Inégalités et exclusion depuis la crise.

Thème 1 : Exclusions d'hier et d'aujourd'hui

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par Dominique Sicot, Alternatives économiques,
Hors série n° 20, Avril 94 (extrait)

 

(1) Sociologue, auteur de "La disqualification sociale, essai sur la nouvelle pauvreté", coll. Sociologies, PUF, 1991 et "La société française et ses pauvres", coll. Recherches politiques, PUF, 1993, directeur de l’ouvrage collectif "L’exclusion, l’état des savoirs", La découverte, 1996. (...) La remise en cause du compromis fordiste place effectivement un nombre croissant de travailleurs en dehors des dispositifs légaux ou conventionnels antérieurs, soit par le chômage, soit par l'extension du travail précaire. Les exclus se multiplient : exclus de l'emploi, mais aussi du salaire minimum, des conventions collectives, des droits à la protection sociale, du logement, de la santé...

Le terme de "nouveaux pauvres" apparaît pour désigner des personnes jusque là intégrées dans le marché de l'emploi, inconnues des services d'aide sociale et des associations caritatives, et désormais touchées par "un processus de disqualification sociale", selon les termes de Serge Paugam (1). "La pauvreté n'apparaît plus comme un phénomène résiduel, un état qui se transmet de génération en génération, mais comme un processus".

Voir aussi : Formes particulières d'emploi

Voir aussi : Inégalités et exclusion pendant les 30 glorieuses

Voir aussi : L'exclusion : un processus plus qu'un état

(2) Voir "Face à l'exclusion, le modèle français", par Jacques Donzelot, Esprit, 1991.
Le terme d'exclusion va s'imposer dans le vocabulaire des chercheurs comme dans celui des hommes politiques.
Au risque parfois de se galvauder alors que son sens est très fort, comme l'ont mis en évidence certains sociologues (2)
(3) Enseignante à l'Institut d'études politiques de Paris, Inspectrice générale des Affaires sociales, coordonnatrice de "Politiques sociales", coll. Amphithéâtre, coéd. Dalloz/Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, janvier 1994.
Exclusion ne signifie pas seulement inégalités, domination et exploitation, mais aussi rupture, manque et absence. Comme le souligne Marie-Thérèse Join-Lambert (3) : "Elle n'est plus seulement, comme la pauvreté, cumul ou accentuation des inégalités, elle évoque la possibilité de rupture du lien social et appelle des modes d'intervention renouvelés"...

L'exclusion ne frappe pas au hasard, elle reproduit l'essentiel des inégalités antérieures en les aggravant, en les creusant et en leur conférant une sorte d'irréversibilité dans la mesure où les mécanismes ascensionnels autorisés par la croissance ont été brisés par la crise. Ainsi le chômage est profondément inégalitaire. Il touche les ouvriers et les employés plus que les cadres (la récente progression du chômage des cadres ne doit pas le faire oublier), les moins qualifiés plus que les diplômés, les femmes plus que les hommes, les jeunes plus que les adultes, les étrangers plus que les Français...

Voir aussi : Exclusion et lien social, lien social et exclusion
Voir aussi : 7 millions de personnes subissent directement la situation de l'emploi
(4) "Les français et leurs revenus : le tournant des années 80 ", Documents du CERC, n° 94, 1989 Il devient pour les plus vulnérables chômage de longue durée, voire chômage d'exclusion, entraînant, outre la perte du revenu et la dégradation des conditions d'existence, troubles de santé, ruptures familiales et solitude. De même, l'échec scolaire choisit ses cibles et la "relégation" en cités de béton près du périphérique n'a pas pour tous la même probabilité.

A contrario, les mieux armés traversent plus facilement la crise, voire en tirent certains avantages. Un rapport du CERC, publié en 1989 (4), souleva des controverses en soulignant que la tendance à la réduction des inégalités s'était inversée au cours de la décennie quatre-vingt. L'éventail des salaires s'est réouvert, les propriétaires se sont enrichis et la progressivité des prélèvements obligatoires en fonction des revenus s'est réduite : les riches le sont donc devenus un peu plus. Mais la primauté accordée à l'efficacité économique et à la compétitivité a banalisé les inégalités en les présentant comme stimulantes voire indispensables à une sortie de crise.

Voir aussi : Le rapport du commissariat général au plan

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