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- La monnaie unique permettra-t-elle
aux Onze de mieux résister aux crises ?
- Les monnaies européennes ont résisté de façon remarquable à la crise
financière asiatique. Pour autant, personne n'est en mesure de prédire ce qui va se
passer, comment les Onze vont gérer les crises, les chocs, les soubresauts de
l'activité. La théorie économique est muette et il n'y a, dans l'Histoire, aucun
précédent qui nous dise comment, après un pareil changement de régime monétaire, un
ensemble économique réagit. Cette ignorance sera une source de désaccords entre les
Onze.- Comment envisager l'avenir ?
- Deux scénarios sont possibles. Le premier, vertueux, est fondé sur la compréhension
réciproque des autorités gouvernementales et monétaires. En clair, les gouvernements
font confiance à la Banque centrale européenne (BCE),
ils poursuivent des politiques budgétaires rigoureuses qui permettent à la banque
centrale de baisser les taux d'intérêt. |
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Voir aussi : Embarquement pour
l'inconnu |
| La politique
monétaire comporte deux volets étroitement liés par les taux d'intérêts : la
politique du crédit et la politique de change. |
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Cela suppose évidemment que cette dernière
ait admis que la croissance est vitale et que l'inflation
n'est plus une menace. Le secteur privé prend confiance, l'optimisme gagne et Euroland
connaît une croissance soutenue. Les Onze peuvent alors engager plus facilement les
grands chantiers sans lesquels l'Union économique et
monétaire (UEM) peut à terme capoter. Ces grands chantiers sont la réforme des
marchés du travail et la création d'un grand marché financier européen.
Mais il y a un second scénario, plus pessimiste, fondé sur la méfiance et
l'incompréhension. La BCE se sent menacée : pour préserver la stabilité de l'euro,
elle joue le statu quo. Devant cette passivité, les gouvernements sont tentés de céder
au laxisme budgétaire et fiscal. Le secteur privé prend peur et l'attentisme se
généralise. Ce scénario ne résoudrait pas les problèmes de l'Europe, en particulier
celui du chômage, et minerait très vite la crédibilité de l'UEM.(...)- (...) Mais le pacte de stabilité et de croissance pose
des limites à l'utilisation du budget pour relancer une économie. Ce pacte n'est-t-il
pas trop contraignant ?
- Cela dépend de la situation dans laquelle se trouve le pays au moment du choc.
Si la situation budgétaire de départ est saine, avec des déficits proches de zéro,
alors ce pays a une marge de manoeuvre qui va jusqu'à 3% de déficits par rapport au
produit intérieur brut (PIB). Avec l'accord de ses partenaires, il peut encore aller
au-delà si sa situation est vraiment dégradée. Je ne vois pas là une camisole
particulièrement contraignante. Pour ce qui est des sanctions prévues pour les pays
indisciplinés, je crois que, là encore, on gérera cela à l'européenne, dans le cadre
d'une négociation. Si une majorité d'Etats laissent filer leurs déficits pour répondre
à une ralentissement de l'activité, il est fort probable que les Onze décident que le
pacte de stabilité ne s'applique pas.
Il y a toutefois un instrument dont n'ont pas voulu se doter les Européens pour répondre
aux chocs, c'est celui du budget fédéral. Cela différencie l'Europe des Etats-Unis où
le budget fédéral permet d'atténuer les chocs sectoriels ou régionaux. On estime
aujourd'hui que 15% de l'ajustement aux chocs se fait par ce budget commun.
Mais ce sujet pose un problème politique qui est de savoir si les Européens veulent, ou
non, d'un budget européen conséquent supposerait une vraie solidarité financière entre
les Etats car il faudrait accepter, chaque année, de transférer une partie importante de
la richesse de chaque Etat à un budget central. Ce serait une perte de souveraineté
beaucoup plus grande que la perte de souveraineté monétaire. Les Européens ne sont pas
prêts à l'accepter.
- Sur le plan économique, la création de ce
budget est-elle nécessaire pour amortir les chocs au sein de l'Union ?
- Non, à condition que l'Europe se dote d'un marché financier suffisamment efficace et
intégré pour que l'épargne privée circule et satisfasse les besoins.
- Faute d'une bonne coordination entre les Onze,
certains redoutent que l'emploi ne soit le grand perdant de la nouvelle situation. Qu'en
pensez-vous ?
- Je serai moins pessimiste. Prenons par exemple le cas d'un pays qui ne pourrait plus
écouler ses produits à l'exportation en raison d'une chute des prix mondiaux. La seule
solution passe, dans ce cas, par une réduction des coûts de production. Selon la
flexibilité du marché, cet ajustement portera sur les salaires qui baisseront ou sur
l'emploi que l'on supprimera. Il est clair que, derrière ces ajustements de
compétitivité, se pose en Europe un vrai problème d'harmonisation des marchés du
travail et de disparités des rémunérations. Il va falloir le résoudre.
Les Allemands se sont fait les premiers l'écho de cette préoccupation en réclamant une
coordination en réclamant une coordination des politiques salariales. Il ne faut pas s'en
étonner : les salariés allemands sont les plus riches de l'Union et ils craignent pour
leur pouvoir d'achat. Car le risque est, bien sûr, que l'harmonisation se fasse par le
bas si on laisse jouer librement les mécanismes du marché. Nous sommes là au coeur d'un
dilemmes européens.
Il faut trouver un mode de fonctionnement qui, économiquement, soit le plus efficace
possible tout en préservant la cohésion sociale des Onze. Maintenant que la monnaie
unique est faite, ce sera le chantier majeur des années à venir.
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Voir aussi : Le taux de change de
l'euro |