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L'ACCUEIL DES ENFANTS DE 2 ANS

Michèle LACHENY
DEA maternelle P. Kergomar
Montpellier (34)


" Il est indispensable que l'école maternelle soit ouverte aux familles et entretienne avec elles des relations de confiance. Il importe également qu'elle puisse travailler avec les autres institutions qui ont joué et qui jouent encore un rôle dans la vie des enfants (établissements et services d'accueil du jeune enfant) 1 ".

C'est un grand bébé que l'école maternelle accueille pour donner son essor à un petit écolier.

1. LES PARENTS

A) La première rencontre :

Elle peut se passer à plusieurs niveaux et être différente selon que les parents habitent un village ou une grande ville.

1) Premier contact au téléphone :

Ce sont les parents qui appellent, souvent très tôt dans l'année scolaire précédente (vers les mois de février/mars), pour savoir quelles sont les possibilités de scolarisation pour leur enfant. À ce moment, il n'est pas question d'un véritable accueil, mais plutôt d'une prise de contact qu'il ne faut pas négliger : la Directrice pose déjà quelques questions concernant l'âge de l'enfant et le domicile des parents. Elle peut alors donner des informations simples sur le futur accueil et sur le fonctionnement de l'école (prise de rendez-vous, horaire, nombre de classes, fonctionnement).

2) L'accueil des parents et des enfants

Au cours du mois de juin

  • L'inscription : les formalités administratives étant vite réglées, il importe de faire comprendre aux parents qu'ils vont débuter leur apprentissage de " parents d'élèves ". On peut les amener à préciser à ce moment-là, leurs attentes vis à vis de l'institution et leurs représentations de sa mission auprès de leur enfant.

  • L'accueil des parents et de l'enfant : Il importe aussi de prendre son temps et de soigner l'accueil. C'est l'attention portée à la personne de l'enfant et aux parents, c'est l'explication de tous les détails matériels et affectifs de la vie future de l'enfant à l'école qui permettront à chacun de se sentir reconnu en tant que personne et qui feront que le passage de la famille à l'école ne sera pas vécu comme un abandon. Le tout petit doit sentir la cohérence entre l'équipe éducative et la famille, malgré la rupture. La spécificité de l'enfant de 2 ans appelle une vigilance d'autant plus grande que celui-ci est encore immature et vit peut être une relation très fusionnelle avec sa mère et ses proches.

  • La matinée portes ouvertes : c'est une visite de familiarisation. Un samedi matin, les parents et l'enfant viennent faire vraiment connaissance avec l'école. L'enfant joue librement dans sa future classe, dans la cour. Il peut aussi participer un moment à une activité pédagogique. Il s'agit là d'établir la confiance, tant au niveau de l'enfant qu'au niveau des parents.

Organisation de la rentrée pour les 2 ans

  • Le contrat de scolarisation : Il nous semble indispensable d'établir un projet de scolarisation avec les parents, l'objectif étant la scolarisation régulière de l'enfant, en envisageant plusieurs étapes, en fonction des possibilités de chacun qui varient selon :

    • La capacité de l'enfant de se séparer de l'adulte et son autonomie.

    • La disponibilité des adultes de la famille.

    • L'organisation propre de l'école et ses contraintes.

    Un contrat très précis a l'avantage de permettre de définir les modalités d'accueil pendant la période d'adaptation (plus ou moins longue) et permet des réajustements du dispositif selon l'évolution de l'enfant.

  • La rentrée proprement dite : par expérience, nous savons qu'il est indispensable que la rentrée des tout petits s'échelonne sur plusieurs jours, pour donner la possibilité :

    • aux parents qui accompagnent l'enfant de rester, s'ils le souhaitent, une grande partie de la matinée dans la classe.

    • aux enseignants, d'individualiser de manière plus approfondie l'accueil des quelques enfants présents.

Accueil dans la classe : une démarche progressive 2

Progression dans la durée du temps passé à l'école : venir d'abord une heure, pour arriver jusqu'à la demi-journée.

  • Progression pour apprendre à connaître tous les adultes :

    • D'abord la maîtresse et l'ATSEM, adultes incontournables, présentes tous les jours et à tout moment.

    • Ensuite, si cela est absolument nécessaire, pour des raisons impératives de travail des deux parents, faire la connaissance des animateurs du restaurant scolaire, de la garderie du soir, voire même du Centre de loisirs du mercredi. Il nous semble indispensable d'expliquer aux parents que la journée d'un petit enfant ne peut, sans conséquences perturbantes, se dérouler de 8 heures du matin à 19 heures, avec en plus un temps de cantine !

    • Progression pour les adultes : comment découvrir et s'intéresser à 30 tout petits en une seule fois ?

    • Progression dans la rencontre avec les autres enfants : apprendre à se connaître dans un petit groupe d'enfants, commencer à créer des liens. Se retrouver dans de petits espaces aménagés dans la classe.

Si une organisation réfléchie le permet, envisager que chaque classe de tout petits ait son espace de repos, de récréation, de jeux, de sommeil, afin d'éviter que les tout petits se retrouvent avec trop d'enfants en récréation par exemple.

B) La première séparation :

Accueillir un enfant de 2 ans, c'est travailler sur le lieu et le temps de la séparation de chaque enfant avec ses parents, et notamment, sa mère.

