| Les exclus des soins | Thème 7 : Les trajectoires menant à l'exclusion : droits sociaux et exclusion |
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| par Laurence Follea, Le Monde, 13 Novembre 1996 (extrait). |
Organisation non gouvernementale (ONG) spécialisée dans laide durgence. Pour échapper à la définition "non gouvernementale" jugée trop négative, les associations françaises cherchent, depuis deux ans, à imposer la dénomination Organisation de solidarité internationale (OSI), mais le sigle ONG a la vie dure. |
En 1996, dix ans après l'ouverture de son
premier centre de soins gratuit, Médecins du monde a atteint le chiffre record de 40 000
consultants. Selon une enquête rendue publique mardi 12 novembre par MDM, la moitié de
ces patients ont moins de trente ans, la plupart étant des hommes vivant seul. Plus d'un
tiers n'ont aucune couverture sociale. Un cinquième d'entre eux ont été orientés par
les services de l'Etat ou des collectivités locales. Les urgences des hôpitaux
accueillent chaque jour davantage de personnes précarisées. Si les refus de les
accueillir se font plus rares, la tentation reste grande, cependant, de renvoyer vers un
hôpital voisin ceux qui ne peuvent pas payer. Le saturnisme
infantile continue de sévir à Paris, où deux mille cas ont été recensés depuis trois
ans. La loi du silence pèse sur ce dossier qui embarrasse la Ville. LE PROVISOIRE n'en finit pas de durer : lorsqu'il y a dix ans Médecins du monde (MDM) ouvrait les portes de son premier centre de soins gratuit, rue de la Clef à Paris, sa vocation était de le voir "disparaître dès que possible". Aujourd'hui, la mission France de MDM gère trente et un dispensaires répartis "partout où la précarité gagne du terrain", dans les grandes villes du pays mais aussi en Corse et à l'île de la Réunion. Le nombre de consultants n'a cessé d'augmenter. En 1996, le chiffre record de 40000 patients est atteint, en progression de plus de 30 % par rapport à 1995 (30000 consultants). |
Voir aussi : L'assurance-maladie pour tous en 1999 Voir aussi : L'hopital face aux exclus Voir aussi : Saturnisme : alerte à Paris |
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Le niveau d'éducation de ces visiteurs surprend : 20,4% sont allés jusqu'au collège et 12,2% ont suivi des études supérieures. Deux patients sur trois (65%) survivent avec 20 francs par jour grâce aux prestations sociales, à la famille ou aux amis et plus d'un sur quatre (26,8%) est inscrit à l'ANPE. Près de 35 % des consultants majeurs et 44,8 % des 18-25 ans (qui n'ont pas droit au RMI), n'ont aucune ressource. Plus d'un tiers (38,3%) des malades reçus par MDM n'ont aucune couverture sociale et près d'un quart (24,1%) sont couverts, mais se trouvent "dans l'impossibilité de faire l'avance des frais médicaux ou de supporter l'insuffisance des remboursements accordés par l'assurance-maladie". Un majeur sur quatre (25,8%) dispose d'un domicile fixe, un sur trois (30,9%) habite chez des amis ou dans sa famille et plus d'une personne sur dix (12,9%, dont 17,5% d'hommes et 4,6% de femmes) dort dehors. Les pathologies dont souffrent ces personnes en situation de pauvreté ne se différencient guère de celles observées dans la population générale, si ce n'est qu'elles sont aggravées par le retard pris à consulter. Les maladies cutanées (prurits, gale, impétigo, gangrène, gelures, etc.), liées aux mauvaises conditions d'hygiène, et les troubles neuropsychiatriques, souvent associés à un abus d'alcool ou de drogues, sont cependant surreprésentés (respectivement 11,6% et 15,2% des diagnostics). La réapparition des "maladies de la misère", telles que la tuberculose ou le scorbut, n'est pas traitée de manière spécifique dans les données de l'enquête. Plusieurs services hospitaliers ont pourtant récemment constaté une résurgence de ces affections. Onze cas de scorbut ont ainsi été diagnostiqués à l'hôpital Jean-Verdier de Bondy (Seine-Saint-Denis), tandis qu'à l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), entre février et octobre, quarante patients ont présenté des signes évocateurs de ce même déficit en vitamine C. |
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Deux circulaires successives, en 1993 et 1995, ont invité les établissements hospitaliers à mettre en place, par le biais d'une convention passée avec l'Etat, des cellules administratives d'accueil pour les plus défavorisés. La première a vu le jour à l'hôpital Saint-Antoine ( "consultation Baudelaire") et, à l'heure actuelle, douze antennes de ce type fonctionnent dans les hôpitaux de Paris et sa région. Elles n'ont pas pour but d'organiser une "médecine des pauvres" spécialisée mais bien de permettre à des personnes sans droits, sans ressources ou sans papiers, de régulariser leur situation administrative pour ne pas être rejetées du système de santé. La complexité des textes et des procédures nécessaires à l'ouverture des droits pour les patients démunis semble enfin avoir trouvé une réponse dans ce dispositif. Il a été calculé, en effet, qu'un RMiste sans résidence stable qui perd ses papiers met en moyenne huit mois à retrouver une situation administrative d'accès aux soins ! A l'épreuve des faits, ces services sociaux installés au coeur de l'hôpital ont donc prouvé que les impératifs financiers recouvrement des créances des patients insolvables et l'accès de tous au même système de santé pouvaient désormais être conciliés. |
Voir aussi : L'hopital face aux exclus
Voir aussi : L'assurance-maladie pour tous en 1999 |
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