"Les bons et les mauvais pauvres" en 1790

Thème 1 : Exclusions d'hier et d'aujourd'hui

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La Rochefoucauld - Liancourt
Plan du travail du Comité de mendicité,
30 Avril 1790

 

Le titre du rapport du Comité de mendicité travaillant dans le cadre de l'Assemblée nationale est : "Secourir la pauvreté honnête et malheureuse, réprimer la mendicité professionnelle et le vagabondage" (...) L'effet des lois sages doit être de distinguer par le traitement le vrai du faux. en secourant la pauvreté honnête et malheureuse, et réprimant le vice qui, pouvant faire disparaître par le travail ses besoins, s'ils existent, vient enlever la subsistance du véritable pauvre et grossir la classe des vagabonds.

Des législateurs doivent se prémunir contre les mouvements si naturels et si doux d'une sensibilité trop facile Ils doivent n'être que justes. Accorder des secours au-delà des vrais besoins, c'est, ou charger la société d'une contribution excessive, ou ne soulager qu'imparfaitement l'indigence sans ressources; les secours données à la pauvreté ne doivent pas devenir des primes pour la paresse, la débauche ou l'imprévoyance. On ne peut se dissimuler que, si les établissements des pauvres ne sont pas le résultat d'une législation à la fois humaine et sévère, le nombre de ceux qu'ils auront à soulager s'accroîtra à l'infini. Les aumônes qui se font en distribution dans certaines villes, dans certains monastères, nous en offrent un exemple journalier. L'Angleterre en présente un plus frappant encore : ses établissements pour les pauvres, fondés sur les principes de prévoyance et d'humanité, n'ont pas été dirigés par cette sévérité qui, cependant, est un caractère essentiel de la justice quand il s'agit d'ordonner des impositions. Aussi la taxe des pauvres qui, en 1680, ne s’élevait qu'à 15 000 000 de nos livres, s'élève aujourd'hui à près de 60 et donne encore à ceux qui la paient la crainte d'une augmentation dont ils voient la nécessite.

Du travail en abondance à tous ceux qui peuvent travailler, voilà ce que doit la société. Un homme sain et robuste qui n'a que ses bras pour subsister est pauvre ; mais il n'est pas misérable lorsque les moyens de travail lui sont fournis Si le travail lui manque, il tombe dans la misère, et de la misère au désespoir il n'est qu'un pas, comme du désespoir au crime.

Le devoir de la société est donc de chercher à prévenir la misère, de la secourir, d'offrir du travail à ceux auxquels il est nécessaire pour vivre, de les y forcer, s'ils s'y refusent, enfin d'assister sans travail ceux à qui l'âge ou les infirmités ôtent tout moyen de s'y livrer. (...)

Ainsi, première division. - Les véritables pauvres, c'est-à-dire ceux qui. sans propriété et sans ressources, veulent acquérir leur subsistance par le travail; ceux auxquels l'âge ne permet par encore ou ne permet plus de travailler enfin ceux qui sont condamnés à une inaction durable par la nature de leurs infirmités, ou à une inaction momentanée par des maladies passagères.


Seconde division
. - Les mauvais pauvres, c'est-à-dire ceux qui, connus sous le nom de mendiants de profession et de vagabonds, se refusent à tout travail, troublent l’ordre public, sont un fléau dans la société et appellent sa juste sévérité.

Ces deux grandes divisions ont tracé au Comité la marche qu'il devait suivre. Il lui a paru qu'il devait considérer le pauvre dans les différents âges et dans les différentes circonstances de la vie.

Voir aussi : L'arrêté anti-mendicité à Nice

Voir aussi : L'arrêté anti-mendicité à Gap


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