Trois scénarios pour le Vieux Continent à l'horizon... 2008. Thème 3 : L'Europe du XXIème siècle : les nouvelles politiques.

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par Annie KAHN
Le Monde du 20/04/99 /Supplément

 

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Ultralibérale ou ultraréglementée ? Unifiée ou fragmentée ? Andersen Consulting propose trois visions de l'Europe du début du prochain siècle (…)

PREMIER SCENARIO : L'Europe concurrentielle.

Le libéralisme triomphe dans une Europe réellement unifiée. "L'Europe est un endroit où il fait bon vivre, pour ceux qui appartiennent à la nouvelle classe cosmopolite européenne, éduquée, riche et connectée. Mais les pauvres le sont de plus en plus ; ils ne manquent pas seulement d'argent mais aussi d'information, car ils ne peuvent accéder aux réseaux dont l'importance est de plus en plus grande."

 

Dans cette hypothèse, l'euro est une monnaie puissante.(…). Les Etats membres ont intérêt à bien se tenir, et à respecter les directives communautaires. Les institutions européennes, basées à Berlin, concentrent, désormais, l'essentiel du pouvoir. Elles ne l'utilisent pas pour répartir des subventions, mais plutôt pour assurer un environnement favorable aux affaires. (…)

 

Voir aussi : Les institutions de l'UE.
L'individualisme et l'esprit d'entreprise règnent en maître. Depuis 2005, les monopoles d'Etat on disparu. (…). L'Etat- providence est du domaine du passé(…). Les règlements et législations en matière d'emploi, qu'elles soient nationales ou communautaires, ont été balayées. "Conséquence : l'emploi est encore plus précaire. (…)" Il y a quelques années, l'immigration était encouragée pour remédier aux problèmes démographiques posés par une population vieillissante. Mais cette population, très qualifiée, suscite la jalousie des catégories les plus pauvres. Les conflits sociaux vont croissant. Ce qui n'a pas empêché nombre d'entreprises de se déplacer, au contraire, vers l'est pour profiter de ressources et de main-d'oeuvre meilleur marché.

DEUXIEME SCENARIO : L'Europe humaniste.

Le continent est très réglementé, pour assurer, en particulier, une bonne protection sociale. Les institutions de l'Union, situées aussi à Berlin (…)sont devenues extrêmement puissantes.

L'Union européenne a dans le cadre du droit de la concurrence une compétence visant à éviter que les fusions d'entreprises ne se soldent par des monopoles tuant la concurrence.

 

Le rapport fait référence à l'introduction d'une clause sociale dans les échanges internationaux.

Mais les Etats continuent à jouer un rôle. " Les fusions et acquisitions sont sévèrement contrôlées, non seulement pour éviter les prises de position dominante, mais aussi pour veiller aux conséquences en matière d'emploi. Nombre de ces opérations sont soumises à des évaluations d'impact social. ".

Un " salaire européen minimum garanti " imposé par la loi a pour but de réduire le fossé entre les riches et les pauvres. On assiste à la création d'une large classe moyenne(…). Les produits venant de pays n'ayant pas les mêmes exigences sociales auront du mal à pénétrer " la forteresse Europe ". Ce qui enclenche un cercle vicieux : les entreprises, protégées de l'extérieur, sont moins innovantes, ce qui accroît encore le besoin de protection (…)

 

Voir aussi :  Une politique européenne de l'emploi est-elle possible ?

Les lobbyistes ont pour tâche de faire prévaloir au prés des institutions européennes les intérêts de leurs clients (entreprises, collectivités locales...)su des sujets liés à la réglementation européenne et à l'accès aux financement européens. Les petits malins n'ont, néanmoins, pas trop de mal à contourner la " forteresse Europe ". " L'attaque de la forteresse est devenue le nom d'un jeu pour les entreprises non européennes et leurs clients. Dégoûtés du prix élevé des produits et des faibles possibilités de choix, les consommateurs avisés surfent sur Internet pour trouver des CD bon marché, des films de Hollywwood interdits en Europe pour cause de quotas, et tout autre produit téléchargeable à l'abri du regard des douaniers. "

TROISIEME ET DERNIER SCENARIO : L'Europe "éclatée".

Nombreux sont ceux qui songent, avec émotion à cette époque du milieu des années 90, où l'on parlait d'une Europe à deux vitesses ; car maintenant, l'Europe fonctionne plutôt à vingt vitesses. " L'euro n'est plus utilisé que dans un très petit nombre de pays. La plupart ont remis en circulation leur propre monnaie, malgré le coût engendré.

La délocalisation consiste pour une entreprise à ce déplacer vers les pays à plus faible coût de main d'œuvre et de charges fiscales et sociales Les manoeuvres protectionnistes sont courantes. Les institutions européennes ont le plus grand mal à faire appliquer les directives dans les Etats membres. Il y a de plus en plus d'entraves à la circulation du travail et du capital. Les gouvernements nationaux jouent encore un rôle important ; mais des "structures politiques multicouches" se sont développées, avec en particulier la mise en place d'institutions régionales transfrontalières. "Il devient très difficile pour les entreprises d'avoir de bonnes relations avec une couche gouvernementale sans offenser l'autre. Le recours à des lobbyistes professionnels s'avère de plus en plus nécessaire."

Ce paysage complexe incite de nombreuses entreprises à se délocaliser. Les pays d'Europe centrale et Europe de l'Est attirent les investisseurs, car les contraintes opérationnelles y sont moindres et les retours sur investissement plus prometteurs. (…)


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