Le clonage est-il un danger pour les droits de l'Homme PTINTERO.gif (1122 octets)

 

Dolly, une brebis, a été clonée par des chercheurs écossais. Les perspectives scientifiques de cette expérience sont nombreuses et prometteuses sur le plan médical en particulier. Nombreux sont cependant ceux qui manifestent leurs réticences dans le domaine moral et éthique. Entre espoir et inquiétude, il faut tracer les frontières entre science, éthique et droits de l’Homme.

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En 1972, des chercheurs sont parvenus à modifier le patrimoine génétique d’une bactérie en lui greffant un gène supplémentaire. (Le patrimoine génétique d’un individu est l’ensemble de ses caractères spécifiques : ceux-ci proviennent pour une moitié du père et pour l’autre de la mère).

C’est ainsi qu’est née la biotechnologie, visant à ajouter des caractères nouveaux à une espèce vivante. On a vu ainsi naître une race de souris géantes, un hamster sans poil, des porcs au développement accéléré, des tomates qui ne pourrissent pas, du colza qui détruit les nuisibles, des brebis dans le lait desquelles se trouvent des protéines dont on peut envisager l’utilisation contre l’infarctus du myocarde ou contre la mucoviscidose. Les organismes vivants qui ont reçu un gène étranger en vue d’améliorer leurs performances sont dits « transgéniques ».

Certains sont devenus de vrais « usines à médicaments » car leur patrimoine héréditaire a pu être « humanisé », des gènes humains ayant été greffés au sein de ce patrimoine.

Avant 1997 ces techniques étaient bien connues des scientifiques, mais la production d’hormones permettant de soigner diverses maladies était très faible, et la modification génétique difficile et coûteuse.

En 1997 des chercheurs écossais ont réussi, à partir d’une cellule prélevée sur une brebis, à donner naissance à une autre brebis exactement identique à la première, un clone.

Cette découverte peut avoir de nombreuses applications. Les médecins pourraient étudier, sans effet parasite, l’effet de médicaments nouveaux sur des animaux tous identiques.

Les éleveurs pourraient disposer de troupeaux entiers d’animaux « performants » (produisant beaucoup de lait, beaucoup de laine, se développant très rapidement).

Ces manipulations ne sont cependant pas sans danger ; en effet si un virus attaque un troupeau de clones, tous les membres du troupeau risquent de mourir.

D’autre part, le clonage risque à terme de faire disparaître toute diversité génétique. Or c’est précisément cette diversité qui favorise le maintien des gènes qui seront demain indispensables à la fabrication de nouveaux médicaments. Mais les plus vives inquiétudes proviennent des applications possibles de cette découverte à l’homme, découverte qui permettrait de reproduire un même homme à l’identique, la création d’un double. Une telle évolution mettrait en cause le principe de diversité qui régit l’espèce humaine, donc de droit à la différence, et finalement de liberté.

Il est indispensable de réfléchir d’une part aux barrières morales, d’autre part aux balises législatives pour parer aux risques liés à l’avancée de la science.

Le professeur Axel Kahn, spécialiste de génétique, rappelle que la dignité de la personne humaine interdit à quiconque le pouvoir d’engendrer des « copies conformes de corps ayant déjà vécu, mi-esclaves, mi-fantasmes d’immortalité ». Et il ajoute : « que deviendrait l’unicité de la personne humaine clonée dont on aurait pré déterminé la totalité des propriétés biologiques ? »

Face à ce risque, juristes et scientifiques reconnaissent qu’il faut instaurer de nouveaux droits. En France la « loi bioéthique » de 1994 interdit le clonage humain.

L’enjeu est clair, c’est celui des droits de l’Homme. C’est pourquoi le Comité international de bioéthique de l’UNESCO a élaboré une Déclaration sur le génome humain et les droits de la personne humaine. Il s’agit d’actualiser les grands principes de la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée par l’ONU en 1948.