| L'euro sera-t-il une monnaie stable ? | Thème 7 : L'euro et le dollar... |
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| par Agnès Bénassy-Quéré, Les Cahiers français, n° 282, La documentation française, 1997 (extrait). |
| La valeur de l'euro sera probablement
instable durant la transition, en raison des réallocations opérées dans les
portefeuilles privés et publics et de l'incertitude entourant l'évolution des politiques
économiques en Europe. A plus long terme, il est plus difficile de prévoir quel sera le
degré d'instabilité de l'euro par rapport au dollar. Selon un premier argument, les fluctuations de l'euro affecteront seulement la compétitivité par rapport aux pays hors de l'Union, alors que les pays de l'UE à 15 réalisent plus de 60% de leurs échanges entre eux. Ainsi, la BCE se préoccupera peu du taux de change de l'euro, tout comme la Réserve Fédérale américaine s'est traditionnellement peu préoccupée du taux de change du dollar. Une sorte de benign neglect réciproque pourrait se développer au sujet du taux de change euro/dollar, les Banques centrales des deux côtés de l'Atlantique se concentrant sur leurs objectifs internes, et en particulier sur la lutte contre l'inflation, laquelle dépendra moins qu'auparavant des variations de change . |
Voir aussi : Les politiques budgétaires après l'euro | |||
| D'un autre côté, le taux de change euro/dollar ne sera plus affecté par des chocs "anti-symétriques" en Europe, c'est-à-dire par des chocs affectant de manière opposée deux pays européens. Par exemple, un déplacement de demande de la France vers l'Allemagne amène la Bundesbank à resserrer sa politique monétaire pour éviter une hausse de l'inflation. | Voir aussi : L'UEM, une zone monétaire non optimale? | |||
| Dans le cadre du SME, la Banque de France
suit la politique de la Bundesbank pour éviter que le franc ne se déprécie. Au total,
les taux d'intérêt augmentent en Europe, et le dollar se déprécie par rapport aux
monnaies européennes. En UEM, dans un tel cas la BCE
n'aura pas de raison de modifier sa politique monétaire puisqu'elle n'observera pas de
déséquilibre entre offre et demande de biens et services au niveau européen. Les chocs
"anti-symétriques" n'affecteront donc pas le taux euro/dollar. Les chocs
"symétriques" (touchant de la même manière les différents pays européens)
conduiront à une réaction de la politique monétaire européenne et donc du taux de
change euro/dollar, identique en UEM et dans un régime de SME "dur" (crédible
et sans marges de fluctuations).
Au total, le dollar devrait se trouver plus stable par rapport aux monnaies européennes en UEM que dans un régime de SME "dur", mais plus instable que dans un régime de flottement. Or le SME actuel avec ses marges de fluctuations de + ou - 15%, est intermédiaire entre un SME "dur" et un régime de flottement. Il est donc difficile de dire si l'instabilité du dollar va augmenter ou diminuer par rapport à la situation actuelle. |
Voir aussi : Les politiques économiques préalables à l'Union monétaire | |||
| Il importe toutefois de comprendre que même si l'UEM aboutissait à une plus grande instabilité des taux de change entre grandes monnaies, celle-ci ne serait pas forcément un mal. Environ 20% des échanges commerciaux dans le monde se font entre des pays dont la monnaie est ancrée sur le noyau dur du SME (deutschemark, franc français, franc belge, florin). Vingt autres pourcents se font entre des pays dont la monnaie est ancrée de fait au dollar. Les échanges entre les deux zones ne représentent que 10% du commerce mondial. Compte-tenu du décalage des conjonctures de part et d'autre de l'Atlantique, une instabilité du taux de change euro/dollar pourrait être préférable, d'un point de vue macroéconomique, à des taux de change européens plus stables par rapport au dollar trahissant en fait une incapacité des Européens à se coordonner entre eux. Il reste qu'une instabilité accrue des grandes monnaies entre elles aurait nécessairement des conséquences industrielles. Elle encouragerait en particulier les entreprises à délocaliser leurs productions plutôt qu'à exporter à travers l'Atlantique. Compte-tenu du déséquilibre actuel des échanges entre l'Europe et les États-Unis, ceci se traduirait par des pertes nettes d'emploi pour les Européens. | Voir aussi : Le nouveau partage monétaire |