1) L'expérience de la première séparation

  • La première rentrée pour le tout petit, qui vit dans l'instant, est une aventure marquée d'une intense charge affective. C'est souvent sa première expérience de séparation régulière d'avec sa mère (sauf pour les enfants qui ont fréquenté un établissement ou un service d'accueil du jeune enfant) et le milieu familial. C'est aussi la confrontation avec un groupe de pairs, des adultes inconnus, des repères différents. En conséquence, le rôle des adultes est de veiller à ce que la séparation soit la plus douce possible entre le petit enfant et sa mère, afin qu'ils puissent vivre séparés un temps et se retrouver après.

  • Il sera de même très important de laisser entrevoir progressivement au(x) parent(s) que la séparation offre à l'enfant d'autres attachements, constructeurs pour lui, car ils l'enrichissent d'un autre mode de relations.

    2) Les séparations et les retrouvailles quotidiennes

    • L'idée de séparation est souvent ressentie dans son côté négatif et non dans une dimension d'ouverture à l'autre. Il semble donc essentiel de ne pas dévaloriser cette idée de séparation en impliquant les parents dans le projet de la classe, en les reliant à leur enfant à travers le cahier de vie, par exemple.

    • L'accueil de l'enfant de 2 ans se fait en classe, c'est plus sécurisant. Malgré les recommandations données aux parents, certains s'esquivent trop rapidement dès que le petit a le dos tourné. Ce qui provoque pleurs et mal-être pendant un long moment. Le rôle de l'enseignante est d'expliquer et de ré-expliquer aux parents ce qu'il est souhaitable de faire.

    • Conseils aux parents :

      • L'enfant peut réclamer la présence d'un parent un long moment au début ; c'est normal et il faut accepter ce temps d'adaptation qui améliore considérablement les conditions de rentrée.

      • On doit dire la vérité à l'enfant. " Je reviendrai te chercher à midi " ou " Je reviendrai ce soir, après le goûter ". Si la mère s'esquive sans rien dire, comment peut-il être sûr qu'elle reviendra ?

2. LE RÔLE DES ATSEM

  • Intégrer les ATSEM aux projets de la classe :

    Prendre un moment chaque semaine pour faire le point : bilan de la semaine écoulée et projet pour la suivante, elle comprendra ainsi mieux le travail demandé (si elle est aujourd'hui responsable du coin peinture, elle connaîtra la consigne et l'objet de l'activité).

  • Qui mène les activités ?

    • Un écueil à éviter : même si l'enseignante débute, même si l'ATSEM est ancienne dans l'école, c'est l'enseignante qui est responsable de la classe et de tout ce qui s'y passe.

    • L'envie de diriger une activité est souvent guidée, chez l'ATSEM, par le souci que les enfants fassent bien, sans se tromper -> elle agit à la place des enfants. Si ce constat est fait, il faut intervenir tout de suite, en dehors de la présence des enfants.

    • L'explication et la discussion, sans idée de hiérarchisation des rôles sont les seuls moyens de ne pas mettre les enfants dans des situations contradictoires : recherche et tâtonnement, apprentissage avec l'enseignante et passivité et déresponsabilisation avec l'ATSEM.

  • Veiller à la qualité du quotidien :

    • Être attentif au langage utilisé avec les enfants, au comportement, aux attitudes.

    • Ne jamais laisser passer des propos qui choquent : les non-dits détériorent les relations et discréditent l'enseignante.

    • En cas de difficultés -> directeur et conseil des maîtres.

  • Faire reconnaître à tous le rôle de chacun :

    • Les enfants doivent reconnaître le rôle et les tâches des ATSEM.

    • Ils doivent ranger au maximum et respecter les règles de la vie collective.

    • Mais aussi respecter les ATSEM dans leurs paroles et leur comportement.

    • L'ATSEM n'est pas une bonne à tout faire. Il est choquant certaines fois de voir à quel point certains enseignants sont " légers " dans leur comportement. Donc :

      • On peut aider à l'habillage des enfants

      • On peut effectuer quelques tâches matérielles

      • On doit impérativement respecter les horaires de l'école

      • On ne doit pas laisser (faute grave) l'ATSEM accompagner seule les enfants aux toilettes.

  • Spécificité de l'ATSEM dans une classe de 2 ans :

    • Soignant chaque enfant dans son corps, étant proche de lui à des moments aussi sensibles que les repas et le sommeil, l'ATSEM est souvent identifiée à " une image maternelle de l'école " 3, différente de celle de la mère et de celle de l'enseignante, tout en étant porteuse des règles de la vie collective.

    • Lorsqu'il est fatigué, le jeune enfant peut à tout moment quitter le groupe pour se réfugier auprès de l'ATSEM qui noue avec lui un lien affectif fort et une relation dans laquelle le petit se sent reconnu dans sa personne, comme différent d'un autre enfant.

L'ATSEM est le complémentaire de l'enseignante.


1. Programmes de l'école primaire, CNDP/Savoir Livre, 1995.
2. L'Ecole Maternelle aujourd'hui, Retz
3. Accueillir le jeune enfant : quelle professionnalisation ? CNFPT/Eres - 1999



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