Inégalités et exclusion pendant les 30 glorieuses

Thème 1 : Exclusions d'hier et d'aujourd'hui

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par Dominique Sicot,
Alternatives économiques, Avril, 1994 (extrait).

 

Pendant les 30 glorieuses, le débat social s’est structuré autour des inégalités. La pauvreté et l’exclusion paraissaient résiduelles.

(...) Au cours des Trente glorieuses, le débat sur les inégalités a mobilisé les syndicats et les partis politiques de gauche et alimenté la pensée des intellectuels. La prospérité économique, le progrès et le plein emploi semblent devoir assurer une élévation générale du niveau de vie. L'ensemble des salariés sont intégrés dans une série d'institutions légales ou conventionnelles qui garantissent la diffusion des effets de la croissance par des hausses de salaires, mais aussi par une extension et une amélioration du dispositif de protection sociale. C'était ce que certains économistes appellent le "compromis fordiste". Nul, ou presque, n'est laissé pour compte, même si le partage des fruits de la croissance demeure inégalitaire.

Voir aussi le mot : fordisme


Les inégalités - souvent très fortes - sont cependant jugées souvent inacceptables. Les luttes sociales se focalisent donc sur leur réduction, qu'il s'agisse des disparités de revenus ou des inégalités de conditions de vie, de chances ou d'accès à l'enseignement, à la culture... Jusqu'en 1980 environ, ces inégalités s'amenuisent effectivement sur de nombreux points. La pauvreté existe, mais elle n'est pas synonyme d'exclusion. Elle renvoie au Lumpenprolétariat, à la condition ouvrière et aux personnes situées en bas de l'échelle sociale et dont les revenus sont modestes et les conditions de travail et de vie souvent pénibles.

Pendant les 30 Glorieuses, les formes extrêmes de pauvreté n’ont pas totalement disparu.


Si les formes extrêmes de pauvreté ne sont pas éradiquées, elles apparaissent résiduelles. C'est essentiellement à travers la question du logement que les situations de pauvreté sont mises en lumière. Durant l'hiver 1953-54, l'abbé Pierre lance ses premières campagnes en faveur des sans-logis. Dès 1955, une politique massive de construction de logements sociaux est mise sur pied, mais les plus pauvres n'auront pas accès aux HLM. En 1957, le Père Joseph Wresinski fonde le mouvement ATD-Quart Monde et partage la vie des familles du camp de Noisy-le-Grand. L'extrême pauvreté se concentre dans les bidonvilles et les cités de transit. Elle ne concerne pas seulement des marginaux, mais des "oubliés" de la croissance qui, le plus souvent, ont un travail mais, parce qu'ils cumulent les handicaps matériels et culturels, n'ont pas accès à la société de consommation et au logement décent.

Ce sont ces laissés-pour-compte de la prospérité (handicapés, personnes âgées, quart-monde...) que René Lenoir désigne sous le terme d' "exclus" au milieu des années soixante-dix. Si le mot s'impose au cours de la décennie suivante, il va prendre une toute autre signification. La crise économique et la montée massive du chômage bouleversent les termes du débat social.

Voir aussi : Appel de l'abbé Pierre sur les ondes de Radio-Luxembourg : l'hiver 1954

Voir aussi : Le Père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart-monde

La ville de Noisy-le-Grand se trouve dans la banlieue est de Paris et fait désormais partie de la ville nouvelle de Marne-la-vallée.
"Les exclus, un français sur dix", Le Seuil, 1974

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