L'illettrisme

Thème 7 : Les trajectoires menant à l'exclusion : droits sociaux et exclusion

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par Béatrice Gurrey, Le Monde, 24 Janvier 1997 (extrait).

 

Le chef de l'Etat a présidé, mercredi 22 janvier après le conseil des ministres, un conseil restreint sur l'illettrisme, en présence d'Alain Juppé et des ministres de l'éducation nationale, François Bayrou, de la défense, Charles Millon, du travail et des affaires sociales, Jacques Barrot, ainsi que du ministre délégué à la jeunesse et aux sports, Guy Drut. Cette "réunion de travail", dont l'objectif était de faire le point sur l'état d'avancement du dossier dans les différents ministères, avait aussi pour but d'afficher qu'en matière de lutte contre l'illettrisme l'Elysée n'entendait pas se payer uniquement de mots.

En réaffirmant que l'éducation était l'une des priorités de son septennat, M. Chirac avait également déclaré, lors de son entretien télévisé avec la presse du 12 décembre 1996 : "Mon premier souci, c'est la lutte contre l'illettrisme. C'est un vice caché. On n'en parle pas". Que ce phénomène soit caché, cela reste à démontrer; qu'il soit difficile à appréhender, notamment en raison d'une avalanche de chiffres et de systèmes de mesure difficilement comparables, est en revanche indéniable.

(1) GPLI : Groupement permanent de lutte contre l’illettrisme

Un rapport remis au premier ministre Pierre Mauroy, en 1984, tirait déjà la sonnette d'alarme. Ses auteurs, dont Véronique Espérandieu, aujourd'hui secrétaire générale du GPLI (1), estimaient qu'il fallait chiffrer "par millions plutôt que par centaines de mille "les personnes qui" ne maîtrisent pas la lecture ou l'écriture, ou sont gravement gênées pour utiliser celles-ci". Le mot d'illettrisme n'était apparu que l'année précédente dans le dictionnaire. Ses contours restent flous, sa définition incertaine, son appréciation variable. Toutes les études qui paraîtront par la suite alimenteront une inépuisable querelle de chiffres. Les analphabètes, définis comme des adultes qui n'ont jamais été scolarisés, semblent eux avoir disparu du vocabulaire et des statistiques.


L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l'Unesco ont, chacune, forgé leur concept de l'illettrisme. L'INSEE en a développé un autre, fondé sur quatre grands groupes de difficultés de communication éprouvées par les adultes. Selon cet institut, d'après une étude publiée en 1994, 2,3 millions de Français, soit 5,4% des plus de dix-huit ans, auraient des difficultés à parler, lire ou écrire la langue de la vie courante. Mais 0,8% des adultes seulement déclarent ne pas savoir lire. Pour le GPLI, sont illettrées les personnes " qui ont été scolarisées, mais qui ne maîtrisent pas suffisamment l'écrit pour faire face aux exigences minimales requises dans la vie professionnelle, sociale, culturelle et personnelle "...

Selon les chiffres [communiqués par la direction centrale du service national (DCSN)], en 1995, sur 334721 conscrits, 3,5% n'accomplissaient "aucune performance en lecture", 1,1% pouvaient " identifier des mots isolés", 1,8% comprenaient "les phrases simples", 3,3% "un texte de façon approximative" et 4,8% n'étaient pas capables de comprendre un texte de façon satisfaisante bien qu'ils aient "des bases correctes en vocabulaire et en syntaxe", soit au total 14,5% de jeunes gens en difficulté.

Voir aussi : Incapacités associées à l'illettrisme

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