Le divorce appauvrit

Thème 8 : Les trajectoires menant à l'exclusion : des processus cumulatifs

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par Yves Mamou, Le Monde, 1er Juillet 1997 (extrait).

 

Claude Martin "L'après divorce, lien familial et vulnérabilité", Presses universitaires de Rennes, 330 p., 140 F. (...) Le sociologue Claude Martin, estime, (...) que la fragilité du couple et du lien familial est devenue "une composante du risque d'exclusion". Autrement dit, le risque du chômage peut devenir un risque d'exclusion social si le futur sans-emploi n'est pas inscrit dans un "réseau de proximité dont la famille est l'épicentre". L'auteur montre ainsi clairement qu'un divorce "accélère le processus de précarisation pour ceux qui étaient déjà vulnérables au sens économique du terme préalablement à la rupture". Une mère de famille de plus de cinquante ans qui n'a jamais travaillé encourt désormais un risque réel de pauvreté si elle divorce un jour. A contrario, une mère diplômée âgée de trente ans et dotée d'un emploi sortira à moindres frais d'une séparation. Voir aussi : La fracture familiale alimente la pauvreté

Allant plus loin encore dans l'analyse, Claude Martin montre comment l'émergence d'une société d'individus moins arrimés à des appartenances de classe qu'il y a trente ans, et la mise en place d'une économie très inégalitaire mettent à l'épreuve les solidarités traditionnelles. Si ces dernières n'ont jamais cessé d'être actives, elles deviennent en revanche plus sélectives : "Mieux on est positionné socialement, plus on a de chance d'obtenir de l'aide de son entourage, qu'il s'agisse de la famille (parents ou fratrie), de son ex-conjoint ou de son réseau amical. Ce qui justifie le corollaire O-ring évoqué plus haut : un homme ou une femme en difficulté financière fera jouer des liens de solidarité en sa faveur d'autant plus facilement qu'il n'a pas fondamentalement besoin de l'aide qu'il réclame. Les nouveaux réseaux de solidarité ne fonctionnent pas sur le modèle des vases communicants (le trop-plein se déverse vers le vide) mais sur celui, plus subtil, du don et du contre-don. Celui qui donne n'entend nullement devenir mécène ou bienfaiteur permanent. Il préfère rendre un service, quitte à en obtenir un autre ultérieurement. Cette dynamique renforce les solidarités entre individus actifs et insérés socialement, mais expulse avec vigueur tout élément hétérogène. Ces systèmes d'échanges qui reviennent au fond à réaffirmer des liens de solidarité proclamés se pratiquent d'autant mieux que l'on appartient à une classe sociale élevée. Plus l'on descend dans l'échelle sociale et plus l'échange est pauvre.
Voir aussi le mot : capital social

 

 

 

 

Voir aussi : Exclusion et lien social, lien social et exclusion


Ces constats passeraient pour des singularités folkloriques si les solidarités familiales n'étaient vigoureusement interpellées aujourd'hui pour combler les carences de l'Etat providence. Tout en se désengageant, l'Etat cherche aujourd'hui à faire jouer à la famille un rôle de dernier recours contre l'exclusion et la précarité. Ce qui serait parfait si toutes les familles étaient dotées des mêmes moyens et des mêmes mécanismes de fonctionnement. Ce qui n'est évidemment pas le cas. Faire du modèle "apparemment dominant des couches moyennes diplômées (...) le seul modèle familial de référence apparaît donc inévitablement réducteur", écrit sobrement Claude Martin.


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