| En 1972, des chercheurs sont parvenus
à modifier le patrimoine génétique dune bactérie en lui greffant un gène
supplémentaire. (Le patrimoine génétique dun individu est lensemble de ses
caractères spécifiques : ceux-ci proviennent pour une moitié du père et pour
lautre de la mère). Cest ainsi
quest née la biotechnologie, visant à ajouter des caractères nouveaux à une
espèce vivante. On a vu ainsi naître une race de souris géantes, un hamster sans poil,
des porcs au développement accéléré, des tomates qui ne pourrissent pas, du colza qui
détruit les nuisibles, des brebis dans le lait desquelles se trouvent des protéines dont
on peut envisager lutilisation contre linfarctus du myocarde ou contre la
mucoviscidose. Les organismes vivants qui ont reçu un gène étranger en vue
daméliorer leurs performances sont dits « transgéniques ».
Certains sont devenus de vrais « usines à
médicaments » car leur patrimoine héréditaire a pu être « humanisé », des gènes
humains ayant été greffés au sein de ce patrimoine.
Avant 1997 ces techniques étaient bien connues des
scientifiques, mais la production dhormones permettant de soigner diverses maladies
était très faible, et la modification génétique difficile et coûteuse.
En 1997 des chercheurs écossais ont réussi, à
partir dune cellule prélevée sur une brebis, à donner naissance à une autre
brebis exactement identique à la première, un clone.
Cette découverte peut avoir de nombreuses
applications. Les médecins pourraient étudier, sans effet parasite, leffet de
médicaments nouveaux sur des animaux tous identiques.
Les éleveurs pourraient disposer de troupeaux
entiers danimaux « performants » (produisant beaucoup de lait, beaucoup de laine,
se développant très rapidement).
Ces manipulations ne sont cependant pas sans danger
; en effet si un virus attaque un troupeau de clones, tous les membres du troupeau
risquent de mourir.
Dautre part, le clonage risque à terme de
faire disparaître toute diversité génétique. Or cest précisément cette
diversité qui favorise le maintien des gènes qui seront demain indispensables à la
fabrication de nouveaux médicaments. Mais les plus vives inquiétudes proviennent des
applications possibles de cette découverte à lhomme, découverte qui permettrait
de reproduire un même homme à lidentique, la création dun double. Une telle
évolution mettrait en cause le principe de diversité qui régit lespèce humaine,
donc de droit à la différence, et finalement de liberté.
Il est indispensable de réfléchir dune part
aux barrières morales, dautre part aux balises législatives pour parer aux risques
liés à lavancée de la science.
Le professeur Axel Kahn, spécialiste de
génétique, rappelle que la dignité de la personne humaine interdit à quiconque le
pouvoir dengendrer des « copies conformes de corps ayant déjà vécu, mi-esclaves,
mi-fantasmes dimmortalité ». Et il ajoute : « que deviendrait lunicité de
la personne humaine clonée dont on aurait pré déterminé la totalité des propriétés
biologiques ? »
Face à ce risque, juristes et scientifiques
reconnaissent quil faut instaurer de nouveaux droits. En France la « loi
bioéthique » de 1994 interdit le clonage humain.
Lenjeu est clair, cest celui des droits
de lHomme. Cest pourquoi le Comité international de bioéthique de
lUNESCO a élaboré une Déclaration sur le génome humain et les droits de la
personne humaine. Il sagit dactualiser les grands principes de la Déclaration
universelle des droits de lHomme adoptée par lONU en 1948. |