nous envoient souvent des gens dont la situation est bloquée en espérant qu'un suivi plus long permettra de trouver une solution." Réticents au début, les partenaires des Relais ont peu à peu compris quelle place pouvait occuper la structure dans le dispositif social. Colette Lambert a ainsi développé un réseau de relations avec les organismes publics et les autres associations. "Les Restos m'ont proposé d'ouvrir notre propre formation contre l'illettrisme ici. J'ai refusé: il y a déjà une structure qui marche dans la Maison de droits de l'homme". |
Voir aussi : Les travailleurs sociaux
Voir aussi : L'illettrisme |
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La vraie limite se situe davantage du côté des effectifs. Les Relais, à la différence des Restos, restent ouverts toute l'année. "Tout le monde n'a pas le temps, et les capacités, à consacrer à une activité aussi prenante", dit Colette Lambert, qui, faute d'une équipe suffisamment étoffée, n'a pu monter de Relais à côté du nouveau centre de distribution ouvert par Michelle Félix dans une cité voisine de La Verrière. "Là-bas, j'ai l'impression qu'il manque quelque chose, se désole cette dernière. Sans les Relais, c'est bancal." |
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