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Lexpansion et la puissance
occidentales sur toute la planète depuis le XVe siècle jusquà nos jours tiennent
davantage à des raisons de situation géographique et de progrès techniques liés à
celle-ci quà une quelconque supériorité raciale des blancs. On a pu démontrer
que le cap occidental de lEurasie est bien au centre des terres habitées de la
planète (Oekoumène) principalement regroupées dans lhémisphère boréal ;
laventure maritime jusquaux extrémités de la terre a donc fatalement exercé
son déterminisme sur les européens riverains de lAtlantique qui ont pu coloniser
tout le reste du monde océanique en mettant au point les moyens techniques nécessaires :
nouveaux types de vaisseaux au long cours, nouvelle organisation commerciale, au besoin,
armes nouvelles et redoutables. De là, fondation dempires coloniaux où sest
exercé trop souvent un racisme certain à lencontre des autochtones. On a ainsi pu
parler dun réel péril blanc alors quon na jamais vu, jusquici un
péril dune autre couleur de peau sabattre sur la planète entière : les
mongols du XIIIe siècle se sont arrêtés aux confins de la Bourgogne ; lIslam qui
sétait étendu en peu de temps de lInsulinde à lAtlantique oriental a
dû attendre le XXe siècle pour prendre légèrement pied en Amérique. Les non européens ne disposaient-ils-pas de techniques
aussi évoluées ? Oui, dans une certaine mesure, mais surtout ils navaient pas les
mêmes déterminismes : bien avant les européens, les polynésiens avaient su adapter
leur technique navale aux nécessités des espaces du Pacifique sans éprouver,
semble-t-il, le besoin de doubler le Cap Horn vers lest. Les habitants des immenses
provinces chinoises ou même les insulaires de larchipel nippon, les russes
dEurasie eux-mêmes ont attendu le XXe siècle pour nourrir des ambitions de
puissances navales. Sont-ils du coup restés à labri du racisme et de la
xénophobie ?
Bien sûr que non ! Le complexe de supériorité et
la xénophobie de la Chine des empereurs mandchous nont pas attendu la guerre des
Boxers et le XIXe finissant pour sexercer. Le Japon, lui aussi, sest
étroitement fermé pendant plusieurs siècles jusque vers 1860 à linfluence
étrangère. On peut comprendre les réticences des chinois et des japonais face aux
blancs mais leur attitude nen était pas moins discriminatoire.
Endormis sous la domination coloniale, les démons
raciaux du « Coeur des ténèbres », cher à Joseph Conrad, se sont réveillés au
Rwanda, avec quelle violence, pour ne citer que ce sinistre exemple, entre tutsis et
hutus.
On retrouve, à loccasion, cette dynamique du
mépris noir répondant à un mépris blanc trop longtemps souverain en Amérique du Nord.
Certes le fameux «Rêve » du pasteur Martin Luther King, que devait rejoindre Malcolm X
lui même, ne faisait pas de place à la haine. Très inquiétante en revanche, car
profondément et haineusement raciste, « La marche dun million dhommes noirs
» (400 000 en fait) organisée à Washington le 16 octobre 1995 par Louis Farrakhan,
leader actuel de « Nation of Islam », mouvement fondé en 1934 par Elyah Muhammad, et de
laquelle Farrakhan devait exclure les femmes noires et les sympathisants dautres
couleurs. Est-ce un « Black Power » (pouvoir noir) ou une nation islamique de couleur
qui sont ainsi invoqués aux Etats-Unis dAmérique ? LIslam est-il donc
raciste ?
Dans un solide ouvrage Race et couleur en pays
dIslam paru en traduction française en 1982 chez Payot à Paris, Bernard Lewis
apporte une réponse en une perspective qui sétend de lépoque des mille et
une nuits jusquà la réglementation du dernier empire Ottoman et à la Mauritanie
actuelle. Il y fait une analyse magistrale des attitudes de lIslam vis à vis des
peuples quil a soumis, blancs et noirs, hommes et femmes, soldats ou courtisanes. Au
travers des textes sacrés, des institutions, des comportements sociaux, des pratiques
sexuelles, il établit le diagnostic du racisme en pays dIslam.
Le Coran ne véhicule aucun préjugé de race ou de
couleur. La question de race nest soulevée que dans les textes élaborés par les
commentateurs postérieurs et peut devenir brûlante dans la vie réelle mais est toujours
tempérée par ce principe que le monde est divisé entre fidèles et infidèles qui sont
tous, sans exception, des fidèles potentiels. On peut se méfier des noirs, où des
nordiques à la peau très claire, mais cette défiance tombe lorsquils deviennent
musulmans (cf Lawrence dArabie). Toutefois, si lappartenance à la foi
islamique peut apporter une incontestable promotion, lesprit de tolérance envers
les étrangers demeure fondamental dans le Coran. Ceci nexclut pas le fanatisme
inévitable de certains, mais cette attitude nest pas religieuse contrairement aux
assertions des fondamentalistes actuels de lAfghanistan à lAlgérie et à la
« Nation dIslam » du noir américain Louis Farrakhan.
En définitive, aucune civilisation na le
monopole du racisme. Celui-ci provient essentiellement dune attitude individuelle à
laquelle lhomme, quel quil soit, risque de succomber par orgueil et arrogance
si léducation ne laide pas à devenir plus humain. |