| Le taux de change de l'euro | Thème 7 : L'euro et le dollar... |
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| Alternatives économiques, Hors série n° 36 , 1998 (extrait). |
| A la question de savoir à quel niveau sera le
taux de change de l'euro par rapport aux autres
grandes devises internationales, les économistes apportent aujourd'hui une réponse
claire et assez consensuelle : on n'en sait rien ! Le sujet est pourtant
d'importance, car l'état de l'économie européenne dépendra, en partie, de la tendance
de l'euro à s'apprécier ou à se déprécier : sa
compétitivité vis-à-vis du reste du monde et le niveau de ses taux d'intérêt, deux
déterminants essentiels de la croissance et de l'emploi. Quels sont les arguments en
présence ? La principale raison évoquée pour anticiper une dépréciation tient au manque de crédibilité initiale dont souffrirait la Banque centrale européenne (BCE) par rapport à la Bundesbank. Une moindre crédibilité liée au fait que la BCE va intégrer l'influence de pays moins prompts à lutter contre l'inflation, comme l'Italie, et que l'efficacité de ses instruments de politique monétaire reste à prouver dans un contexte entièrement nouveau. Mais on peut, au contraire, souligner que la BCE a hérité des mêmes garanties institutionnelles d'indépendance du pouvoir politique que la Bundesbank et du même objectif principal de lutte contre l'inflation. |
Voir aussi : Embarquement pour l'inconnu | |||
| D'où l'hypothèse inverse : le risque serait
que le taux de change de l'euro tende à s'apprécier de manière excessive. En effet,
jouissant d'une bonne crédibilité, liée à celle de la BCE et à la faible inflation
dans les pays européens, l'euro bénéficierait de la confiance des marchés et serait
très demandé. L'offre d'euros restant encore limitée, du fait par exemple de l'absence
d'un marché unifié de la dette publique en euros (les dettes publiques nationales sont
libellées en euros, mais il n'y aura pas de dette publique européenne à court terme),
son taux de change s'établirait à un niveau trop élevé qui risquerait de freiner
l'activité. Ce raisonnement oublie pourtant deux arguments. D'abord, la demande d'euros
sera moins forte, pour des besoins de transaction, que la somme des demandes des
différentes devises européennes. Ensuite, la volonté des investisseurs de diversifier
leurs placements, qui ne pourra plus être satisfaite comme avant dans l'espace européen
du fait de la disparition de plusieurs monnaies nationales au profit de l'euro, pourrait
les inciter à se débarrasser d'une partie de leurs euros pour acheter d'autres devises.
Au total, l'appréciation de l'euro ne semble donc pas inéluctable. En dépit de cette incertitude sur le niveau futur du change, les pays européens devraient finalement pouvoir bénéficier de taux d'intérêt à long terme plus faibles que ceux d'aujourd'hui. Et donc plus favorables à la croissance : les entreprises pourront emprunter moins cher pour investir et les intérêts sur la dette publique seront moins élevés, libérant des marges de manuvre pour la politique budgétaire. La disparition du risque de change entre les devises européennes sera un premier facteur de baisse : les investisseurs ne demanderont plus que le risque de dépréciation qu'ils pouvaient subir sur leurs placements soit compensé en termes de taux d'intérêt. En profiteront le plus les pays pour qui le risque de change est aujourd'hui relativement plus grand, comme l'Italie ou l'Espagne. Surtout, les taux d'intérêt à long terme allemands représentent aujourd'hui les taux de référence pour le reste de l'Europe. Or, depuis la réunification, l'Allemagne est confrontée à des déficits budgétaires qui limitent la baisse possible de ses taux d'intérêt. La situation des pays participant à l'euro, dans leur ensemble, sera bien meilleure en la matière, ouvrant un potentiel de baisse des taux à long terme. Enfin, sauf tendance initiale à une dépréciation marquée de l'euro, la BCE pourrait s'engager dans une politique monétaire caractérisée par des taux d'intérêt à court terme modérés. En effet, la convergence s'est opérée de telle manière que tous les pays participant à l'euro connaissent aujourd'hui un taux d'inflation assez bas et un chômage élevé. De plus, la contrainte du pacte de stabilité, qui impose aux politiques budgétaires de maintenir à moyen terme le déficit sous les 3 % du PIB, incitera sûrement les gouvernements européens à poursuivre leurs efforts actuels de rigueur budgétaire. Ils pourraient même chercher à revenir à l'équilibre budgétaire si la reprise s'affirme afin de s'assurer des marges de manuvre significatives pour l'avenir. Dans un environnement peu inflationniste, avec des politiques budgétaires rigoureuses et la pression qui ne manquera pas de s'exercer sur elle, compte tenu du haut niveau du chômage, la BCE n'aura guère de raison d'adopter une politique monétaire restrictive. Un niveau plus faible des taux d'intérêt associé à la disparition du risque de change et à l'excédent d'épargne de la zone devraient finalement permettre aux pays de l'euro de bénéficier de taux d'intérêt à long terme plus favorables qu'aujourd'hui au dynamisme de l'investissement et à l'action budgétaire pour soutenir l'activité et l'emploi. |
Voir aussi : Les trois défis à venir |