Le DAL : droit au logement

Thème 10 : Vaincre l'exclusion : les interventions de la société civile

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par Christine Garin
Le Monde,  2 juin 1997 (extrait).,

 

L'ESPRIT ambiant est plutôt libertaire, la culture commune résolument humanitaire, mélange de catholicisme social, d'anarcho-syndicalisme, d'ultragauchisme et de tiers-mondisme. (...)

DAL : association "Droit au logement"


(...) En deux ans, depuis l'occupation de la rue du Dragon, le DAL a su imposer un style. L'association a une manière inédite de manier les symboles, un art consommé d'utiliser les caméras de télévision, une façon, enfin, d'être "dans l'action et de forcer le passage", comme le souligne une étudiante fraîchement ralliée à la cause, quand les discours des politiques et des mastodontes caritatifs s'épuisent à dénoncer la montée de la précarité.

Le DAL est né en mai 1990, juste avant le vote de la loi Besson instituant le droit au logement. Le noyau dur des fondateurs, rassemblés autour de Jean-Baptiste Eyraud, quarante-deux ans, avait fait ses premières armes au milieu des années 80, notamment autour des incendies survenus dans des hôtels meublés parisiens et jetant à la rue leurs occupants. C'est ainsi que 80 familles immigrées trouveront refuge dans un premier campement installé par le DAL place de la Réunion, dans le 20e arrondissement, cet été 1990. Un autre campement sera installé, le 13 juillet suivant, quai de la Gare, dans le 13e arrondissement, aux abords du chantier de la future Bibliothèque de France. Cette action, durant quatre mois, constitue le premier vrai bras de fer de l'association avec la Ville de Paris, qui finira par accepter de négocier le relogement des familles. Suivra, en 1993, l'occupation de l'avenue René-Coty, qui verra, pour la première fois, une décision de justice admettre la notion de "squat par nécessité" puis, l'année suivante, celle de la rue du Dragon.

Le choix de la bonne cible, au bon moment : c'est sans doute l'une des clés du succès du DAL. La longévité du squat symbole de la rue du Dragon doit beaucoup au contexte de l'élection présidentielle de 1995. Surfant habilement sur les divisions internes de la droite, le DAL obtiendra, d'emblée, la promesse du premier ministre de l'époque, Edouard Balladur, de ne pas faire évacuer l'immeuble appartenant à la Cogedim et, dans la foulée, celle du maire de Paris, Jacques Chirac, de remettre à l'honneur l'ordonnance de 1945 sur les réquisitions de logements.

 

 

Voir aussi : Les actions spectaculaires des grandes associations


Autre exemple, l'occupation de la rue Marcadet, en juillet 1996. L'immeuble où le DAL installe alors une dizaine de familles appartient à la Ville de Paris. Un mois plus tôt, Jean Tiberi a confirmé son intention de transformer en logements sociaux un certain nombre d'appartements du "domaine privé". Les militants du DAL ont tôt fait de prouver que le vague projet qui a motivé l'achat de l'immeuble est abandonné. Sur ce motif, la justice donnera raison aux "squatters", qui occupent encore aujourd'hui l'immeuble.
Voir aussi : Droit au logement et défense du droit de propriété

Affinée au fil des années, la méthode d'intervention est désormais bien rodée. Après repérage de la "cible" et convocation discrète des familles, un "parcours-diversion" conduit ces dernières, encadrées par les militants, à investir les lieux. Emmaüs fournit les matelas. Quelques visages connus apportent leur soutien. Les drapeaux frappés du signe du DAL une maisonnette sur fond jaune sont hissés aux balcons. L'occupation dure quelques heures, trois jours ou plusieurs mois. "L'objectif, explique Jean-Baptiste Eyraud, n'est pas de transformer les familles que nous soutenons en squatters, mais de faire pression, avec elles, pour obtenir leur relogement."(...)
Voir aussi : Les mutations des compagnons d'Emmaüs

(...) "Nous ne sommes pas des caritatifs, nous ne prenons pas les gens en charge, mais nous les aidons à s'organiser", explique François Breteau, l'un des avocats du DAL. A ceux qui s'interrogent sur l'adhésion véritable à l'action militante de ces familles, presque toutes étrangères, souvent très démunies, il répond : "Ces gens n'ont plus rien à perdre, l'action collective est pour eux un ultime recours. Nous leur expliquons toujours et longuement qu'ils courent des risques. Certains craquent, c'est vrai. Mais ils sont très peu nombreux."

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