| Logement, santé, éducation dans un hôtel meublé : parlons droits | Thème 7 : Les trajectoires menant à l'exclusion : droits sociaux et exclusion |
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| par Thérèse-Marie Deffontaines, Le Monde radio télévision,13 Novembre 1995 (extrait). |
"Avoir un logement, c'est un droit. Mais dans la réalité, ça se passe autrement". Ainsi s'ouvre le reportage central de ce numéro de "Pas normal". Nous sommes au 29 bis, rue de Gergovie, dans le quatorzième arrondissement de Paris. C'est un ancien hôtel meublé, vendu en 1991 et aussitôt déclaré insalubre. L'immeuble est reconnu "inapte à l'habitation de jour comme de nuit". L'expulsion a été ordonnée depuis belle lurette et le temps a bien abîmé le panneau annonçant la démolition. Pourtant, les appartements sont occupés par des familles qui habitent là depuis longtemps (les années 1986-1987 pour la plupart). "On ne leur a pas fait l'ombre d'une proposition sérieuse de relogement", assure l'auteur de ce sujet, le photographe Gilles Favier, qui connaît bien la maison il y a entrepris un travail photo de longue durée. Elles sont donc toujours là, ces dix-huit familles, dans cette bâtisse sinistrée. L'escalier est à moitié effondré, les plafonds tombent en lambeaux, la peinture s'écaille en poussière. Quant à l'électricité et à la plomberie... Les appartements sont tout petits, les pièces exiguës et très mal aérées. La promiscuité est permanente. Les enfants n'ont pas d'endroit pour faire leurs devoirs. Ils dorment à plusieurs dans chaque lit. Dès les premiers froids, le chauffage au gaz doit être allumé en permanence, et ils souffrent de troubles respiratoires graves nécessitant des hospitalisations fréquentes. Pis, ils sont atteints de plombémie et de saturnisme. Perpétuellement fatigués, ils ont des problèmes de mémoire, ne parviennent pas à fixer leur attention. De grosses difficultés scolaires s'ensuivent. Et, au-delà, le saturnisme infantile perturbe leur développement, intellectuel en particulier. L'insalubrité de l'immeuble pèse donc lourdement sur l'avenir des jeunes occupants. Une mère résume : "Ces enfants-là ne deviendront pas quelqu'un de bien". Mais, au milieu de ce désastre, raconté par les parents, il y a les enfants, justement, bien vivants, avec leurs jeux et leurs chansons. Bien habillés et "ne manquant de rien", comme le dit un père, fier d'expliquer que son travail lui permet de leur offrir tout ce dont ils ont besoin. "C'est seulement le logement qui nous rend malheureux. Quand il fait beau, les enfants jouent dans la cour, un espace clair, meublé des grands canapés qui ne trouvent pas place à l'intérieur. Quand le temps se couvre, ils vont au Moulin, une structure d'accueil voisine, animée par des bénévoles. On sait pourtant qu'il leur faudra finalement rentrer dans les sordides appartements... |
Voir aussi : Saturnisme : alerte à Paris |
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