Élargissement de l'Union tous gagnants ! Thème 4 : L'Europe du XXIème siècle : les enjeux de l'élargissement.

par Yves Mamou
Le Monde - 27 avril 1999

 

La candidature de la Turquie date du 14 avril 1987. Malte a déposé sa candidature en juillet 1990 puis l'a retirée. Malte est en cours de dépôt d'une nouvelle candidature.

Un rapport du Commissariat du Plan souligne le caractère politique inéductable de l'ouverture du club Europe, mais reste l'aspect économique...

Il faut se presser, mais lentement. Telle pourrait être la morale du rapport (…) . Ce travail entérine tout d'abord l'idée qu'au plan politique, l'ouverture des portes du club Europe est inéluctable. Un refus entérinerait inexplicablement les frontières de la guerre froide, même après la fin de ladite guerre. Des négociations sont donc déjà en cours avec l'Estonie, la Pologne, la République tchèque, la Hongrie et la Slovénie sans oublier Chypre en vue de leur intégration à terme. Parallèlement, des "conférences européennes" ont lieu régulièrement avec les candidats de second rang comme la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, la Lituanie, la Lettonie et cet autre éternel candidat qu'est la Turquie. Malte a également demandé sa candidature.

 

Voir aussi : Les quinze limitent à six candidats les négociations d'élargissement de l'Union.

Mais si l'élargissement est une évidence politique, au plan économique, l'arrivée de nouveaux membres n'a rien de simple, compte tenu des niveaux très inégaux de développement des nombreux candidats. D'où la question à laquelle s'est attelée le Plan : quels vont être les effets de cet élargissement ? (…)

Tout d'abord, l'état des lieux. L'intégration des dix pays d'Europe centrale et orientale (PECO) est d'abord un défi quantitatif. Ils regroupent cent cinq millions de personnes qui accroîtraient le potentiel démographique de l'Union d'environ 28%. La zone Europe aurait alors une population de quatre cent quatre-vingt-dix millions d'habitants sur une superficie plus grande de 34%. Au plan économique toutefois, le PIB ne serait augmenté que de 4% à 5% compte tenu du poids économique modeste des nouveaux candidats. Rapporté par habitant, le PIB des PECO représente environ 15% de celui des pays de l'Ouest européen.

Premier constat : élargir l'Europe, revient à la rendre plus hétérogène encore. Les élargissements de 1981 et 1986 à la Grèce d'abord, puis à l'Espagne et au Portugal, avaient déjà été source de sérieuses difficultés. Les fonds structurels ont même été créés pour accélérer la mise à niveau des pays méditerranéens. Le démantèlement des barrières douanières et non douanières, l'intégration des directives dans les législations nationales, l'harmonisation des politiques économiques avec celles des grands pays de l'Union ne pouvaient avoir de sens sans contreparties financières. Il apparaît que cette politique d'aide doit toutefois être réformée tant les résultats en termes de croissance semblent mitigés dans les pays qui en ont le plus bénéficié comme le Portugal.

(…) On estime qu'une intégraton complète accompagnée des réformes structurelles qui la sous- tendent permettrait des rythmes de croissance annuelle de 5% à 6,5%. (…)

L'intégration s'imposerait d'autant plus que les ex-pays de l'Est ne partent pas de zéro. Dix ans après la chute du mur de Berlin, les PECO se sont largement intégrés au commerce intra-européen. Au point que leur intégration institutionnelle peut même sembler en retard par rapport à leur intégration commerciale. (…)

 

Les pays baltes candidats à l'Union européenne sont la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie

Les pays scandinaves ont développé des relations identiques avec les pays baltes tandis que l'Italie et la Grèce ont fait de même avec les Balkans. (…) Loin de devenir de simples "ateliers", les pays de l'Est sont aussi devenus des marchés pour des secteurs comme l'automobile ou le téléphone.

Concernant l'agriculture, les études sur les conséquences à l'Ouest sont plus contrastées. Certains experts pointent la sous-productivité et la faiblesse de la qualité sanitaire des agricultures d'Europe centrale tandis que d'autres mettent en avant la faiblesse des coûts de production comme avantage compétitif. A moyen terme, tous semblent cependant s'accorder sur la mise à niveau rapide tant en terme de compétitivité que de prix.

 

Compte tenu du poids de la Politique agricole commune (PAC) dans le budget de l'Union (50% environ), la question du coût pour les finances communautaires d'un élargissement à l'Est se pose inévitablement. Dans l'Agenda 2000 présenté en juillet 1997, la Commission a proposé un cadre financier qui a été revu à la baisse en mars 1999 à l'occasion du sommet de Berlin. Il a ainsi été décidé que les aides de la PAC ne seraient que très partiellement attribuées aux agriculteurs d'Europe centrale et que l'intégration se ferait graduellement. Ces deux mesures ont pour but de maintenir le financement de l'élargissement dans la limite d'un plafond de ressources limité à 1,27% du PIB des Quinze.

 

 

 

Voir aussi : Agenda 2000 : les axes politiques et Agenda 2000 : le compromis budgétaire.

Compte tenu du fait que l'élargissement est supposé créer un surcroît de richesses à l'Ouest de 1% de PIB, le coût global pour les pays membres serait donc à peu près nul. Et cela, même si un ralentissement économique survenait à l'Ouest. Bien que les coûts d'intégration apparaissent maîtrisés, rien toutefois ne permet d'anticiper une adhésion rapide tant que la question de "l'acquis communautaire " n'aura pas reçu un début de réponse adéquat." Un marché intégré ne peut bien fonctionner, et les PECO ne pourront en bénéficier pleinement, que si les règles sont les mêmes pour tous et partout.(...) Voir aussi : Les acteurs et le déroulement de la négociation.

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