Plus de jeunes, plus de ménages actifs

Thème 4 : La montée de la pauvreté et de l'exclusion dans la France contemporaine

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Alternatives économiques, n° 155, janvier 1998 (extrait).

 

La pauvreté s’étend avec le chômage et la précarisation de l’emploi. Fait aggravant : elle touche de plus en plus des personnes seules et des familles monoparentales qui, du fait de leur isolement, ont plus de difficultés à supporter socialement cette situation.

En France, un ménage sur dix vit en dessous du seuil de pauvreté : le pouvoir d'achat par personne est inférieur à 3 500 francs par mois en 1997. Au cours des dix dernières années pour lesquelles on dispose de données chiffrées (1984/1994), cette proportion est restée stable, mais la composition des ménages pauvres a changé : les ménages retraités sont de moins en moins nombreux, tandis que la proportion des ménages actifs (ou assimilés, étudiants, militaires) ne cesse de progresser. Un ménage retraité sur neuf était pauvre en 1984, un sur quatorze en 1994, tandis que, pour les ménages actifs, la proportion est passée d'un sur dix à un sur neuf .


Effet du chômage ? Bien sûr : en privant les ménages de ressources ou en les réduisant de façon importante, le chômage de masse précipite des fractions croissantes de la population dans la pauvreté. Surtout si l'on tient compte du fait que le chômage frappe lourdement les personnes les moins bien formées, et que l'homogamie - c'est-à-dire le fait de choisir son conjoint dans les mêmes milieu sociaux - accentue le risque de voir les deux conjoints rencontrer les mêmes difficultés d'emploi.
Voir aussi : Chômage selon la catégorie socioprofessionnelle

Voir aussi : Niveau de vie relatif des ménages en 1994


Il serait pourtant réducteur d'en rester là. Une récente étude de l' Institut de recherches économiques et sociales (Ires) montre que le phénomène de pauvreté touche aussi une fraction des salariés et que cette fraction va croissant. En 1995, selon l'enquête emploi de l'Insee, le salaire net médian (celui qui sépare l'ensemble des salariés en deux parts égales, moitié se trouvant au-dessus et moitié en dessous) se situait à 7 800 francs par mois, primes non mensuelles incluses. Or, à cette même date, 10,3 % des salariés – soit 2,3 millions de personnes – percevaient moins de la moitié du salaire médian, soit moins de 3 900 francs par mois. Il ne s’agissait pas d’apprentis ou de titulaires de contrats assimilés (qualification, orientation, alternance) dont la rémunération est légalement inférieure au Smic, car considérés comme étant en formation (ces contrats particuliers ont été exclus de l’étude). Il s’agit en fait, pour l’essentiel, de salariés à temps partiel, contraints de se contenter de niveaux de salaires très bas. Depuis 1983, cette proportion a doublé (…)
 

Voir aussi :Qui est pauvre? Actifs ou inactifs?

 

Voir aussi : Le seuil de pauvreté


La conclusion est simple : les travailleurs pauvres ne sont plus une spécialité américaine. La pauvreté s’étend non seulement parce que de plus en plus de personnes sont écartées du marché du travail, mais aussi parce qu’un nombre grandissant de salariés doivent se contenter de petits boulots qui leur assurent en fait moins que le minimum vital.
Voir aussi : L'emploi précaire

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