L'occident aurait-il le monopole du racisme PTINTERO.gif (1122 octets)

 

La suprématie géopolitique de la civilisation occidentale à partir de « l’automne du Moyen âge » et jusqu’au XXe siècle peut expliquer, à défaut de le justifier, l’orgueil de l’homme blanc devant sa prétendue mission planétaire. Mais l’Occident n’a pas le monopole du racisme, car le racisme et son corollaire, la xénophobie, ne sont pas liés à la seule volonté d’hégémonie. Des exemples historiques choisis en Asie, en Afrique ou en Amérique nous le montrent.

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L’expansion et la puissance occidentales sur toute la planète depuis le XVe siècle jusqu’à nos jours tiennent davantage à des raisons de situation géographique et de progrès techniques liés à celle-ci qu’à une quelconque supériorité raciale des blancs. On a pu démontrer que le cap occidental de l’Eurasie est bien au centre des terres habitées de la planète (Oekoumène) principalement regroupées dans l’hémisphère boréal ; l’aventure maritime jusqu’aux extrémités de la terre a donc fatalement exercé son déterminisme sur les européens riverains de l’Atlantique qui ont pu coloniser tout le reste du monde océanique en mettant au point les moyens techniques nécessaires : nouveaux types de vaisseaux au long cours, nouvelle organisation commerciale, au besoin, armes nouvelles et redoutables. De là, fondation d’empires coloniaux où s’est exercé trop souvent un racisme certain à l’encontre des autochtones. On a ainsi pu parler d’un réel péril blanc alors qu’on n’a jamais vu, jusqu’ici un péril d’une autre couleur de peau s’abattre sur la planète entière : les mongols du XIIIe siècle se sont arrêtés aux confins de la Bourgogne ; l’Islam qui s’était étendu en peu de temps de l’Insulinde à l’Atlantique oriental a dû attendre le XXe siècle pour prendre légèrement pied en Amérique.

Les non européens ne disposaient-ils-pas de techniques aussi évoluées ? Oui, dans une certaine mesure, mais surtout ils n’avaient pas les mêmes déterminismes : bien avant les européens, les polynésiens avaient su adapter leur technique navale aux nécessités des espaces du Pacifique sans éprouver, semble-t-il, le besoin de doubler le Cap Horn vers l’est. Les habitants des immenses provinces chinoises ou même les insulaires de l’archipel nippon, les russes d’Eurasie eux-mêmes ont attendu le XXe siècle pour nourrir des ambitions de puissances navales. Sont-ils du coup restés à l’abri du racisme et de la xénophobie ?

Bien sûr que non ! Le complexe de supériorité et la xénophobie de la Chine des empereurs mandchous n’ont pas attendu la guerre des Boxers et le XIXe finissant pour s’exercer. Le Japon, lui aussi, s’est étroitement fermé pendant plusieurs siècles jusque vers 1860 à l’influence étrangère. On peut comprendre les réticences des chinois et des japonais face aux blancs mais leur attitude n’en était pas moins discriminatoire.

Endormis sous la domination coloniale, les démons raciaux du « Coeur des ténèbres », cher à Joseph Conrad, se sont réveillés au Rwanda, avec quelle violence, pour ne citer que ce sinistre exemple, entre tutsis et hutus.

On retrouve, à l’occasion, cette dynamique du mépris noir répondant à un mépris blanc trop longtemps souverain en Amérique du Nord. Certes le fameux «Rêve » du pasteur Martin Luther King, que devait rejoindre Malcolm X lui même, ne faisait pas de place à la haine. Très inquiétante en revanche, car profondément et haineusement raciste, « La marche d’un million d’hommes noirs » (400 000 en fait) organisée à Washington le 16 octobre 1995 par Louis Farrakhan, leader actuel de « Nation of Islam », mouvement fondé en 1934 par Elyah Muhammad, et de laquelle Farrakhan devait exclure les femmes noires et les sympathisants d’autres couleurs. Est-ce un « Black Power » (pouvoir noir) ou une nation islamique de couleur qui sont ainsi invoqués aux Etats-Unis d’Amérique ? L’Islam est-il donc raciste ?

Dans un solide ouvrage Race et couleur en pays d’Islam paru en traduction française en 1982 chez Payot à Paris, Bernard Lewis apporte une réponse en une perspective qui s’étend de l’époque des mille et une nuits jusqu’à la réglementation du dernier empire Ottoman et à la Mauritanie actuelle. Il y fait une analyse magistrale des attitudes de l’Islam vis à vis des peuples qu’il a soumis, blancs et noirs, hommes et femmes, soldats ou courtisanes. Au travers des textes sacrés, des institutions, des comportements sociaux, des pratiques sexuelles, il établit le diagnostic du racisme en pays d’Islam.

Le Coran ne véhicule aucun préjugé de race ou de couleur. La question de race n’est soulevée que dans les textes élaborés par les commentateurs postérieurs et peut devenir brûlante dans la vie réelle mais est toujours tempérée par ce principe que le monde est divisé entre fidèles et infidèles qui sont tous, sans exception, des fidèles potentiels. On peut se méfier des noirs, où des nordiques à la peau très claire, mais cette défiance tombe lorsqu’ils deviennent musulmans (cf Lawrence d’Arabie). Toutefois, si l’appartenance à la foi islamique peut apporter une incontestable promotion, l’esprit de tolérance envers les étrangers demeure fondamental dans le Coran. Ceci n’exclut pas le fanatisme inévitable de certains, mais cette attitude n’est pas religieuse contrairement aux assertions des fondamentalistes actuels de l’Afghanistan à l’Algérie et à la « Nation d’Islam » du noir américain Louis Farrakhan.

En définitive, aucune civilisation n’a le monopole du racisme. Celui-ci provient essentiellement d’une attitude individuelle à laquelle l’homme, quel qu’il soit, risque de succomber par orgueil et arrogance si l’éducation ne l’aide pas à devenir plus humain.