| Le débat "pauvreté absolue ou pauvreté relative" | Thème 2 : Pauvreté, inégalités et exclusion : à la recherche de définitions |
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| Cahiers Français, n°
286 La documentation française |
| Seebohm Rowntree, Poverty A study of Town Life, macMillan, London, 1903 | Faut-il raisonner en termes de pauvreté
"relative" ou de pauvreté "absolue" ? Pour éclairer ce débat,
il est utile de distinguer les approches empiriques de la pauvreté de la définition
théorique que l'on peut donner de ce concept. C'est d'abord à travers les études empiriques de la pauvreté que l'opposition entre les approches absolues et relatives de la pauvreté est apparue. L'approche "absolue" fait référence aux premiers travaux menés sur la pauvreté au Royaume-Uni à la fin du siècle dernier par Charles Booth et Seebohm Rowntree. |
Voir aussi : Seuils absolus et relatifs | ||
| La pauvreté était évaluée à travers un seuil de subsistance minimale su dont la mesure concrète était fournie par la valeur d'un panier de biens et services. La reconduction de ces enquêtes, sur la base des mêmes seuils "absolus" de subsistance que ceux définis par Rowntree, conduisit à la conclusion que la proportion d'ouvriers "pauvres" était passée de 31% en 1936 à 3% en 1951. Pour certains, la pauvreté au Royaume-Uni avait été éradiquée. Pour d'autres, en revanche, ce constat était erroné et masquait le fait qu'un grand nombre de personnes continuaient à vivre dans la misère et ne parvenaient pas à satisfaire des besoins essentiels. | ||||
| Critiquant la définition de ces seuils
"absolus" de pauvreté, des chercheurs comme Peter Townsend proposèrent une
approche relative de la pauvreté. L'argumentation théorique développée par ces chercheurs reposait sur deux points. D'abord, la satisfaction d'un même besoin nécessite des ressources dont la composition et le volume changent selon les lieux et les époques. Ensuite, les attentes et les obligations qui pèsent sur les membres d'une communauté évoluent également. Cependant, la méthode empirique, qu'ils proposaient pour définir concrètement une ligne de pauvreté "relative", se référait à un critère, comme par exemple un certain pourcentage du niveau de vie moyen qui traduisait surtout un degré d'inégalité. |
Voir aussi : Une définition de la pauvreté | |||
| Amartya Sen, "Poor, relatively speaking", Oxford Economic Papers, 1983. | Le caractère ad hoc de cette démarche empirique fit l'objet d'une critique insistant sur le caractère absolu du concept de pauvreté. Amartya Sen souligna ainsi que la pauvreté est un concept absolu au sens où elle traduit l'incapacité de satisfaire un certain nombre de besoins essentiels et non des différences dans le degré de satisfaction de ces besoins, ce qui relèverait plutôt d'une approche en termes d'inégalité. Mais pour autant, précise Sen, cela ne signifie pas que les moyens ou les ressources nécessaires à la satisfaction de ces besoins restent fixes dans le temps. Par exemple, les biens nécessaires pour qu'un enfant puisse suivre correctement son programme scolaire ne sont pas les mêmes aujourd'hui qu'il y a cinquante ans. Sen ajoute aussi que la gamme de ces besoins peut bien sûr évoluer. Une bonne illustration est ici fournie par les travaux de Marshall Sahlins qui a montré que les premières sociétés humaines de l'âge de pierre pouvaient être considérées comme des sociétés d'abondance. Même si leur niveau de vie était très bas. les hommes de cette époque n'étaient pas pour autant pauvres car leurs besoins étaient peu nombreux et pouvaient être satisfaits sans peine. |
Voir aussi : Le prix nobel d'Economie 1998 | ||
| Marshall Sahlins, Age de pierre, âge dabondance, Paris, Gallimard, traduction française 1976. |
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